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un seul est le mot juste.

Les vengeances, 1875· Deuxième partie La vengeance chrétienne

CHANT SEPTIÈME. Saint-Denys

Pamphile Le May· distiques, alexandrins, 358 vers

Dans la haute maison‖ que voilait le drapeauLe zèle était ardent,‖ le spectacle, nouveau.Des hommes valeureux‖ demandaient à combattre ;Ils n'avaient pas d'espoir !‖ mais ils voulaient abattre,Pour venger leur pays,‖ les fiers soldats anglais,Comme la faulx, au champ,‖ abat les blés épais.Leurs grands fusils braqués‖ devant chaque fenêtre,Ils trouvaient l'ennemi‖ trop tardif à paraître :— « Les voici ! » dirent-ils,‖ tout à coup à la fois,Et chacun, priant Dieu,‖ fit un signe de croix.Ce sacrifice pur‖ des Âmes oppriméesMonta comme un parfum‖ vers le Dieu des armées.C'était au moment même‖ où le vieux commandantMenaçait l'espion‖ son humble confident.

Le bataillon terrible‖ entrait dans le village.Un grand calme régnait.‖ Les arbres sans feuillageÉtendaient leurs rameaux‖ sur les pâles gazonsEt sur les toits blanchis‖ des paisibles maisons.Soudain, comme un chevreuil‖ dans un buisson s'élance,Du colonel anglais‖ trompant la vigilance,L'espion s'élança‖ du milieu du cheminEt disparut parmi‖ les arbres d'un jardin.Gore, tout stupéfait‖ d'une pareille audace,Semblait être insensible‖ et cloué sur la place.Quelques coups de fusils‖ tirés sur le fuyardCassèrent les rameaux.‖ Les balles au hazardTombèrent, tour à tour,‖ sur les feuilles jaunies.

Des chants doux et plaintifs,‖ d'étranges symphoniesFrappèrent, tout à coup,‖ l'oreille des guerriersQui voulaient recueillir‖ de faciles lauriers.C'étaient des chants pieux‖ qui sortaient de l'égliseEt que, par intervalle,‖ au loin, semait la brise.Les femmes, les enfants,‖ unis à leur Pasteur,Priaient, devant l'autel,‖ pour ces hommes de cœurQui marchaient à la mort‖ d'une âme calme et fière.

Mais de chaque châssis‖ de la maison de pierreUn éclair radieux‖ rejaillit aussitôt.Le bataillon anglais‖ eut un profond sanglot,Et fit, dans sa terreur,‖ quelques pas en arrière.Plusieurs soldats de Gore‖ avaient, dans la poussière,Roulé comme ces troncs‖ que la hache a coupés.De leurs châssis étroits‖ les paysans, groupés,Font pleuvoir avec bruit‖ les balles meurtrières.Les soldats d'Albion‖ relèvent leurs visières.Et sentent dans leurs cœurs‖ la colère monter.Gore s'écrie alors :‖ — « Vont-ils nous arrêter,« Ces maudits habitants,‖ ces rebelles, ces traîtres ?« De leur faible repair,‖ soldats, rendez-vous maîtres !Une nouvelle ardeur,‖ à ces discours grossiers,Se réveille soudain‖ dans l'âme des guerriers,Et, de leurs pieds pesants‖ qui tombent en mesure,Frappant, tous à la fois,‖ la route étroite et dure,Ils marchent, menaçants‖ vers le toit rapprochéOù l'ennemi s'était,‖ pour combattre, caché.Mais on entend encor‖ comme un bruit de tonnerre,Et vingt des fiers soldats‖ s'en vont mordre la terre :Et les autres, alors,‖ pour reformer leur rang,Les foulaient sous les pieds‖ et marchaient dans leur sang.

