Reflets d’antan, 1916
La découverte du canada
(Poème couronné par l’Université Laval)
I L’ange du canada
Monte, vague d'amour,‖ monte, ardente courrière,De la terre lointaine‖ au séjour de lumièreOù règne, glorieux,‖ de toute éternité,Le Créateur du ciel‖ et de l'humanité !
Plus joyeux que le chant‖ de l'aube matinale,Un cantique nouveau‖ des harpes d'or s'exhale.Oh ! quels besoins d'aimer,‖ toujours inassouvis,Vous enivrent toujours,‖ mondes et deux ravis !
Le Dieu que nous chantons,‖ disent les chœurs des anges,De l'aurore au ponant‖ est digne de louanges.Il conseille, il ordonne,‖ et des cieux entr'ouverts,Les flots de son amour‖ pleuvent sur l'univers.
Il pardonne au pécheur,‖ donne la paix au juste,Et fait de la vertu‖ le bien le plus auguste.Le vagabond nuage‖ obéit à sa voix ;Le tonnerre et le vent‖ reconnaissent ses lois.L'amour et la douceur‖ rayonnent sur sa face,Et devant sa beauté‖ toute beauté s'efface.Que tout genou fléchisse‖ à son nom glorieux !Que la terre le prie,‖ et qu'on le chante aux cieux !
Pendant que les échos‖ des célestes PortiquesRedisent des élus‖ les sublimes cantiques,Comme l'écho sylvestre,‖ à l'approche du jour,Répète des oiseaux‖ les cantates d'amour,Vers le Père éternel‖ dont toute vie émane,Un ange vient. Il pleure,‖ et sa beauté se fane.Son pied glisse, léger,‖ sur les brillants rubisQui parsèment au ciel‖ les merveilleux tapis.Il replie, en marchant,‖ ses ailes fatiguées.De ses longs cheveux d'or‖ les boucles prodiguées,Dégageant un parfum‖ qui vient l'on ne sait d'où,Retombent mollement‖ et flottent sur son cou.Il garde, jeune et triste,‖ un aspect vénérable,Et son front noble est ceint‖ d'un vert rameau d'érable.
Alors sont suspendus‖ les chants mélodieux ;Les luths divins, alors,‖ restent silencieux.Un aimable sourire‖ accueille, à son passage,Cet ange voyageur‖ dont l'auguste visage,A travers les rayons‖ de l'immortalité,Laisse voir les soucis‖ dont il est agité.
Or, quittant aussitôt‖ la droite de son Père,Vers l'Esprit éploré‖ qui monte de la terre,Se hâte de venir‖ le Fils du Tout-Puissant.Il aime notre monde‖ arrosé de son sang,C'est lui qui vint briser‖ ses entraves funèbres,Et porter la lumière‖ à travers ses ténèbres.
Mais le père du mal,‖ la haine dans le cœur,S'est levé de nouveau‖ contre le Christ vainqueur,Et ses ministres vont,‖ joyeux, par tous les mondes,Semer les noirs conseils,‖ les appétits immondes.Pour garder ses élus‖ contre les ennemisQue l'enfer, irrité,‖ sur la terre a vomis ;Pour montrer le poison‖ dont les coupes sont pleines,Et les mortelles fleurs‖ qui parfument les plaines,Le Seigneur a choisi,‖ dans ses divines cours,Des Esprits combatifs‖ qui veilleront toujours.
C'est un de ces Esprits,‖ dont le saint ministèreEst de conduire au bien‖ les hommes de la terre,Qui vient d'entrer aux cieux.‖ Quelle est sa mission ?Pourquoi sur son front pur‖ se peint l'affliction ?Pourquoi son œil limpide‖ est-il devenu terne ?Devant le Tout-Puissant‖ trois fois il se prosterne,Et le ciel avec lui‖ trois fois tombe à genoux.
