Les Épis, 1914· Au champ de la foi
Adieu à l’an qui fuit
Bel an qui fuis, adieu !‖ Naguère avec ivresseJ'acclamais ton retour,‖ j'écoutais ta promesse.De l'aigle ou du Simoun‖ ta course a la vitesse.
Une fleur s'est fanée,‖ et notre froide mainLa laisse, hélas ! tomber‖ sur le bord du cheminQue d'autres, à leur tour,‖ vont parcourir demain.
Le monde est-il meilleur‖ et l'amitié, plus forte ?A l'homme malheureux‖ que la misère escorte,Le riche avec plaisir‖ ouvre-t-il donc sa porte ?
La bouche de l'envie‖ est-elle sans venin ?Le traître rougit-il‖ de son lâche dessein ?La paix est-elle acquise‖ à tout le genre humain ?
Des princes s'écriaient‖ dans leur orgueil stupide :Nous régnerons sans Dieu.‖ Notre bras intrépidePeut défendre nos droits‖ contre un sujet cupide.
Ils ont régné sans Dieu,‖ comme ils se l'étaient dit.Des ennemis du Christ‖ la phalange applaudit.La foi voila son front,‖ et, triste, elle attendit.
Et l'esprit de révolte,‖ ainsi qu'un vent d'orageQui fouette tout à coup‖ les ondes d'un parage,Fit tressaillir les cœurs‖ d'une farouche rage.
Car le sujet pensait :‖ Le peuple est souverain.Les rois se disent forts,‖ mais leur pouvoir est vain.Les hommes sont égaux,‖ s'il est un droit divin.
De tous les points du ciel‖ viennent de noirs présages.On se moque tout haut‖ de nos pieux usages,Et des plaisirs malsains‖ attirent tous les âges.
Sur son axe vieilli‖ l'univers a tremblé ;L'audace de l'impie‖ en ces temps a doublé :Et le juste partout‖ dans sa paix est troublé.
L'homme ne se croit plus‖ qu'une fange pétrie,Il désire la mort‖ pour son âme flétrie,Et la terre qu'il foule‖ est sa seule patrie.
Il se complaît au mal,‖ il boit l'iniquité ;Le mensonge l'attire,‖ il hait la vérité ;Pour une heure de joie‖ il vend l'éternité.
C'est en vain qu'en ces jours‖ les puissants de la terreRecouvrent leurs desseins‖ du voile du mystère,Et cherchent à cacher‖ l'effroi qui les atterre.
Le Seigneur tout puissant‖ élèvera la voix,Et leurs projets honteux‖ crouleront à la fois,Comme au souffle du vent‖ les rameaux secs des bois.
Au jour de sa justice‖ il vannera le monde ;Au loin il jettera‖ toute semence immonde ;Il brisera l'espoir‖ où le méchant se fonde.
Adieu, bel an qui fuis‖ pour ne plus revenir,Qui fuis comme un torrent‖ que rien ne peut tenir !Adieu, toi qui déjà‖ n'es plus qu'un souvenir !
Versification
- Forme
- Strophes variées
- Rimes
- 7[aaa] 6[aa] 3[abbba]
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Strophes
- 7 tercets, 6 distiques, 3 quintils
- Mots à la rime
- a ivresse / promesse / vitesse féminine, classiquea main / chemin masculine, classiqueb demain / venin masculine, classiquea forte / escorte / porte féminine, classiqueb dessein / humain masculine, classiquea stupide / intrépide / cupide féminine, classiquea dit / applaudit / attendit masculine, classiquea d'orage / parage féminine, classiqueb rage / présages féminine, classiquea souverain / vain / divin masculine, classiqueb usages / âges féminine, classiquea tremblé / doublé masculine, classiqueb troublé / l'iniquité masculine, non classiquea pétrie / flétrie / patrie féminine, classiqueb vérité / l'éternité masculine, classiquea terre / mystère / atterre féminine, classiquea voix / fois / bois masculine, classiquea monde / immonde / fonde féminine, classiquea revenir / tenir / souvenir masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.9· écart moyen à la rime classique 0.2
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
48 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Épis, MONTREAL, LA CIE J.-ALFRED GUAY - LIBRAIRES-ÉDITEURS, 1914· numérisation Project Gutenberg Canada· Sources