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un seul est le mot juste.

Les vengeances, 1875· Deuxième partie La vengeance chrétienne

CHANT ONZIÈME. La fenaison

Pamphile Le May· distiques, alexandrins, 106 vers

Souffle ! souffle, zéphyr !‖ Oh ! j'aime ton murmure,Les bois qui font danser‖ leur jalouse ramureComme les flots d'argent‖ de nos fleuves houleux !Souffle ! car le soleil‖ nous brûle de ses feux !Les travailleurs ont chaud,‖ là-bas, dans la prairie :L'eau coule sur leur front.‖ Dans la plaine fleurieTon haleine a trouvé‖ mille parfums nouveaux.Et c'est la fenaison !‖ Sous la mordante faulxTombe par rangs serrés‖ le foin rempli d'arôme.

Au milieu de son champ,‖ pareil à ce fantômePar lequel les graveurs‖ représentent la mort,Le vieux Lozet fauchait.‖ Jadis son bras plus fort,Quand le sol était plan,‖ couchait, dans la journée,Un arpent et demi‖ de l'humble graminée.Aujourd'hui la faulx pèse,‖ et le champ est plus grand.Sur le front du vieillard‖ quelle sueur s'épand !Il taillait de l'ouvrage,‖ alors, pour trois faneuses,Et nul n'aurait pensé‖ que c'étaient des flâneuses :Les fourches allaient vite.‖ Une seule, aujourd'hui,Une seule faneuse‖ est au champ avec lui ;C'est Louise. Elle porte‖ un grand chapeau de paille,Un mantelet léger‖ qui se plisse à la taille,Un jupon de droguet‖ qui laisse apercevoirUn soulier de cuir rouge,‖ un bas de coton noir.Une larme, parfois,‖ vient sillonner sa jouePendant qu'avec la fourche‖ elle lève et secoue,Pour les faire sécher,‖ et le trèfle et le foin.Elle est toujours rêveuse‖ et sa pensée est loin.Reviendra-t-il jamais,‖ mon Dieu ! celui qu'elle aime !Est-il mort ! Tonkourou,‖ par quelque stratagèmeQue son esprit pervers,‖ un jour, aura rêvé,L'a-t-il, pour le mieux perdre,‖ aux anglais enlevé ?Doit-elle, maintenant,‖ éteindre dans son âmeL'adorable rayon‖ de sa première flamme ?Et doit-elle oublier‖ l'ami qui ne vient pas ?Tout en rêvant de même,‖ elle suit, pas à pas,Le faucheur recourbé‖ qui se hâte à l'ouvrage.

Il fait chaud. Vers le soir‖ pourrait gronder l'orage.On entend, par moment,‖ dans les prés d'alentour,Les faneuses chanter‖ et rire tour à tour.On entend retentir‖ sur la faulx qui s'affileLa pierre que promène‖ une main prompte, habile.Et lorsque le soleil,‖ l'horloge de nos champs,Annoncera midi,‖ les calmes habitantsViendront à leur maison‖ prendre un repas modeste.

Le vieux pilote Auger,‖ fuyant la vie agresteS'était, dès le printemps,‖ embarqué de nouveau.La terre l'ennuyait,‖ il se plaisait sur l'eau.Mais avant de laisser‖ la rive hospitalière,Il voulut revenir‖ encore à Lotbinière,Pour voir, pour embrasser,‖ Louise son enfant,Pour voir aussi Léon‖ qu'il aimait presque autant.Sa surprise fut grande‖ et grande aussi sa peineQuand il apprit le sort‖ du jeune capitaine,Sa fuite, dans la nuit,‖ avec cet indienDont personne de là‖ ne savait encor rien.Après avoir pressé‖ sur sa poitrine émueLa gracieuse enfant‖ qu'il n'avait pas revueDepuis un an au moins,‖ il se rendit à bord.Et le vaisseau cingla‖ vers la terre du Nord.

Les chevaux attelés‖ sur les grandes voituresS'en viennent lentement‖ en longeant les clôtures.Sur la charge de foin‖ haute comme un rocherUn gars alerte et vif,‖ assis, fait le cocher.Et l'essieu de bois crie‖ en tombant dans l'ornière.Et le trèfle empourpré‖ laisse à chaque barrièreUne vive guirlande,‖ un radieux festonOù vient se reposer‖ le bruyant hanneton.

