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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les Épis, 1914· Au champ de la foi

Le bouquet

(Bénédiction de la première pierre du pont Garneau)

Pamphile Le May· 11 huitains, octosyllabes, 88 vers

A Madame Mercier

Loin, bien loin de son humble source,Parmi la mousse et les roseaux,La Chaudière aux rapides eaux,Vers la fin de sa longue course,Se jette en un gouffre profond,Puis, perçant le roc jusqu'au fond,Entre au fleuve sous la Grande Ourse,Loin, bien loin de son humble source.

Sur un vieux bac un vieux passeur,Armé d'une pesante rame,Reçoit depuis longtemps, Madame,Cousin, cousine, frère, sœur…Tous ceux qui lui donnent l'obole.Mais nul ne peut, sur ma parole,Payer par un mot de douceur,Sur un vieux bac un vieux passeur.

Que d'amours restent sur la rive,Ou s'éteignent sur le rocher,Par la faute du vieux nocher !Quand le jour fuit ou qu'il arrive,On croit entendre avec les flotsPasser des soupirs, des sanglots…A l'heure où s'envole la grive,Que d'amours restent sur la rive !

Tous les vieillards, les jeunes gens,Tous ceux qui suivaient cette voie.Cherchant de l'or ou de la joie,Les heureux et les indigents,Demandaient à Dieu, bagatelles !Un pont solide ou bien des ailes.Ils n'étaient pas trop exigeants,Tous les vieillards, les jeunes gens.

Et le ciel finit par entendre.Un pont unira les deux bords.Déjà la foule est aux abords.L'œuvre, qui s'était fait attendre,Commence à l'éclat du flambeau.Vous étiez là, ce jour si beau.On vit battre plus d'un cœur tendre,Et le ciel finit par entendre.

Sous les dais aux riches couleurs,Quelques enfants en robes blanches,Écartant les rideaux de branches,Vinrent vous présenter des fleurs.C'était, cela, la gratitudeD'une naïve multitudeDont vous séchez souvent les pleurs…Sous les dais aux riches couleurs.

Au roc où le soleil ruisselle,Au bois d'où l'arôme s'épand,Mainte grappe humaine se pend…La main du noble ouvrier scelleLa première pierre du pont.Au bruit joyeux l'écho répond ;La truelle d'or étincelleAu roc où le soleil ruisselle.

Pendant qu'on folâtre et qu'on rit,Pendant que se choquent les verres,Pendant que chantent les trouvères,Vous sortez doucement, sans bruit ;Et toutes vos jeunes compagnesSuivent vos pas dans les campagnesOù la violette fleurit,Pendant qu'on folâtre et qu'on rit.

Dans sa robe de pierre grise,Là-bas, on voit sur la hauteurQui ceint le village enchanteur,S'élever une vaste église ;Son clocher plonge au ciel serein,Pour Dieu chantent ses voix d'airain ;Les oiseaux nichent à la frise,Dans sa robe de pierre grise.

C'est là que vous portiez vos pas.Vous alliez dans l'auguste enceinte,A l'autel de la Vierge sainte,Sous l'œil de Dieu prier tout bas.Vous alliez offrir à MarieUn blanc lis qu'une main chérieVous avait donné. N'est-ce pas ?C'est là que vous portiez vos pas.

La belle fête était finie,Mais les drapeaux laissaient aux ventsFlotter toujours leurs plis mouvants,Et des restes de symphonieSemblaient se noyer dans les airs,Ou voltiger sur les flots clairs,C'était ta prière bénie…La belle fête était finie

Versification

Forme
11 huitains (huitains)
Rimes
11(abbaccdd)
Mètre
Octosyllabes
Strophes
11 huitains
Mots à la rime
a source / course féminine, classiqueb roseaux / eaux masculine, classiquec profond / fond masculine, classiqued Ourse / source féminine, classiquea passeur / sœur masculine, classiqueb rame / Madame féminine, classiquec l'obole / parole féminine, classiqued douceur / passeur masculine, classiquea rive / arrive féminine, classiqueb rocher / nocher masculine, classiquec flots / sanglots masculine, classiqued grive / rive féminine, classiquea gens / indigents masculine, classiqueb voie / joie féminine, classiquec bagatelles / ailes féminine, classiqued exigeants / gens masculine, classiquea entendre / attendre féminine, classiqueb bords / abords masculine, classiquec flambeau / beau masculine, classiqued tendre / entendre féminine, classiquea couleurs / fleurs masculine, classiqueb blanches / branches féminine, classiquec gratitude / multitude féminine, classiqued pleurs / couleurs masculine, classiquea ruisselle / scelle féminine, classiqueb s'épand / pend masculine, classiquec pont / répond masculine, classiqued étincelle / ruisselle féminine, classiquea rit / bruit masculine, classiqueb verres / trouvères féminine, classiquec compagnes / campagnes féminine, classiqued fleurit / rit masculine, classiquea grise / église féminine, classiqueb hauteur / enchanteur masculine, classiquec serein / d'airain masculine, classiqued frise / grise féminine, classiquea pas / bas masculine, classiqueb enceinte / sainte féminine, classiquec Marie / chérie féminine, classiqued pas masculine, classiquea finie / symphonie féminine, classiqueb vents / mouvants masculine, classiquec airs / clairs masculine, classiqued bénie / finie féminine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.7· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

88 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Épis, MONTREAL, LA CIE J.-ALFRED GUAY - LIBRAIRES-ÉDITEURS, 1914· numérisation Project Gutenberg Canada· Sources