— « Dieu tout-puissant, dit-il,‖ Dieu dont le nom si douxDevrait, pour tout mortel,‖ être un objet d'hommage,Je n'ai pas encor vu,‖ sur la lointaine plageOù j'erre solitaire,‖ hélas ! depuis longtemps,Les cœurs monter vers vous‖ purs, honnêtes, contents !L'immense Canada,‖ sur ses féconds rivages,Ne voit se promener‖ que d'ignares sauvages,Malheureuses tribus‖ que le roi des enfersSe vante de tenir,‖ à jamais, dans ses fers.« Naguère cependant,‖ un des fils de la France,L'humble et pieux Cartier,‖ apporta l'espéranceA mon cœur abattu‖ par les chagrins amers.Sur de frêles vaisseaux‖ il traversa les mers.Il vint, bravant la mort,‖ sans orgueil et sans crainte, ;Aux confins du pays‖ arborer la croix sainte.Alors un vieux guerrier,‖ inquiet et songeur,Accoste, l'arc en main,‖ l'illustre voyageur :— « Tu veux nos bois, dit-il,‖ notre antique héritage ?…On pourrait perdre tout,‖ jamais on ne partage.Si tu me fais du mal,‖ toujours je me souviens…Va donc, Visage-Pâle,‖ au pays d'où tu viens. »
« Vous savez, ô Seigneur !‖ l'excès de ma souffrance..Du retour de Cartier‖ je n'ai nulle assurance,Et le suave espoir‖ qu'on m'avait apporté,Comme une ombre qu'efface‖ une vive clarté,S'est hélas ! tout à coup‖ envolé de mon âme.Ne laissez pas, Dieu bon,‖ triompher cette trame.Que les anges maudits,‖ de votre nom jaloux,Au fond de leur abîme‖ ourdirent contre vous.
« Du flambeau de la foi,‖ sur ces rives si belles,Éclaire, ô Jéhova !‖ les pauvres infidèles…« Je volerai moi-même‖ au pays de Cartier.J'éveillerai la foi‖ de ce roi-chevalierQui gouverne aujourd'hui‖ la France catholique.Il saura se tailler‖ sa part de l'Amérique ;Et vous serez béni‖ sous ces immenses boisQui, pour vous célébrer,‖ n'ont pas encor de voix. »
Ainsi parle, à genoux‖ aux pieds de Dieu le Père,L'Ange du Canada.‖ Sa voix douce qu'altèreUn mélange d'amour‖ et de timidité,A le plaintif accent‖ du filet argentéQui cherche son chemin‖ dans les rides des pierres.Comme des diamants,‖ sous ses blondes paupières,On voit luire des pleurs‖ qu'il essuie en secret.Redouterait-il donc‖ d'un Dieu bon le décret ?
Le silence est profond‖ sous les célestes dômes.En effluve enivrant‖ se mêlent les arômes.Et tout le ciel attend‖ avec anxiétéQue le Dieu, trois fois saint,‖ dicte sa volontéA l'ange protecteur‖ d'une terre nouvelle.Les accords ravissants‖ de la harpe éternelleEt les alléluias‖ des esprits glorieuxNe font pas tressaillir‖ les profondeurs des cieux,Comme le fait toujours‖ la parole du Père.« Ministre bien-aimé,‖ dit le Très-Haut, espère :Ton zèle infatigable‖ a su toucher mon cœur.Je changerai bientôt‖ tes peines en bonheur.Tu n'auras pas en vain‖ travaillé pour ma gloire,Et Lucifer sur nous‖ n'aura pas la victoire.Cette rive sauvage‖ où tu t'es exilé,Ce pays inconnu,‖ de barbares peuplé,Que l'orgueilleux Satan‖ tient dans son esclavage,Échangera son joug‖ contre un divin servage.Et c'est de ce pays,‖ aujourd'hui tant obscur,Qu'un jour je recevrai‖ l'hommage le plus pur.
« Va, messager fidèle,‖ au royaume de France,Va déjouer l'enfer.‖ Fais briller l'espéranceD'une éclatante gloire‖ et d'un bienfait divin,Aux yeux du grand monarque‖ et du pieux marin. »
Et, cessant de parler,‖ le Dieu de la sagesseMit sur le front de l'ange‖ un baiser de tendresse.Alors la douce lyre‖ et le clairon d'airain,Et la harpe et le luth‖ résonnèrent soudain.
« De l'aurore au couchant,‖ disaient les chants des anges,Le saint nom du Seigneur‖ est digne de louanges !Dieu parle, et l'univers‖ sur son axe brûlantFrémit d'un saint transport‖ et l'adore en tremblant.Lui seul est éternel.‖ Son bras soutient la terre.Il pourrait la briser‖ comme un jouet de verre.Le vagabond nuage‖ obéit à sa voix ;Le tonnerre et le vent‖ reconnaissent ses lois.L'amour et la douceur‖ rayonnent sur sa face,Et devant sa beauté‖ toute beauté s'efface.Que tout genou fléchisse‖ à son nom glorieux !Que la terre le prie,‖ et qu'on le chante aux deux ! »
II Le vieux chef indien
C'était l'heure où partout‖ s'éveillent des murmures :Dans l'onde et dans les airs,‖ dans l'herbe et les ramures ;Alors que du soleil‖ le matinal refletDonne au nuage sombre‖ un radieux ourlet ;Que le pétrel hardi‖ jusqu'au ciel bleu s'élance,Où sur les flots berceurs‖ fièrement se balance.Sur les bords inconnus‖ où le vaillant Cartier,A Dieu comme à son roi‖ se vouant tout entier,Était venu naguère‖ élever la croix sainte,Un étrange vieillard‖ jetait au vent sa plainte.
