Essais poétiques, 1865
Chant du matin
Les vapeurs du matin,‖ légères et limpides,Ondulent mollement‖ le long des Laurentides,Comme des nuages d'encens.Au murmure des flots‖ caressant le rivage,Les oiseaux matineux,‖ cachés dans le feuillage,Mêlent de suaves accents.
La nature, au réveil,‖ chante une hymne plaintive,Dont les accords touchants‖ font retentir la riveDu Saint-Laurent aux vagues d'or ;Glissant, comme une feuille‖ au souffle de l'automne,Sur le flot qui module‖ un refrain monotone,Une barque prend son essor.
Vogue ! vogue ! faible nacelle !Devant toi la mer étincelleDes premiers feux du jour nouveau !Berce ! berce ta voile blancheQui se relève et qui se penche,Comme pour se mirer dans l'eau ;
Tandis que je reste au rivage,Au pied du vieux chêne sauvageOù je viens rêver si souvent !Où, quand le monde me rejette,L'écho fidèle, au moins, répèteMes notes qu'emporte le vent.
Et que m'importe la louangeDes hommes dont l'amitié changeComme le feuillage des bois !S'il faut chanter, ma lyre est prête ;Vers mon Dieu, si je suis poète,J'élèverai ma faible voix.
C'est lui qui fait naître l'aurore !C'est lui que la nature adoreDans son sublime chant d'amour !Il nous sourit, et l'humble hommageQue lui présente le jeune âge,Est toujours payé de retour.
C'est lui qui recueille nos larmes !C'est lui qui dispense les charmesDont se revêtent les saisons !C'est lui qui dit aux fleurs de naître,Au brillant soleil de paraître,Pour venir dorer nos moissons !
C'est lui qui donne aux nuits leurs voilesOrnés de brillantes étoilesQui tremblent dans les flots luisants ;Qui verse les molles ondéesDans nos campagnes fécondéesPar les sueurs des paysans !
Il parle, et le monde s'agite,Le soleil se lève plus vite,Et tout adore sa splendeur !Il parle, et tout l'univers tremble,Et les astres volent, ensemble,En se racontant sa grandeur !
Dans ma misère il me visite,Quand tour à tour chacun m'évite,M'abandonnant seul à l'ennui.Quand m'échappe une plainte amère,Il me dit : « Pauvre enfant, espère,C'est moi qui serai ton appui. »
Quand l'amertume nous inonde,Qu'il n'est plus d'amis en ce monde,Seul il ne se retire pas,Quand nous chancelons dans la voie,Du haut du ciel il nous envoieUn ange qui soutient nos pas.
Versification
- Forme
- 11 sizains (sizains)
- Rimes
- 11(aabccb)
- Mètre
- Octosyllabes et alexandrins (58 de 8, 8 de 12)· profil 8, 6+6
- Strophes
- 11 sizains
- Mots à la rime
- a limpides / Laurentides féminine, classiqueb d'encens / accents masculine, classiquec rivage / feuillage féminine, classiquea plaintive / rive féminine, classiqueb d'or / essor masculine, classiquec l'automne / monotone féminine, classiquea nacelle / étincelle féminine, classiqueb nouveau / l'eau masculine, classiquec blanche / penche féminine, classiquea rivage / sauvage féminine, classiqueb souvent / vent masculine, classiquec rejette / répète féminine, classiquea louange / change féminine, classiqueb bois / voix masculine, classiquec prête / poète féminine, classiquea l'aurore / adore féminine, classiqueb d'amour / retour masculine, classiquec hommage / âge féminine, classiquea larmes / charmes féminine, classiqueb saisons / moissons masculine, classiquec naître / paraître féminine, classiquea voiles / étoiles féminine, classiqueb luisants / paysans masculine, classiquec ondées / fécondées féminine, classiquea s'agite / vite féminine, classiqueb splendeur / grandeur masculine, classiquec tremble / ensemble féminine, classiquea visite / m'évite féminine, classiqueb l'ennui / appui masculine, classiquec amère / espère féminine, classiquea inonde / monde féminine, classiqueb pas masculine, classiquec voie / envoie féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.1· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
66 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Essais poétiques, QUÉBEC, G. E. DESBARATS, IMPRIMEUR-ÉDITEUR, 1865· numérisation Project Gutenberg Canada· Sources