Effrayé des exploits‖ d'ennemis invisibles,Gore qui proclamait‖ ses troupes invincibles,Gore, rougit de honte‖ et trembla de dépit ;Puis au même moment,‖ dans la fenêtre, il vitUn homme aux longs cheveux‖ qui faisait mille gestesEt semblait l'appeler‖ vers ces endroits funestes.Et cet homme, c'était‖ le subtil espion !Comme s'il eut été‖ piqué d'un scorpion,Le vieux Gore bondit.‖ — « La croix d'honneur au brave,Dit-il, jetant du feu‖ de sa paupière cave,« Au brave qui tuera‖ le monstre que voici ! —Il montrait l'espion.‖ — « Soldats, point de merci ! »L'espion odieux‖ gesticulait encore.Mille fusils ensemble,‖ avec un bruit sonore,Firent voler vers lui‖ mille balles de plomb.L'espion disparut.‖ Un silence profond,Un calme menaçant‖ suivit la fusillade.

Le bataillon anglais‖ fit une barricadePour se mettre à l'abri‖ des coups nombreux et sûrsQue lui portaient Nelson‖ et ses soldats obscurs.On pointa le canon‖ vers la maison de pierre :Dans la rage, on voulait‖ la réduire en poussièreAvec les révoltés‖ qui s'y tenaient blottis.Tous les toits d'alentours,‖ en remparts convertisVomissaient, par torrents,‖ la fumée et les flammes ;La crainte d'un échec‖ faisait frémir les âmes.Un nuage effrayant‖ enveloppait le bourg :Et l'air retentissait‖ d'un bruit lugubre et sourd.L'aspect du sang qui coule‖ et l'odeur du salpêtreFont naître le vertige.‖ Et le calme champêtre,Toute à l'heure si doux‖ dans le bourg insurgé,En un tumulte affreux‖ s'est promptement changé.Quelques femmes fuyaient‖ ainsi que des gazellesQui veulent échapper‖ aux mâchoires cruellesDes tigres courroucés.‖ Et les soldats hurlantsQui n'avaient pu les prendre‖ entre leur bras sanglants,Les soldats irrités‖ voulaient se venger d'ellesEn les perçant, de loin,‖ de leurs balles mortelles.

Appelant près de lui‖ l'étranger jeune et beauQui tantôt sur le toit‖ arborait un drapeau,Nelson lui dit : — « Allez‖ dans la distillerie« Que vous voyez là-bas‖ au bord de la prairie ;« Quinze hommes résolus‖ comme vous à mourir,« Pour harceler l'anglais,‖ y vont aussi courir. »Et l'étranger partit‖ avec les quinze braves.Ils semblaient, ces héros,‖ de fragiles épavesQui s'en vont échouer‖ et pourrir sur les bords.Encor jeune tout quinze,‖ aimant la vie alorsComme on l'aime toujours‖ quand elle est sans souffrance,Ou qu'on n'a pas vu fuir‖ la divine espérance,Ils allaient s'éloignant‖ des maisons, des chemins,Passant, sans bruit, courbés,‖ derrière les jardins,Pour ne pas être vus‖ des ennemis barbares.

Or les bruyants clairons‖ qui sonnaient les fanfares,Et les hennissements‖ des rapides coursiers,Le canon qui tonnait,‖ et les cris des guerriers,Les plaintes des mourants,‖ le sifflement des ballesDonnaient à ces tableaux‖ des horreurs sans égales.

