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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les vengeances, 1875· Deuxième partie La vengeance chrétienne

CHANT HUITIÈME. La délivrance

Pamphile Le May· distiques, alexandrins, 104 vers

O ma muse, volons‖ loin des champs de bataille !Oublions maintenant‖ le bruit de la mitraille,Les sanglots des vaincus‖ et les chants des vainqueurs.Nous avons salué‖ ces hommes aux grands cœursQui coururent donner‖ et leur sang et leur viePour affirmer leurs droits‖ et sauver leur Patrie.Nous redirons plus tard‖ la gloire de Chénier,Le plus vaillant de tous,‖ qui tomba le dernier.Mais reprend ton essor,‖ ô muse, ma compagne,Et volons de nouveau‖ vers la belle campagneOù se sont écoulés‖ mes jours les plus joyeux,Volons vers Lotbinière‖ où dorment mes aïeux !

Un an s'est écoulé‖ depuis qu'à ce rivageUn élégant vaisseau,‖ dans la nuit, fit naufrage.Et, comme alors, le ciel‖ est obscur aujourd'hui ;Et l'hiver va venir‖ et la neige avec lui.On parle encor partout,‖ le soir, à la chaumine,Du jeune capitaine‖ et de sa bonne mine,Et de son vif amour‖ pour Louise LozetEt de sa fuite au loin‖ devenue un secret.Louise est toujours triste :‖ un sombre ennui la ronge :Elle fuit les plaisirs,‖ et souvent elle songeA s'aller enfermer‖ dans le cloître sacré.Lozet, de l'aube au soir,‖ dans son fertile pré,Travaille encore plus‖ que de l'accoutumée.Veut-il donc étourdir‖ sa pauvre âme abîmée,Depuis un an bientôt,‖ dans un profond chagrin ?Ruzard triomphe seul.‖ Débarrassé soudainEt de son fier rival‖ et de son froid complice,Il espère cueillir‖ un plus beau bénéficeEt courir à la fois‖ un danger bien moins grand.

Quand l'ivrogne cocher,‖ de rum toujours friand,Comme un sale pourceau‖ se fut couché par terre,Tonkourou resté seul,‖ d'un air plein de mystère,Doucement s'approcha‖ du jeune prisonnier.Léon qui savait bien‖ comme était rancunier,Le sauvage huron‖ qui venait en silenceDérobant à demi‖ le vieux fer d'une lance,Léon crut voir alors‖ son barbare assassin.Il pensa de crier.‖ Mais, changeant de dessein,Il réprima le cri‖ qui sortait de sa boucheEt parut défier‖ son ennemi farouche.Vivre lui faisait peur :‖ mourir lui semblait mieux ;Mourir à ce foyer‖ et presque sous les yeuxDe son unique amour,‖ de la douce Louise !Et s'il ne mourait pas‖ par le poignard qu'aiguise,Dans l'ombre de la nuit,‖ la main de l'homme faux,Pourrait-il échapper‖ aux dresseurs d'échafauds ?…Il n'alla pas plus loin‖ dans sa triste pensée.Tonkourou le tira‖ d'une main empressée,Lui saisit les poignets‖ de ses doigts vigoureux.Léon ne trembla pas.‖ Le huron dangereuxLeva le fer rouillé‖ que tenait sa main droite.Léon frémit un peu ;‖ sa paupière était moite :Il songeait à Louise‖ objet de ses regrets.Il sentit le fer dur‖ glisser sur ses poignets ;Il entendit crier‖ les mailles des entravesQui serraient ses deux mains‖ et les tenaient esclaves ;Il vit se détacher‖ son infâme lien :Il était libre. Alors‖ le subtil indienLui dit à basse voix :‖ — « Mon jeune frère est libre. »Jamais nid qui gazouille‖ et jamais luth qui vibreN'eurent d'accords plus doux,‖ pour l'âme du marin,Que la voix du sauvage‖ eu ce moment. EnfinRemis de sa stupeur‖ et plein de gratitude,Pour le remercier‖ de sa sollicitude,Léon serra la main‖ du chef mystérieux.Et celui-ci reprit :‖ — « Tout est silencieux :« Fuyons vite, fuyons !‖ car le jour va paraître.« Si l'indien se venge‖ il aime à reconnaître,« Mieux que la face pâle,‖ un service rendu. »Ils sortirent sans bruit.‖ Nul n'avait entenduSur le plancher de bois‖ glisser leurs pieds agiles.En laissant la maison,‖ de ses regards fébrilesLéon enveloppa,‖ comme d'un cercle ardent,La chambre où sa Louise,‖ au doux sommeil cédant,Maintenant reposait‖ dans l'oubli de sa peine.D'un pas souple et rapide‖ ils franchirent la plaine,Et dans les bois voisins,‖ comme de sombres ours,S'enfoncèrent sans peur.‖ Mais, après quelques jours,Montant dans un canot,‖ au milieu des ténèbres,Ils ramèrent longtemps‖ vers ces hameaux célèbresQui les premiers de tous‖ osèrent s'insurgerContre un Maître puissant‖ qui sut trop se venger.Puis on les vit combattre‖ au premier rang des bravesPour délivrer du joug‖ nos rivages esclaves.L'indien, de son cœur‖ suivant l'impulsion,Ourdit des plans rusés‖ et se fit espion.C'est lui qui, le matin,‖ sous le feu des rebellesAmena le vieux Gore‖ et ses troupes cruelles.Et le guerrier qui vint‖ avec rapiditéRencontrer l'espion‖ pendant l'obscurité ;Qui de sa main cloua‖ sur la maison de pierre,Comme un égide saint,‖ l'orgueilleuse bannière ;Qui sauva cette vierge‖ en tuant un soldatDont le cœur méditait‖ un ignoble attentat ;Celui qui, tout à coup,‖ le désespoir dans l'âme,A l'aspect douloureux‖ de la plaintive femmeRoulant inanimée‖ auprès de son amant !Sut tirer de Markham‖ un rude châtiment ;Celui qu'on appelait‖ l'étranger, que la fouleSuivait avec transport‖ comme l'onde qui couleSuit naturellement‖ la pente du terrain,C'était le fier Léon,‖ l'infortuné marin