Ruzard serra ses foins,‖ ce jour-là, de bonne heure :Il referma sur lui‖ sa tranquille demeureEt vint aider Lozet,‖ qui charriait tout seul.La faneuse attendait‖ à l'ombre d'un tilleulLe retour du vieillard.‖ Selon l'accoutumée,C'est elle qui foulait‖ la charge parfumée.Ruzard s'approcha d'elle‖ avec un doux souris :— « N'auras-tu donc jamais,‖ dit-il, que du mépris« Pour celui qui t'adore‖ et te reste fidèle« Malgré son désespoir ?‖ — « Puis-je t'aimer, dit-elle ?« Peut-on deux fois aimer‖ avec le même cœur ?— « Je t'aime et c'est, Louise,‖ assez pour mon bonheur !« Léon ne viendra plus,‖ pourquoi toujours l'attendre ?« Le fin sauvage et lui‖ ne semblaient pas s'entendre ;« Ils feignaient se haïr,‖ et pourtant, tu le sais,« Ils s'étaient entendus‖ pour tromper les anglais….« Léon te trompait-il ?‖ — Ah ! Lozet ton bon père,« S'est plaint de lui souvent :‖ il ne l'estime guère….« Le marin acclamait‖ les hommes dangereux« Qui méprisent les rois‖ et se liguent contre eux.« Il n'a pas écouté‖ les conseils de nos prêtres….« Les rebelles sont tous‖ hypocrites ou traîtres…. »Et Louise écoutait‖ ce langage nouveauPromenant sur le foin‖ les dents de son râteau.Sa tête était baissée,‖ et les ombres du sauleCouvraient d'un voile frais‖ son front et son épaule.

Lorsque Lozet revint‖ il reconnut de loinRuzard qui s'empressait‖ à ramasser le foin :D'un mouvement de joie‖ il ne put se défendre :« Je l'aurai, pensa-t-il,‖ oui, je l'aurai pour gendre ! »Et, fouettant son cheval,‖ chantant une chanson,Il arriva bientôt‖ près du jeune garçon.Jusques au soir bien tard,‖ dans la grange élevéeSur les débris fumants‖ par l'active corvée,Ils serrèrent tous deux‖ les bottes de foin mûr.L'étoile reluisait‖ sur le front d'un ciel pur ;Dans les yeux de Ruzard‖ brillait la convoitise ;La douleur se calmait‖ dans l'âme de Louise

Versification

Forme
Distiques
Rimes
53((aa))
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Mots à la rime
a murmure / ramure féminine, classiqueb houleux / feux masculine, classiquec prairie / fleurie féminine, classiqued nouveaux / faulx masculine, classiquee d'arôme / fantôme féminine, classiqueb mort / fort masculine, classiquec journée / graminée féminine, classiqued grand / s'épand masculine, classiquee faneuses / flâneuses féminine, classiquef aujourd'hui / lui masculine, classiqueg paille / taille féminine, classiqueh apercevoir / noir masculine, classiquei joue / secoue féminine, classiquej foin / loin masculine, classiquek aime / stratagème féminine, classiquel rêvé / enlevé masculine, classiquem âme / flamme féminine, classiquen pas masculine, classiqueo l'ouvrage / l'orage féminine, classiqueb d'alentour / tour masculine, classiquec s'affile / habile féminine, classiqued champs / habitants masculine, classiquee modeste / agreste féminine, classiqueb nouveau / l'eau masculine, classiquec hospitalière / Lotbinière féminine, classiqued enfant / autant masculine, classiquee peine / capitaine féminine, classiquef indien / rien masculine, classiqueg émue / revue féminine, classiqueh bord / Nord masculine, classiquea voitures / clôtures féminine, classiqueb rocher / cocher masculine, classiquec l'ornière / barrière féminine, classiqued feston / hanneton masculine, classiquea heure / demeure féminine, classiqueb seul / tilleul masculine, classiquec l'accoutumée / parfumée féminine, classiqued souris / mépris masculine, classiquee fidèle / dit-elle féminine, classiquef cœur / bonheur masculine, classiqueg l'attendre / s'entendre féminine, classiqueh sais / anglais masculine, classiquei père / guère féminine, classiquej dangereux / eux masculine, classiquek prêtres / traîtres féminine, classiquel nouveau / râteau masculine, classiquem saule / épaule féminine, classiquea loin / foin masculine, classiqueb défendre / gendre féminine, classiquec chanson / garçon masculine, classiqued élevée / corvée féminine, classiquee mûr / pur masculine, classiquef convoitise / Louise féminine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 0.8· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

106 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les vengeances, QUÉBEC, TYPOGRAPHIE DE C. DARVEAU, 1875· numérisation Project Gutenberg Canada· Sources