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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les Épis, 1914· Au champ de la foi

Pax

Deus est Charitas

Pamphile Le May· 14 sizains, alexandrins, 84 vers

« La paix soit avec vous.‖ » Éclair dans la nuit sombre,Ce mot va-t-il sauver‖ l'humanité qui sombre ?Dix-neuf siècles déjà‖ se sont accumulésDepuis qu'on t'aime, ô Christ !‖ depuis qu'on te blasphème.On répond par la haine‖ aux vœux qu'un Dieu lui-même,Dans son amour pour nous,‖ pour nous a formulés.

Le siècle est-il plus fort‖ que toi, Dieu du calvaire ?Son rire étouffe-t-il‖ ta doctrine sévère ?Vois-tu donc défaillir‖ tes disciples aimés ?« La paix soit avec vous,‖ » dit-tu. La paix qu'est-elle ?Chacun la veut, la cherche.‖ En notre âme immortelleLes désirs de la paix‖ par ta main sont semés.

Mais quand donc verrons-nous‖ la gloire de ton règne ?Veux-tu que l'on espère,‖ ou veux-tu que l'on craigne ?Le monde enténébré‖ crut que tu le trompais,Que tu dormais toujours‖ sous la pierre des tombes,Et de tes défenseurs‖ il fit des hécatombes.La mort dans les tourments,‖ était-ce donc la paix ?

Du levant et du nord,‖ sous d'étranges armuresArrivent des guerriers.‖ Comme des moissons mûresLes peuples sont fauchés‖ partout et sans merci.Des noms suintant le sang‖ déflorent nos annales ;La luxure s'acharne‖ aux couches virginales…O doux Galiléen,‖ la paix est-elle ici ?

Non loin du toit moussu‖ de l'humble prolétaire,S'élèvent des palais.‖ Non loin du coin de terreQue les déshérités‖ arrosent de sueurs,Fleurissent des heureux‖ les jardins fantastiques.La paix habite-t-elle,‖ ô Christ ! les fiers portiques,Ou le chaume éclairé‖ par d'avares lueurs ?

Puis, le savant a dit :‖ La paix, c'est la science ;C'est le fruit du labeur‖ et de la patience ;C'est l'œil ardent qui plonge‖ au fond du gouffre noir,Pour y voir se jouer‖ un rayon de lumière ;C'est l'esprit qui surprend‖ une cause première,Au problème incompris‖ où se brisait l'espoir.

La paix, c'est le regard‖ de la femme qu'on aime,Le tapis de gazon‖ que la rose parsème,Le sein où les désirs‖ montent tumultueux ;C'est toute la beauté‖ que nul voile n'opprime ;C'est l'être qui se fond‖ dans un baiser sublime,Car la paix, c'est l'amour,‖ dit le voluptueux.

La paix, c'est le mépris‖ des biens et des tendresses ;C'est le calice amer‖ des pieuses ivresses ;C'est le feu qu'on éteint‖ dans une âme qui bout,Le repos de l'esprit‖ dans les régions saintes,Et l'emprisonnement,‖ dans les froides enceintes,De ce corps de péché‖ que l'on traîne partout !

La paix, c'est l'existence‖ au milieu des prairies,Parmi les gais oiseaux,‖ sous les branches fleuries,Ou dans les blés dorés,‖ au bord du ruisseau bleu ;La paix, c'est la famille‖ où le ciel fait descendreDes anges espérés ;‖ c'est l'âtre dont la cendreCouvre, pour les jours froids,‖ un doux rayon de feu.

La paix, dit le soldat,‖ c'est, après la victoire,La croix sur la poitrine‖ et le nom dans l'histoire ;C'est de reculer loin‖ les bornes d'un état,De pousser une armée,‖ ainsi qu'une avalanche,Sur des peuples surpris.‖ C'est aussi la revanche,Dit le vaincu d'un jour‖ au cruel potentat.

La paix, c'est la louange‖ avec son ambroisie ;C'est l'éloquence ardente,‖ ou c'est la poésieQui déroulent leurs flots‖ comme un océan d'or ;C'est le soupir du luth‖ ou l'hosanna du cuivre ;Le vol des sons divins‖ que l'âme voudrait suivreJusques aux pieds de Dieu,‖ dans un dernier essor.

« La paix soit avec vous !‖ » O Christ né de la Vierge !Ce vœu n'a pas sauvé‖ le monde que submerge,Sous tes regards mourants,‖ un flot d'iniquités !L'homme n'a pas compris‖ ta suave parole.As-tu donc caché trop‖ la divine auréoleQui couronnait ton front‖ quand tu nous as quittés ?

Les siècles sont à toi,‖ l'humanité commence,Vais-je comme un impie,‖ en un jour de démence,Demander les secrets‖ que garde ta bonté ?La paix viendra. Ceux-là‖ la trouveront sans doute,Dont le cœur fort et pur‖ est comme une redoute,Et dont l'esprit est plein‖ de bonne volonté.

Car la paix, ce n'est point‖ le repos dans la gloire,La coupe des plaisirs‖ où l'on veut toujours boire,L'ivresse de la force‖ ou de l'austérité ;Ce n'est ni l'oraison‖ dans l'église bénie,Ni les secrets de Dieu‖ surpris par le génie,Ni ces biens à la fois,‖ mais c'est la charité

Versification

Forme
14 sizains (sizains)
Rimes
14(aabccb)
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Strophes
14 sizains
Mots à la rime
a sombre féminine, classiqueb accumulés / formulés masculine, classiquec blasphème / lui-même féminine, classiquea calvaire / sévère féminine, classiqueb aimés / semés masculine, classiquec qu'est-elle / immortelle féminine, classiquea règne / craigne féminine, classiqueb trompais / paix masculine, classiquec tombes / hécatombes féminine, classiquea armures / mûres féminine, classiqueb merci / ici masculine, classiquec annales / virginales féminine, classiquea prolétaire / terre féminine, classiqueb sueurs / lueurs masculine, classiquec fantastiques / portiques féminine, classiquea science / patience féminine, classiqueb noir / l'espoir masculine, classiquec lumière / première féminine, classiquea aime / parsème féminine, classiqueb tumultueux / voluptueux masculine, classiquec n'opprime / sublime féminine, classiquea tendresses / ivresses féminine, classiqueb bout / partout masculine, classiquec saintes / enceintes féminine, classiquea prairies / fleuries féminine, classiqueb bleu / feu masculine, classiquec descendre / cendre féminine, classiquea victoire / l'histoire féminine, classiqueb état / potentat masculine, classiquec avalanche / revanche féminine, classiquea ambroisie / poésie féminine, classiqueb d'or / essor masculine, classiquec cuivre / suivre féminine, classiquea Vierge / submerge féminine, classiqueb d'iniquités / quittés masculine, classiquec parole / auréole féminine, classiquea commence / démence féminine, classiqueb bonté / volonté masculine, classiquec doute / redoute féminine, classiquea gloire / boire féminine, classiqueb l'austérité / charité masculine, classiquec bénie / génie féminine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 2.2· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

84 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Épis, MONTREAL, LA CIE J.-ALFRED GUAY - LIBRAIRES-ÉDITEURS, 1914· numérisation Project Gutenberg Canada· Sources