Versification

Forme
Distiques
Rimes
52((aa))
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Mots à la rime
a bataille / mitraille féminine, classiqueb vainqueurs / cœurs masculine, classiquec vie / Patrie féminine, classiqued Chénier / dernier masculine, classiquee compagne / campagne féminine, classiquef joyeux / aïeux masculine, classiquea rivage / naufrage féminine, classiqueb aujourd'hui / lui masculine, classiquec chaumine / mine féminine, classiqued Lozet / secret masculine, classiquee ronge / songe féminine, classiquef sacré / pré masculine, classiqueg l'accoutumée / abîmée féminine, classiqueh chagrin / soudain masculine, classiquei complice / bénéfice féminine, classiquej grand / friand masculine, classiqueb terre / mystère féminine, classiquec prisonnier / rancunier masculine, classiqued silence / lance féminine, classiquee assassin / dessein masculine, classiquef bouche / farouche féminine, classiqueg mieux / yeux masculine, classiqueh Louise / qu'aiguise féminine, classiquei faux / d'échafauds masculine, classiquej pensée / empressée féminine, classiquek vigoureux / dangereux masculine, classiquel droite / moite féminine, classiquem regrets / poignets masculine, classiquen entraves / esclaves féminine, classiqueo lien / indien masculine, classiquep libre / vibre féminine, classiqueq marin / Enfin masculine, classiquer gratitude / sollicitude féminine, classiques mystérieux / silencieux masculine, classiquet paraître / reconnaître féminine, classiqueu rendu / entendu masculine, classiquev agiles / fébriles féminine, classiquew ardent / cédant masculine, classiquex peine / plaine féminine, classiquey ours / jours masculine, classiquez ténèbres / célèbres féminine, classiquea s'insurger / venger masculine, classiqueb braves / esclaves féminine, classiquec l'impulsion / espion masculine, classiqued rebelles / cruelles féminine, classiquee rapidité / l'obscurité masculine, classiquef pierre / bannière féminine, classiqueg soldat / attentat masculine, classiqueh l'âme / femme féminine, classiquei amant / châtiment masculine, classiquej foule / coule féminine, classiquek terrain / marin masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.3· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

104 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les vengeances, QUÉBEC, TYPOGRAPHIE DE C. DARVEAU, 1875· numérisation Project Gutenberg Canada· Sources