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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les Épis, 1914· Au champ de la foi

Bethléem

Pamphile Le May· 11 huitains, alexandrins, 89 vers

Par delà Réphaïm,‖ au flanc d'une collineQui monte des vallons‖ comme un brillant croissant,L'on voit une cité,‖ chrétiens, et l'on s'incline…C'est Bethléem ! C'est là,‖ sur ce rude versant,Que le Sauveur du monde‖ en cette nuit habite.Rien ne réveille, au nord,‖ les rochers assoupis.Au midi, c'est le champ‖ où Ruth, la Moabite,Était venue, un soir,‖ glaner de blonds épis.

Le temple de Janus‖ est fermé. Le silenceSur les champs de bataille‖ ouvre une aile de plomb.L'aigle romaine, enfin,‖ jusques au ciel s'élance.Auguste, sur le monde‖ a mis son fier talon,Et vainqueurs et vaincus‖ s'embrassent dans la haine.L'esclavage gémit‖ dans ses fers mieux rivés ;La volupté s'endort‖ chantant sa cantilène ;Juda ne règne plus…‖ Les temps sont arrivés !

Tout homme a corrompu‖ sa voie, et sur la terre,Les peuples aveuglés‖ se façonnent des dieux.Au souffle de l'orgueil‖ la vérité s'altère.La science égarée‖ aux maîtres studieuxAmène vainement‖ une ardente jeunesse.Tout s'effondre malgré‖ l'effort de la raison.L'esprit demeure avide‖ et l'âme, avec tristesse,Cherche quelque lumière‖ au brumeux horizon.

Et le peuple de Dieu,‖ le peuple juif lui-même,Vendrait pour un peu d'or‖ les tables de la loi.Son grand Prêtre à l'autel‖ monte sous l'anathème :Le luxe et les plaisirs‖ ont étouffé sa foi.— Maudit soit Boéthos‖ et maudite, sa lance !Kantharos, sois maudit‖ des générations !Et sois maudit, Pharan !Ainsi la foule lanceAux Pontifes pervers‖ ses malédictions.

L'innocence rougit‖ et le vice s'étale ;Le fort est sans pitié,‖ le faible, sans appui.Tout semble gouverné‖ par une loi fatale,Et nul ne sait encor‖ qu'un nouveau jour a lui,Qui n'aura point de soir,‖ mais une aube éternelle !Et nul ne sait encor‖ comment l'humanité,Brisant ses fers honteux,‖ va déployer son aileEt monter pour jamais‖ jusqu'à la liberté !

Isaïe avait dit‖ dans un cantique insigne :Les cieux feront pleuvoir‖ la justice sur nous…Rejeton de Jessé,‖ tu seras comme un signe,Et les peuples viendront‖ te prier à genoux !Bethléem, s'écriait‖ Michée, en voyant poindreDans les siècles futurs‖ le mystère immortel,Des villes de Juda,‖ non, tu n'es pas la moindre,Car c'est de toi que naît‖ le guide d'Israël !

Par delà Réphaïm,‖ au flanc d'une collineQui monte des vallons‖ comme un brillant croissant,L'on voit une cité,‖ chrétiens, et l'on s'incline…C'est Bethléem ! C'est là,‖ sur ce rude versant,Que le Sauveur du monde‖ en cette nuit habite.Rien ne réveille, au nord,‖ les rochers assoupis.Au midi, c'est le champ‖ où Ruth, la Moabite,Était venue, un soir,‖ glaner de blonds épis.

On a vu, tout le jour,‖ monter les caravanes.Le khan est encombré.‖ Lorsque le soir descend,Jetant des flèches d'or‖ dans les airs diaphanes,Il n'est plus un seul gîte‖ où dorme le passant.Alors vers une grotte,‖ au flanc de la montagne,Se dirige à pas lents‖ un couple soucieux :Joseph, de Nazareth,‖ et sa jeune compagne.La ville allait dormir,‖ mais on veillait aux cieux.

On veillait aux cieux. Or,‖ au-delà d'une gorge,Au pied de Bethléem‖ où dort Beït-Saour,Dans la plaine où Booz‖ moissonnait ses champs d'orge,Des bergers reposaient‖ en attendant le jour.Tout à coup resplendit‖ une vive lumière.C'était comme un lac d'or‖ où flottaient, vaporeux,Le buisson, le rocher,‖ le troupeau, la chaumière.Un ange s'avançait.‖ Il se pencha sur eux.

Il leur dit, — et sa voix‖ n'était comme nulle autre :— Israël de son Dieu‖ n'est pas abandonné.Apprenez, ô bergers !‖ quel bonheur est le vôtre,Voici qu'aujourd'hui même‖ un Sauveur vous est né.Il repose en l'étable,‖ enveloppé de langes.Vous le reconnaîtrez‖ à ce signe certain.Et l'envoyé céleste,‖ après ces mots étranges,Entra dans l'infini.‖ Tel un soleil s'éteint,

Et soudain l'air vibra‖ comme une immense harpe.Le ciel parut s'ouvrir,‖ et le pâtre, rêveur,Vit un rayon de Dieu‖ flotter, comme une écharpe,Sur la grotte isolée‖ où naissait le Sauveur.Et puis une phalange‖ invisible, impalpable,Descendit en chantant‖ dans sa félicité :— Gloire à Dieu dans le ciel !‖ Sur la terre coupablePaix aux hommes qui sont‖ de bonne volonté !

Versification

Forme
11 huitains (huitains)
Rimes
11(ababcdcd)
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Strophes
11 huitains
Mots à la rime
a colline / s'incline féminine, classiqueb croissant / versant masculine, classiquec habite / Moabite féminine, classiqued assoupis / épis masculine, classiquea silence / s'élance féminine, classiqueb plomb / talon masculine, non classiquec haine / cantilène féminine, classiqued rivés / arrivés masculine, classiquea terre / s'altère féminine, classiqueb dieux / studieux masculine, classiquec jeunesse / tristesse féminine, classiqued raison / horizon masculine, classiquea lui-même / l'anathème féminine, classiqueb loi / foi masculine, classiquec lance / Pharan féminine, classiqued générations / malédictions masculine, classiquea s'étale / fatale féminine, classiqueb appui / lui masculine, classiquec éternelle / aile féminine, classiqued l'humanité / liberté masculine, classiquea insigne / signe féminine, classiqueb nous / genoux masculine, classiquec poindre / moindre féminine, classiqued immortel / d'Israël masculine, classiquea caravanes / diaphanes féminine, classiqueb descend / passant masculine, classiquec montagne / compagne féminine, classiqued soucieux / cieux masculine, classiquea gorge / d'orge féminine, classiqueb Beït-Saour / jour masculine, classiquec lumière / chaumière féminine, classiqued vaporeux / eux masculine, classiquea autre / vôtre féminine, classiqueb abandonné / né masculine, classiquec langes / étranges féminine, classiqued certain / s'éteint masculine, non classiquea harpe / écharpe féminine, classiqueb rêveur / Sauveur masculine, classiquec impalpable / coupable féminine, classiqued félicité / volonté masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.5· écart moyen à la rime classique 0.2

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

89 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Épis, MONTREAL, LA CIE J.-ALFRED GUAY - LIBRAIRES-ÉDITEURS, 1914· numérisation Project Gutenberg Canada· Sources