L'étranger en passant‖ à travers un bosquetEntend un long sanglot.‖ Il s'arrête inquiet.Pendant que ses guerriers‖ d'un pas prudent avancent,Au pied des arbres nus‖ que les brises balancentIl voit, vêtu de rouge,‖ un soldat en courrouxDont une jeune fille‖ embrasse les genoux.Et cette vierge en pleurs‖ tâche d'éloigner d'elleLes lèvres du soldat‖ et sa main criminelle.Mais, brûlant d'assouvir‖ ses sales appétits,Le cynique guerrier‖ déchire les habitsDe la plaintive enfant‖ dont les épaules nuesRougissent, tout à coup,‖ de hontes inconnues.Un moment interdit,‖ le guerrier canadienS'enflamme de colère‖ à l'aspect de ce chienDont l'œil étincelant‖ du feu de la luxureDévore les beautés‖ de la vierge encor pure.Poussant un cri terrible,‖ il s'élance, d'un bond,Près de l'arbre où se tient‖ le soldat vagabond.De même, rugissant,‖ le feu dans la prunelle,Le lion des déserts‖ qui voit une femelleAux sauvages amours‖ d'un rival odieuxPrêter, sous les forêts,‖ ses flancs luxurieux,De même le lion,‖ agile, souple, alerte,Se fouettant de la queue‖ et la mâchoire ouverte,Surprend, dans sa fureur,‖ son ennemi puissant.Et le combat s'engage‖ horrible, saisissant ;La forêt retentit‖ de hurlements féroces :Les arbres sont rompus.‖ De leurs griffes atrocesLes terribles lutteurs‖ se labourent les chairs :On voit de leurs grands yeux‖ jaillir d'affreux éclairs ;Ils souillent dans le sang‖ leur épaisse crinière.Les feuilles, les rameaux‖ comme un flot de poussièreTourbillonnent sur eux.‖ Les fauves étonnésSe cachent aussitôt‖ dans les bois éloignés.Mais le jeune étranger‖ était sans jalousie :D'un plus noble transport‖ son âme était saisie.— « O lâche ravisseur,‖ dit-il avec mépris,« Est-ce ainsi que chez-vous‖ l'héroïsme est compris ?« Tourne donc contre moi‖ tes inutiles lames« Au lieu de te cacher‖ pour outrager les femmes ! »L'Anglais en l'entendant,‖ tressaillit de fureur : —A l'armée il passait‖ pour un fameux tireur : —Il saisit sur le sol‖ sa longue carabineEt, visant l'étranger :‖ — « Va-t'en d'ici, vermine !« Va-t'en dans l'autre monde‖ y faire des sermons ! »Et le coup retentit.‖ Sur les pâles gazonsTombèrent des rameaux‖ déchirés par la balle.Du soldat d'Albion‖ poussant la main brutale,La vierge fit trembler‖ le fusil destructeurEt sauva de la mort‖ son noble protecteur.L'anglais abasourdi‖ tire sa baïonnetteEt d'un bon furieux‖ sur l'étranger se jette.Mais celui-ci l'attend.‖ De son fusil légerQu'il fait, comme un bâton,‖ tourner et voltigerIl pare habilement‖ les attaques du traître.— « Tu trouves, lui dit-il,‖ plus malaisé, peut-être,« De vaincre et de tuer‖ l'homme qui se défend,« Que d'outrager la femme‖ ou la timide enfant ! »L'anglais ne répond pas :‖ mais dans sa rage aveugle,Il mugit sourdement‖ comme un taureau qui beugle.— « Va donc, reprend encor‖ le jeune canadien,« Va voir si tes pareils‖ s'amusent aussi bien,« Lâche, dans l'autre monde,‖ avec les jeunes filles,« Et s'ils vont se cacher‖ souvent sous les charmilles !En achevant ces mots,‖ d'un adroit mouvementIl épaule son arme‖ et fait feu. LentementLe soldat polisson‖ ouvre les bras et tombe.Le vautour était mort‖ sous l'œil de la colombe.

Le guerrier Canadien‖ avait aussitôt fui.Il allait par les prés‖ emmenant avec luiLa douce jeune tille‖ encore tout tremblante.Ses quinze compagnons‖ dont la marche était lenteAvaient à peine atteint‖ le vaste bâtimentDont Nelson avait cru‖ devoir, en ce moment,Prendre possession.‖ Ces braves gens conçurentDe singuliers soupçons‖ alors qu'ils aperçurentLa vierge échevelée‖ et leur chef valeureux :Ils se regardaient tous‖ et souriaient entre eux.Et quand le couple ému‖ dont la crainte était grande,Promptement se fut joint‖ à l'héroïque bande,On vit l'un des guerriers‖ frissonner et pâlir,Et, pareil au blessé‖ qui se voit affaiblir,S'appuyer tristement‖ sur son arme fidèle.Un nom vint expirer‖ sur ses lèvres : « Adèle ! »La pauvre jeune fille,‖ en entendant son nom,Leva ses yeux rougis‖ vers le brave garçon.Un souris vint briller‖ à travers sa tristesse ;Elle ne cacha point‖ son immense tendresse :— « Jean-Baptiste ! » dit-elle ;‖ et vers l'homme chériElle voulut courir‖ et chercher un abri.Mais il la repoussa‖ d'une main implacable ;Et sa voix qui tremblait‖ paraissait formidable ;Et dans son fier regard‖ on voyait son souci.« Adèle ! lui dit-il,‖ que viens-tu faire ici ? »Mais la vierge se tait :‖ on voit couler ses larmes.Alors le jeune chef‖ à ses compagnons d'armesDu fusilier anglais‖ raconta vivementLes desseins criminels‖ et le prompt châtiment.Jean-Baptiste, honteux‖ de sa dure parole,Presse contre son cœur‖ l'enfant qui se désole.

