Poésies complètes, 1914· Le bois dormant· Rondes et chansons
Triptyque
À Rémy Saint-Maurice.
I Sur la route de l’île-grande
Octobre est venu :Une route droite,Qui file et miroiteSur un plateau nu ;
De grises nuées,Vers Crec’h-Daniel,Traînant dans le ciel,Comme exténuées ;
À l’angle d’un champUn mouton qui broute ;Au bord de la routeUn chaume penchant.
Jusqu’à l’Île-Grande,Pas d’autre maison :Pour tout horizonLa lande, la lande…
II L’arrhée parle
Ces croupes que fouailleUn vent forcené,Ce sont les MenéDe la Cornouaille.
Clameurs, bonds d’effroi.Tout en eux m’agrée :Car je suis l’Arrhée,Leur pâtre et leur roi.
Sur leur maigre échine,D’Evran au Relecq,Le vent ronfle avecUn bruit de machine.
J’emplis mes poumonsDe sa rauque haleineEt pais dans la plaineMon troupeau de monts.
III Le calvaire
Las d’errer sans guide,Depuis le Roudou,Dans ce matin d’aoûtBrumeux et languide,
Nous nous allongeonsAu pied d’un Christ hâve,Pointant, morne épave.D’une mer d’ajoncs.
Mais cette maréeDe genêt roussiSoudain nous transitD’une horreur sacrée.
Et, brusque ferveur,La croix de détresseÀ nos yeux se dresseComme un mât sauveur !
Versification
- Mètre
- Pentasyllabes
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
48 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies complètes, Paris, Librairie Plon, 1922· numérisation wikisource.org· Sources