Essais poétiques, 1865
L’heure des enfants
(Traduit de Longfellow.)
Lorsque les feux du jour‖ commencent à s'éteindre,Que de son aile noire,‖ au loin, la nuit vient ceindre,Les lacs aux flots d'azur,‖ et les bois et les champs,Le tumulte se tait, le travail se repose, —L'oiseau vole à son nid,‖ le zéphyr, à la rose….C'est aussi l'heure des enfants !
Dans la chambre, là-haut,‖ j'entends un bruit étrange,Et plus d'un pied mignon‖ qui soudain se dérangeEt froisse, en trottinant,‖ les dessins du tapis ;J'entends le son plus sourd‖ d'une porte qu'on pousse,Et des petites voix,‖ l'une humble, l'autre douce,Qui bruissent comme des épis.
De l'étude où je suis,‖ ma lampe qui scintilleMe laisse apercevoir‖ une forme gentilleQui descend l'escalier‖ au fond du corridor :C'est ma chère Allégra,‖ ma petite rieuse ;Alice est avec elle,‖ et fait la sérieuse ;Et puis Édithe aux cheveux d'or !
Elles se parlent bas‖ d'un ton plein de mystère…L'une à l'autre, aussitôt,‖ fait signe de se taire…La joie éclate bien‖ dans leurs regards coquins !C'est, sans doute, un complot‖ qu'en secret l'on machine…Il me vient des soupçons !‖… On veut, je le devine,Me surprendre sur mes bouquins !
Et la troupe enfantine‖ avec ardeur s'élance,Par trois portes où j'ai‖ négligé la défense,Et franchit vaillamment‖ mes superbes remparts !Le succès l'encourage !‖ elle monte à son aiseSur les bras, le dossier‖ de mon antique chaise !…Je suis cerné de toutes parts !
Pour se tenir sur moi‖ l'une à l'autre s'appuie :Leurs baisers sur mon front‖ tombent comme une pluie :Elles m'ont fortement‖ enchaîné dans leurs bras !Je suis, comme autrefois,‖ cet évêque célèbreCaptif aux bords du Rhin,‖ ou peut-être de l'Èbre,Dans la tour magique des Rats.
Mais croyez-vous vraiment,‖ adorables canailles,Parce que vous voilà‖ dans mes vieilles murailles,Que de vos grands yeux bleus,‖ moi, je vais avoir peurJe vous retiens ici,‖ mes charmantes guerrières !Vous ne sortirez plus !‖ Vous êtes prisonnières,Et prisonnières dans mon cœur !
Inutile pour vous‖ de faire les rétives,Vous êtes bien à moi,‖ vous êtes mes captives !Ma victoire m'inspire‖ une juste fierté !Jusqu'à ce que mon cœur‖ que la tristesse mineS'en retourne en poussière,‖ et soit une ruineVous n'aurez plus la liberté !
Versification
- Forme
- 8 sizains (sizains)
- Rimes
- 8(aabccb)
- Mètre
- Alexandrins et octosyllabes (40 de 12, 8 de 8)· profil 8, 6+6
- Strophes
- 8 sizains
- Mots à la rime
- a s'éteindre / ceindre féminine, classiqueb champs / enfants masculine, classiquec repose / rose féminine, classiquea étrange / dérange féminine, classiqueb tapis / épis masculine, classiquec pousse / douce féminine, classiquea scintille / gentille féminine, classiqueb corridor / d'or masculine, classiquec rieuse / sérieuse féminine, classiquea mystère / taire féminine, classiqueb coquins / bouquins masculine, classiquec machine / devine féminine, classiquea s'élance / défense féminine, classiqueb remparts / parts masculine, classiquec aise / chaise féminine, classiquea s'appuie / pluie féminine, classiqueb bras / Rats masculine, classiquec célèbre / l'Èbre féminine, classiquea canailles / murailles féminine, classiqueb peur / cœur masculine, classiquec guerrières / prisonnières féminine, classiquea rétives / captives féminine, classiqueb fierté / liberté masculine, classiquec mine / ruine féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.2· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
48 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Essais poétiques, QUÉBEC, G. E. DESBARATS, IMPRIMEUR-ÉDITEUR, 1865· numérisation Project Gutenberg Canada· Sources