Et l'on entend toujours‖ les cris des combattants !Et la foudre noircit‖ les étendards flottants !Le canon destructeur‖ mugit comme un tonnerre ;Le ciel est obscurci ;‖ l'on sent trembler la terre ;Et les coursiers fougueux‖ déchirent le sol dur ;Et le sang des blessés‖ va rougir le flot pur ;Et dans le temple saint,‖ pour les pauvres victimes,Montent vers le seigneur‖ des prières sublimes.

Les quinze paysans‖ et leur chef dévoué,Dans leur projet hardi‖ n'avaient pas échoué :Prenant soudainement‖ l'ennemi par derrière,Ils formaient sur sa route‖ une ardente barrièreD'où s'élançaient la flamme‖ et le plomb meurtrier.Chaque coup atteignait‖ un perfide guerrierEt du bataillon rouge‖ augmentait l'épouvante.Gore le vétéran‖ qui s'indigne et se vanteD'exterminer bientôt‖ ces hardis habitants,Gore appelle Markham :‖ — « Déloge, il en est temps,« Déloge, lui dit-il,‖ mon brave capitaine,« Ces rustres qui sont là‖ peut-être une centaine.« Prends avec toi, Markham,‖ cent soldats généreux :« Que le combat soit court,‖ comme l'exemple, affreux ! »Animant de la voix‖ ses soldats en furie,Markham s'élance alors‖ vers la distillerie.Ceux qui sont au dedans,‖ en le voyant venir,Lèvent la main au ciel‖ et jurent de tenirJusqu'à la dernière heure,‖ à la dernière balle,Malgré leur peu d'espoir‖ et leur force inégale,Dans ce poste où Nelson‖ leur dit de s'embusquer.Les anglais confiants‖ se hâtent d'attaquer :Ils espèrent cueillir‖ une moisson de gloireEt ne point, cependant,‖ payer cher la victoire.Les balles sur le toit‖ avec d'horribles bruitsTombaient comme, en été,‖ tombent de rouges fruitsQue la tempête arrache‖ aux palpitantes branches.Les canadiens cachés‖ dans leurs remparts de planches,Décidés à mourir,‖ ripostaient vaillamment.En face d'un chassis‖ et près de son amantAdèle regardait,‖ muette, consternée,Ce combat inouï,‖ cette lutte acharnéeQui ne devait finir,‖ lui semblait-il, hélas !Qu'avec l'affreuse mort‖ de tous ces preux soldats.Elle voit s'avancer‖ menaçant et farouche,Brandissant son épée‖ et l'injure à la bouche,Markham le commandant‖ des fiers guerriers anglais.Elle croit qu'il l'a vue‖ et qu'il va désormaisRedoubler ses efforts‖ et puis s'emparer d'elle.Elle s'attache au bras‖ de son ami fidèleA l'instant où le gars,‖ se découvrant un peu,Allait tirer au cœur‖ de ce chef plein de feu.Le coup retentit ; mais‖ la balle vagabonde,Avec un bruit léger,‖ alla tomber dans l'onde,Et cent coups aussitôt‖ tonnèrent à la fois.Le brave Canadien‖ sur le plancher de boisLaissa tomber soudain‖ son fusil inutile.On le vit chanceler‖ comme un tronc que mutileLa hache du colon‖ dans un défrichement :Il étendit les bras‖ et tomba lourdementAux pieds de ses amis‖ qui combattaient sans cesse.Folle de désespoir,‖ l'humble fille se dresseEt lance aux ennemis‖ un regard de fureur :— « Soyez maudits de Dieu !‖ » dit-elle ; et la terreurS'emparant aussitôt‖ de son âme brisée,Elle cherche à s'enfuir‖ par l'étroite croisée :Mais une balle siffle‖ et lui perce le sein.Elle jette un sanglot,‖ porte à son cœur sa main,Comme pour retenir‖ encore un peu la vie.Puis, pâle, l'œil vitreux,‖ mais encore jolie,Elle s'affaisse auprès‖ du guerrier déjà mort.A tous deux le Destin‖ donne le même sort.Ils étaient fiancés,‖ et l'heureux mariageAurait eu lieu bien sûr,‖ disait-on au village,Le plus tard aux jours gras,‖ peut-être même aux Rois.Ils moururent tous deux‖ comme on voit sous les boisMourir deux tendres fleurs‖ qu'un pied distrait écrase.O couple infortuné‖ qu'un doux amour embrase,Soyez unis au ciel‖ par un lien nouveau,Et laissez-moi couvrir‖ de fleurs votre tombeau !

