Les Épis, 1914· Au champ de la foi
Tentation
Oh ! quel amour profaneM'a soudain enivré !Je crois que je me damne…Secourez-moi, sainte Anne,Sainte Anne de Beaupré !
Depuis que je l'ai vue‖ au bord de la fontaineS'asseoir rêveuse, et puis,‖ sur la cime lointaineFixer son grand œil noir,Je cherche dans l'espace‖ un lumineux sillage ;Mon cœur est agité‖ comme un léger feuillagePar la brise du soir.
Depuis que je l'ai vue,‖ à la moisson dernière,Demeurer tout un jour‖ sous les flots de lumière,Dans le champ de blé mûr,Glaner les blonds épis‖ oubliés sur la planche,Aux moissonneurs lassés‖ verser, d'une main blanche,Le cidre frais et pur,
Oh ! quel amour profaneM'a soudain enivré !Je crois que je me damne…Secourez-moi, sainte Anne,Sainte Anne de Beaupré !
Depuis que je l'ai vue,‖ à l'ombre d'un grand chêne,Orner coquettement‖ ses longs cheveux d'ébèneDe l'humble fleur des champs ;Depuis que je l'ai vue,‖ innocente et superbe,Dans le calme du soir‖ s'agenouiller sur l'herbe,Pour écouter des chants…
Chants de l'onde à la rive‖ ou de l'oiseau sur l'arbre,Mon cœur indifférent,‖ que je croyais de marbre,S'est tout à coup fondu,Et la nuit est en moi.‖ Le bonheur, la souffrance,L'amour et le remords,‖ la crainte et l'espérance,Tout semble confondu.
Oh ! quel amour profaneM'a soudain enivré !Je crois que je me damne…Secourez-moi, sainte Anne,Sainte Anne de Beaupré !
Depuis que je l'ai vue,‖ un soir des grosses gerbes,Parmi les cheveux blancs‖ et parmi les imberbes,Pour clore les travaux,Au son du violon‖ s'élancer en cadence,Comme, les jours d'été,‖ le papillon qui danseDans les effluves chauds,
Oh ! quel amour profaneM'a soudain enivré !Je crois que je me damne…Secourez-moi, sainte Anne,Sainte Anne de Beaupré !
Depuis que je l'ai vue‖ écrivant, solitaire,Sur la grève sonore,‖ à l'heure du mystère,Deux noms entrelacés,Et les traçant plus loin,‖ sur des sables arides,Quand le flot qui montait,‖ sous ses baisers humides,Les avait effacés ;
Mon âme va, nacelle,‖ au gré de chaque brise ;Elle est désemparée,‖ et son aile se briseSous un souffle inconnu.Et je voudrais prier.‖ Le feu court dans mes veines,Et ma bouche se tait.‖ Mes prières sont vaines.Devant Dieu je suis nu !
Oh ! quel amour profaneM'a soudain enivré !Je crois que je me damne…Secourez-moi, sainte Anne,Sainte Anne de Beaupré !
Versification
- Forme
- Strophes variées
- Rimes
- 5(abaab) 7(aabccb)
- Mètre
- Hexasyllabes et alexandrins (39 de 6, 28 de 12)· profil 6, 6+6
- Strophes
- 7 sizains, 5 quintils
- Mots à la rime
- a profane / damne / Anne féminine, classiqueb enivré / Beaupré masculine, classiquea fontaine / lointaine féminine, classiqueb noir / soir masculine, classiquec sillage / feuillage féminine, classiquea dernière / lumière féminine, classiqueb mûr / pur masculine, classiquec planche / blanche féminine, classiquea chêne / d'ébène féminine, classiqueb champs / chants masculine, classiquec superbe / l'herbe féminine, classiquea l'arbre / marbre féminine, classiqueb fondu / confondu masculine, classiquec souffrance / l'espérance féminine, classiquea gerbes / imberbes féminine, classiqueb travaux / chauds masculine, classiquec cadence / danse féminine, classiquea solitaire / mystère féminine, classiqueb entrelacés / effacés masculine, classiquec arides / humides féminine, classiquea brise féminine, classiqueb inconnu / nu masculine, classiquec veines / vaines féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.1· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
67 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Épis, MONTREAL, LA CIE J.-ALFRED GUAY - LIBRAIRES-ÉDITEURS, 1914· numérisation Project Gutenberg Canada· Sources