La tristesse ridait‖ son visage cuivré ;Comme un arbre fleuri,‖ comme un tapis ouvré,Son corps fauve était peint‖ de figures bizarres ;Et, nouant ses cheveux,‖ les plumes les plus rares,S'élevaient sur sa tête‖ en panache éclatant.Sur les vagues d'azur‖ son œil allait flottantComme le frêle jonc,‖ comme l'algue légère,Et paraissait chercher‖ une rive étrangère.
Et quand il était las‖ de regarder les flots,Las aussi d'exhaler‖ ses lugubres sanglots,D'une tremblante main‖ bandant son arc de frêne,Vers une croix debout‖ dans cette immense arène,Il lançait, furieux,‖ un trait empoisonné.De son audace alors‖ il semblait étonné.Il voyait aussitôt‖ les nids joyeux se taire,Et reprenait, pensif,‖ sa marche solitaire.
Et c'était, ce vieillard,‖ le guerrier dont la voix,Pour repousser Cartier‖ et renverser la croix,Naguère avait voulu,‖ sur ces mêmes rivages,Éveiller les soupçons‖ des peuplades sauvages.Mais vaine fut sa ruse.‖ Et sa sombre fureurDans l'âme du marin‖ ne mit point la terreur.Cartier, en s'éloignant‖ de la cruelle plageEmmenait du vieux chef‖ les deux fils en otage.
Le père infortuné‖ suivit longtemps des yeuxLe vaisseau qui portait,‖ hélas ! sous d'autres cieux,Ses deux fils. Il revient,‖ au lever de l'aurore,Promener ses chagrins‖ sur la rive sonore.La haine et la douleur‖ se peignent sur ses traits ;Pour lui la solitude‖ a seule des attraits.Il demande ses fils‖ au soleil qui se lève,Il les demande aux flots‖ qui roulent vers la grève,Il ne voit pas s'ouvrir,‖ comme une aile d'oiseau,Sur les flots infinis,‖ la voile du vaisseauQui lui ramènera‖ les fils de sa tendresse !
« Vaillant Domagaya,‖ dit-il, dans sa détresse,Noble Taiguragny,‖ me serez-vous rendus ?Ah ! si mon bras, plus fort,‖ vous avait défendusContre la cruauté‖ de ces Visages-Pâles,Mes chants ne seraient pas‖ que de pénibles râles,Nous aurions hors des bois‖ rejeter l'étranger,Comme le vent balaie‖ un feuillage léger.A ces rochers déserts‖ pendant combien de lunesRaconterai-je encor‖ mes tristes infortunes ?Quand viendrez-vous reprendre,‖ ô fils que j'ai perdus !Vos carquois pleins de traits‖ et vos arcs détendus ? »
Pendant que sur ces bords,‖ où fleurit le dictame,Le vieux chef indien‖ épanche de son âmeUne haine inutile‖ et des regrets amers,Un esprit malfaisant,‖ envoyé des enfers,A pris d'un vieux jongleur‖ la hideuse figure,Et la démarche lente‖ et la haute stature.Il s'approche aussitôt‖ du chef de la tribu.Ils sont amis d'enfance ;‖ ils ont ensemble bu,Au milieu des forêts,‖ à la même fontaine ;Ensemble ils ont fait plus‖ d'une chasse lointaine :
« Pourquoi te consumer,‖ dit-il, en vains regrets,Toi, le premier guerrier‖ de nos sombres forêts ?Ton corps est décharné‖ comme un arbre qui sèche.Le chevreuil ne craint plus‖ la pointe de ta flèche…Attends-tu que les Blancs‖ te ramènent tes fils ?Ou bien regrettes-tu‖ d'avoir craint leurs défis ?Les feuilles jauniront‖ et tomberont des branches,La neige, bien des fois,‖ tendra ses nattes blanches,Et les petits oiseaux‖ tisseront bien des nids,Avant que tes enfants‖ soient ici réunis.
« Te le dirai-je, ô Chef,‖ oui, j'ai vu dans mes rêves,Cette fatale croix‖ s'étendre de nos grèvesJusqu'au fond des forêts,‖ jusqu'au milieu des eaux.Sur ses bras menaçants‖ se perchaient les oiseaux,Et nos traits aiguisés‖ ne pouvaient les atteindre.Et nos fiers ennemis‖ semblaient ne plus nous craindre !