De ses nombreux soldats‖ soutenant le courage,Markham hurlait toujours‖ et semblait pris de rage.Le chef des Canadiens,‖ le bouillant étranger,Comme tous l'appelaient,‖ méprisant le danger,Profondément chagrin‖ de la perte d'un brave,Et de la triste mort‖ de cette fleur suaveQu'il venait de sauver‖ des mains d'un polisson ;Le chef des canadiens‖ envoyés par Nelson,A son tour s'avança‖ sous la grêle de ballesQui sifflaient dans les airs‖ comme font les rafales ;Il arma son fusil,‖ il visa de sang froid,Et le bouillant Markham‖ fut atteint au bras droit.On vit ce commandant‖ faire un geste suprême,Et tomber sur le sol‖ en poussant un blasphème.Alors tous les soldats,‖ surpris, épouvantés,Commencèrent à fuir,‖ courant de tous côtés.

Nelson et ses guerriers,‖ armés depuis l'aurore,Dans leur maison de pierre,‖ au bataillon de GoreRésistaient noblement.‖ Déjà le jour baissait ;Gore perdait l'espoir,‖ son ardeur s'affaissait.Ces simples habitants‖ qu'il se vantait de vaincreN'étaient peut-être, alors,‖ pas loin de le convaincreQu'un peuple qui défend‖ ses droits, sa liberté,S'il peut être vaincu,‖ doit être redouté.Comme souvent on voit‖ les flots pendant l'orageS'élancer, menaçants,‖ jusqu'au bord du rivage,Couvrir d'écume, au loin,‖ l'inébranlable rocQui gémit mais résiste‖ à leur furieux choc,Se replier enfin,‖ et, secouant leurs cimes,Reculer et se perdre‖ au milieu des abîmes ;Ainsi l'on vit, soudain,‖ l'orgueilleux bataillonSe replier et fuir,‖ traînant son pavillonOù venait de s'inscrire‖ une amère défaite.Et les clairons pleuraient‖ en sonnant la retraite.Alors les Révoltés,‖ joyeux, remplis d'espoir,Poursuivirent longtemps,‖ sous le ciel déjà noir,Leurs ennemis nombreux‖ emportés par la crainte.Et longtemps les échos‖ répétèrent la plainteQue jetait en tombant‖ le malheureux fuyardAtteint par une balle‖ envoyée au hazard.

O Perrault, que ton nom‖ soit toujours cher aux braves !C'est alors qu'en luttant‖ pour briser nos entravesTu trouvas aussi toi‖ le glorieux trépas !Ta balle d'un fuyard‖ vient d'arrêter les pas :Il tombe, mais il veut,‖ dans l'ire qui l'enflamme,Tuer un Canadien‖ avant de rendre l'âme.C'est toi qui le premier‖ passes auprès de lui.Il se dresse aussitôt :‖ son bras lui sert d'appui :Son espérance, enfin,‖ n'a pas été trompée :Il te perce le cœur‖ de sa sanglante épée,Et retombant, hideux,‖ le sang déjà figé,Il expire en riant‖ de s'être ainsi vengé !

