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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les Épis, 1914· Au champ de la foi

Ironie et prière

Pamphile Le May· 7 huitains, octosyllabes et alexandrins, 56 vers

Il est nuit ; il fait froid.‖ Sur l'angle des toituresLe vent siffle de plus en plus,Et, sous l'acier poli‖ des rapides voitures,La neige rend des sons aigus.Le poêle plein de feu‖ raisonne comme un cuivre,La lune, de ses réseaux d'or,Fait scintiller au loin‖ le grand linceul de givre.La ville ne dort pas encor.

Hâtez-vous, jeunes gens,‖ car l'heure qui s'envoleNe passera plus devant vous.Allez danser au bal,‖ si le bal vous consoleMieux qu'une prière à genoux.Allez à vos festins,‖ à vos pompeuses fêtes,Vous dont la paupière est sans pleurs,Pour semer sur vos pas,‖ pour couronner vos têtes,L'automne a réservé des fleurs.

Allez ! N'arrêtez point‖ au seuil de la chaumièreOù gémit un frère indigent.Entrez dans les salons‖ où des flots de lumièreRuissellent des lustres d'argent.Écoutez les propos,‖ les refrains d'allégresse,Les orchestres mélodieux,C'est plus doux que les cris‖ d'une sombre détresse,C'est moins triste ou moins odieux.

Et qu'importe après tout‖ qu'un misérable envieEt vos plaisirs et vos honneurs ?Qu'importe un malheureux‖ dont la pénible vieN'a ni doux rêves, ni bonheurs ?Détournez vos regards‖ et gardez votre joie ;Trouvez quelques plaisirs nouveaux.Chantez, riez, dansez,‖ en beaux habits de soie,Sur le couvercle des tombeaux.

Vous n'avez jamais vu,‖ tout près de votre porte,La pâle faim venir s'asseoir ;Et les ris et les jeux‖ que l'aube vous apporteNe s'en vont point avec le soir.Jamais, pendant l'hiver,‖ dans l'âtre plein de cendreLe feu n'a cessé d'ondoyer ;Jamais pour votre lit‖ Dieu ne vous a fait prendreLa pierre de votre foyer.

Riches, connaissez-vous‖ le taudis de la villeOù se cache la pauvreté ?Avez-vous, en entrant,‖ vu fuir la jeune filleHonteuse de sa nudité ?Avez-vous vu l'enfant‖ à la bouche livideQui ne mange point au réveil ?Oh ! vous ne savez pas‖ combien il est avideDu pain qu'il voit dans son sommeil !

Donnez donc à l'enfant‖ l'obole qu'il réclame,Pour qu'il ne meure pas de faim.Donnez un peu de bois‖ à tout foyer sans flamme,A l'orpheline, un peu de pain.Relevez sans aigreur‖ une femme qui tombeEt le bon Dieu vous bénira ;Et puis, si les heureux‖ évitent votre tombe,Le pauvre la visitera

Versification

Forme
7 huitains (huitains)
Rimes
7(ababcdcd)
Mètre
Octosyllabes et alexandrins (28 de 8, 28 de 12)· profil 8, 6+6
Strophes
7 huitains
Mots à la rime
a toitures / voitures féminine, classiqueb plus / aigus masculine, classiquec cuivre / givre féminine, classiqued d'or / encor masculine, classiquea s'envole / console féminine, classiqueb vous / genoux masculine, classiquec fêtes / têtes féminine, classiqued pleurs / fleurs masculine, classiquea chaumière / lumière féminine, classiqueb indigent / d'argent masculine, classiquec d'allégresse / détresse féminine, classiqued mélodieux / odieux masculine, classiquea envie / vie féminine, classiqueb honneurs / bonheurs masculine, classiquec joie / soie féminine, classiqued nouveaux / tombeaux masculine, classiquea porte / apporte féminine, classiqueb s'asseoir / soir masculine, classiquec cendre / prendre féminine, classiqued d'ondoyer / foyer masculine, classiquea ville / fille féminine, classiqueb pauvreté / nudité masculine, classiquec livide / avide féminine, classiqued réveil / sommeil masculine, classiquea réclame / flamme féminine, classiqueb faim / pain masculine, classiquec tombe féminine, classiqued bénira / visitera masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.6· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

56 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Épis, MONTREAL, LA CIE J.-ALFRED GUAY - LIBRAIRES-ÉDITEURS, 1914· numérisation Project Gutenberg Canada· Sources