« Puis, j'ai vu sur nos bords‖ venir les guerriers blancs…Nous étions devant eux‖ stupéfaits et tremblants.Je t'ai vu, vaillant Chef,‖ — qu'au moins nul ne le sache, —Fumer le calumet,‖ puis enterrer la hache.Pour détourner les maux‖ qui vont tomber sur nous,Hier, j'ai consulté‖ les puissants Manitous.Il faut bannir la croix‖ de nos forêts antiques,La croix où sont gravés‖ des mots cabalistiques ;C'est alors seulement‖ que, sous nos bois épais,Sans craindre d'ennemis‖ nous chasserons en paix. »
Ainsi parle au vieux chef‖ le malfaisant génie.Sa voix a du désert‖ la poignante harmonie,Et dans ses fauves yeux‖ luit la duplicité.Il s'éloigne aussitôt‖ avec rapidité.L'Indien le voit fuir‖ au loin, sur le rivage,Et sent se réveiller‖ une haineuse rage.Il jette sur la croix‖ un regard de mépris,Et se laisse tomber‖ sous les bois rabougris.Alors, un noir corbeau,‖ du faîte d'un érable,Fait entendre trois fois‖ un appel lamentable ;Et, sur l'oiseau sinistre,‖ aussi prompt que l'éclair,Un épervier cruel‖ fondit du haut de l'air.
Le vieillard, plein de trouble‖ entra dans sa cabane.Mais, sur le seuil couvert‖ de feuilles de platane,Cachant dans ses deux mains‖ son front plein de soucis,Il revint. Jusqu'au soir‖ il resta seul, assis.
Les ombres commençaient‖ à noyer le feuillage,Il passa comme un spectre‖ à travers le village,Ordonnant aux anciens‖ d'assister au conseil.Il voulait jusqu'au jour‖ les tenir en éveil.
Les vieillards, aussitôt,‖ laissent leurs toits d'écorce.Sur les pas de leur chef‖ une invincible forceLes pousse tour à tour,‖ pleins de docilité.Leur sagesse, souvent,‖ et leur fidélitéOnt gardé la tribu‖ contre un danger probable.Les calumets, remplis‖ d'un tabac délectable,Exhalent la fumée‖ en orbes gracieux,Pendant qu'assis en cercle,‖ émus, silencieux,Ils écoutent le Chef.Or, lui, d’une parolePlus vive qu'au matin‖ le ramier qui s'envole,Il raconte à grands traits‖ son trouble et sa douleur,Et son long entretien‖ avec le vieux jongleur.Après qu'il eut parlé,‖ se voilant le visage,Il poussa trois longs cris,‖ selon l'antique usage.Le plus vieux du conseil‖ prit la parole alors :
— « Je ne sais quel génie‖ a jeté sur nos bordsCes hardis guerriers blancs‖ que tu sembles tant craindre.Ils t'ont ravi tes fils :‖ ton grand cœur peut se plaindre.Mais ne seraient-ils pas‖ moins cruels que rusés ?Ils n'ont point bu leur sang‖ dans leurs crânes brisés.Ils auraient pu, sans peur,‖ nous déclarer la guerre,Car leurs mains pour tuer‖ s'emparent du tonnerre.Et, s'ils sont les amis‖ des esprits malfaisants,Pourquoi nous ont-ils fait‖ de si riches présents ?
« Ils veulent à tes fils‖ enseigner leur langage.Et cette croix, ô Chef !‖ est peut-être le gageDe leur prochain retour‖ au milieu de nos bois.C'est peut-être leur Dieu :‖ tous vinrent à la foisSe jeter devant elle‖ à genoux sur la terre.Si nous la renversons,‖ redoutons leur colère.
« Mais pourquoi le jongleur‖ n'est-il donc pas ici ?Lui qui se plaît, ô Chef,‖ à nourrir ton souci,Il n'ose pas venir‖ nous raconter de songe.Craindrait-il d'être enfin‖ convaincu de mensonge ?Tapi comme un renard‖ au fond de son terrier,Il ne redoute pas‖ la flèche du guerrier.