Mais tel ne finit point‖ le combat de Saint-Charle !Ils furent malheureux‖ les héros dont on parleSous le chaume paisible,‖ encor avec orgueil !La sainte liberté‖ sortit de leur cercueil.Qu'ils se consolent donc‖ et tressaillent de joie !Ils furent écrasés.‖ Comme un arbuste ploieSous le poids des glaçons‖ qui couvrent ses rameaux ;Comme un vaisseau trop plein‖ s'enfonce sous les eaux ;Ainsi ces fiers lutteurs‖ s'affaissèrent dans l'ombre,Pas vaincus, écrasés‖ par la force et le nombre !Et leur chef, un anglais !‖ et leur chef les vendit !…Que ton nom, lâche Brown,‖ soit à jamais maudit !

Versification

Forme
Distiques
Rimes
179((aa))
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Mots à la rime
a drapeau / nouveau masculine, classiqueb combattre / abattre féminine, classiquec anglais / épais masculine, classiqued fenêtre / paraître féminine, classiquee fois / croix masculine, classiquef opprimées / armées féminine, classiqueg commandant / confident masculine, classiquea village / feuillage féminine, classiqueb gazons / maisons masculine, classiquec s'élance / vigilance féminine, classiqued chemin / jardin masculine, classiquee audace / place féminine, classiquef fuyard / hazard masculine, classiqueg jaunies / symphonies féminine, classiqueb guerriers / lauriers masculine, classiquec l'église / brise féminine, classiqued Pasteur / cœur masculine, classiquee fière / pierre féminine, classiqueb aussitôt / sanglot masculine, classiquec arrière / poussière féminine, classiqued coupés / groupés masculine, classiquee meurtrières / visières féminine, classiquef monter / arrêter masculine, classiqueg traîtres / maîtres féminine, classiqueh grossiers / guerriers masculine, classiquei mesure / dure féminine, classiquej rapproché / caché masculine, classiquek tonnerre / terre féminine, classiquel rang / sang masculine, classiquea invisibles / invincibles féminine, classiqueb dépit / vit masculine, classiquec gestes / funestes féminine, classiqued espion / scorpion masculine, classiquee brave / cave féminine, classiquef voici / merci masculine, classiqueg encore / sonore féminine, classiqueh plomb / profond masculine, non classiquei fusillade / barricade féminine, classiqueb sûrs / obscurs masculine, classiquec pierre / poussière féminine, classiqued blottis / convertis masculine, classiquee flammes / âmes féminine, classiquef bourg / sourd masculine, non classiqueg salpêtre / champêtre féminine, classiqueh insurgé / changé masculine, classiquei gazelles / cruelles féminine, classiquej hurlants / sanglants masculine, classiquek d'elles / mortelles féminine, classiquea beau / drapeau masculine, classiqueb distillerie / prairie féminine, classiquec mourir / courir masculine, classiqued braves / épaves féminine, classiquee bords / alors masculine, classiquef souffrance / espérance féminine, classiqueg chemins / jardins masculine, classiqueh barbares / fanfares féminine, classiqueb coursiers / guerriers masculine, classiquec balles / égales féminine, classiquea bosquet / inquiet masculine, classiqueb avancent / balancent féminine, classiquec courroux / genoux masculine, classiqued d'elle / criminelle féminine, classiquee appétits / habits masculine, classiquef nues / inconnues féminine, classiqueg canadien / chien masculine, classiqueh luxure / pure féminine, classiquei bond / vagabond masculine, classiquej prunelle / femelle féminine, classiquek odieux / luxurieux masculine, classiquel alerte / ouverte féminine, classiquem puissant / saisissant masculine, classiquen féroces / atroces féminine, classiqueo chairs / éclairs masculine, classiquep crinière / poussière féminine, classiqueq étonnés / éloignés masculine, classiquer jalousie / saisie féminine, classiques mépris / compris masculine, classiquet lames / femmes féminine, classiqueu fureur / tireur masculine, classiquev carabine / vermine féminine, classiquew sermons / gazons masculine, classiquex balle / brutale féminine, classiquey destructeur / protecteur masculine, classiquez baïonnette / jette féminine, classiquea léger / voltiger masculine, classiqueb traître / peut-être féminine, classiquec défend / enfant masculine, classiqued aveugle / beugle féminine, classiquee canadien / bien masculine, équivalentef filles / charmilles féminine, classiqueg mouvement / Lentement masculine, classiqueh tombe / colombe féminine, classiquea fui / lui masculine, classiqueb tremblante / lente féminine, classiquec bâtiment / moment masculine, classiqued conçurent / aperçurent féminine, classiquee valeureux / eux masculine, classiquef grande / bande féminine, classiqueg pâlir / affaiblir masculine, classiqueh fidèle / Adèle féminine, classiquei nom / garçon masculine, classiquej tristesse / tendresse féminine, classiquek chéri / abri masculine, classiquel implacable / formidable féminine, classiquem souci / ici masculine, classiquen larmes / d'armes féminine, classiqueo vivement / châtiment masculine, classiquep parole / désole féminine, classiquea combattants / flottants masculine, classiquec dur / pur masculine, classiqued victimes / sublimes féminine, classiquea dévoué / échoué masculine, classiqueb derrière / barrière féminine, classiquec meurtrier / guerrier masculine, classiqued l'épouvante / vante féminine, classiquee habitants / temps masculine, classiquef capitaine / centaine féminine, classiqueg généreux / affreux masculine, classiqueh furie / distillerie féminine, classiquei venir / tenir masculine, classiquej balle / inégale féminine, classiquek s'embusquer / d'attaquer masculine, classiquel gloire / victoire féminine, classiquem bruits / fruits masculine, classiquen branches / planches féminine, classiqueo vaillamment / amant masculine, classiquep consternée / acharnée féminine, classiqueq hélas / soldats masculine, classiquer farouche / bouche féminine, classiques anglais / désormais masculine, classiquet d'elle / fidèle féminine, classiqueu peu / feu masculine, classiquev vagabonde / l'onde féminine, classiquew fois / bois masculine, classiquex inutile / mutile féminine, classiquey défrichement / lourdement masculine, classiquez cesse / dresse féminine, classiquea fureur / terreur masculine, classiqueb brisée / croisée féminine, classiquec sein / main masculine, classiqued vie / jolie féminine, classiquee mort / sort masculine, classiquef mariage / village féminine, classiqueg Rois / bois masculine, classiqueh écrase / embrase féminine, classiquei nouveau / tombeau masculine, classiquea courage / rage féminine, classiqueb étranger / danger masculine, classiquec brave / suave féminine, classiqued polisson / Nelson masculine, classiquee balles / rafales féminine, classiquef froid / droit masculine, classiqueg suprême / blasphème féminine, classiqueh épouvantés / côtés masculine, classiquea l'aurore / Gore féminine, classiqueb baissait / s'affaissait masculine, classiquec vaincre / convaincre féminine, classiqued liberté / redouté masculine, classiquee l'orage / rivage féminine, classiquef roc / choc masculine, classiqueg cimes / abîmes féminine, classiqueh bataillon / pavillon masculine, classiquei défaite / retraite féminine, classiquej d'espoir / noir masculine, classiquek crainte / plainte féminine, classiquea braves / entraves féminine, classiqueb trépas / pas masculine, classiquec l'enflamme / l'âme féminine, classiqued lui / d'appui masculine, classiquee trompée / épée féminine, classiquef figé / vengé masculine, classiquea Saint-Charle / parle féminine, classiqueb orgueil / cercueil masculine, classiquec joie / ploie féminine, classiqued rameaux / eaux masculine, classiquee l'ombre / nombre féminine, classiquef vendit / maudit masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.1· écart moyen à la rime classique 0.1

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

358 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les vengeances, QUÉBEC, TYPOGRAPHIE DE C. DARVEAU, 1875· numérisation Project Gutenberg Canada· Sources