« Pourquoi les hommes blancs‖ nous tendraient-ils des pièges ?…Tu reverras tes fils,‖ avant que plusieurs neigesAient au bois suspendu‖ leurs éclatants flocons,Car le grand Manitou‖ sait consoler les bons.J’ai dit. »
Et le vieillard vint s’asseoir en silence..Il était le plus sage ;‖ et sa mâle éloquenceSavait faire toujours‖ prévaloir un conseil.Quand il eut pris sa place,‖ un murmure pareilAu grondement lointain‖ d'une haute cascade,Fit trembler l'humble toit‖ du chef de la bourgade,Tous ne se rendaient pas‖ à ses sages avis.Des conseils de vengeance‖ auraient été suivis,…La charité divine‖ était une inconnue.Un guerrier dit :
« Un jour une barque est venue,Mais pour troubler, hélas !‖ la paix de nos vieux jours…Le grand Chef pleure encor‖ sur ses fils, ses amours. »
La cabane s'ouvrit.‖ Haletante, effarée,Comme le cerf atteint‖ d'une flèche acérée,Une jeune Indienne‖ entra soudainement.Son œil étincelait‖ comme le diamant ;Son corps svelte, élancé,‖ pliait comme le frêne.Sur l'épaule et le bras‖ ses longs cheveux d'ébèneÉtendaient mollement‖ un voile de pudeur.De l'arc ses noirs sourcils‖ égalaient la rondeur.Du feuillage d'hiver‖ son front mélancoliqueAvait, en ce moment,‖ la teinte métallique.
Cette femme, c'était‖ la douce Naïa,Naïa, fiancée‖ au fier Domagaya.Elle vient vers le Chef.
— « Je ne sais pas, dit-elle,Si tu daigneras croire‖ à ce récit fidèleQue va faire à la hâte‖ une naïve enfant.N'attaque pas la croix,‖ un Esprit la défend.J'ai vu, tout près, assise,‖ une femme plus blancheQue l'écume des flots‖ où la lune se penche,Plus belle que la fleur‖ éclose le matin.Son langage, plus doux‖ qu'un chant d'oiseau lointain,Faisait, aux alentours,‖ palpiter le feuillage.Ses vêtements de neige,‖ et son noble visage,Brillaient comme un foyer‖ dans les soirs de grands froids.Ses bras avec amour‖ enveloppaient la croix.
« Écoute, me dit-elle,‖ ô ma pauvre Indienne,Écoute les conseils‖ de la Vierge chrétienne.J'ai porté dans mon sein‖ le Fils du Grand-Esprit.Le Grand-Esprit peut tout.‖ Heureux ceux qu'il chérit,Car il ne permet pas‖ que le mal leur arrive.Il aime les tribus‖ qui peuplent cette rive,Et c'est pour leur apprendre‖ à saintement prierQue vers elles, un jour,‖ vint un pieux guerrier.
« Les Blancs sont ses amis.‖ Ils sont cléments et braves ;Ils n'apporteront pas‖ de cruelles entravesAu poignet vigoureux‖ de l'homme des forêts,Mais d'un bonheur plus grand‖ lui diront les secrets.S'il osait cependant‖ renverser la croix sainte,Le Grand-Esprit du ciel‖ écouterait la plainteDes guerriers d'Orient‖ qui vont bientôt venir,Et le ferait alors‖ cruellement punir.« Ainsi parla la Vierge.‖ Au charme de sa boucheSerait devenu doux‖ plus d'un guerrier farouche.Mais elle disparut‖ dans les ombres du soir.Je la cherchai partout‖ et ne pus la revoir. »
La voix de Naïa,‖ son accent de franchise,Son visage imprégné‖ d'une extrême surprise,L'amour pour la vertu‖ qu'on lui connut toujours,Tout fait croire aux vieillards‖ ses étranges discours.Et le Chef, consolé,‖ se berçant d'espérances,Dit aux vieux de son peuple :
« Oublions nos vengeances,Puisque les guerriers blancs‖ n'outragent pas nos droits ;Laissons dormir la hache‖ et respectons la croix ! »
III Jacques cartier
Pendant que, dans les cieux,‖ les justes et les angesDu Seigneur trois fois saint‖ redisent les louanges ;Pendant que, sur la terre,‖ un esprit infernalS'efforce d'assurer‖ le triomphe du mal,L'Ange du Canada,‖ qu'un zèle immense embrase,Traverse l'empyrée.‖ Ardent, rapide, il raseMille astres lumineux‖ dans l'espace semés,Comme, le long des eaux,‖ les phares allumés,Afin que sur l'écueil‖ nul navire ne sombre.Et bien loin, au milieu‖ de ces mondes sans nombreQui sont comme des fleurs‖ aux champs de l'infini,Son regard inquiet‖ voit le monde béniOù le Fils du Très-Haut‖ vint habiter lui-même,Et son cœur se remplit‖ d'une ivresse suprême.
La moitié de la terre‖ est dans l'obscurité,Mais il a le flambeau‖ dont la douce clartéDoit luire pour tout peuple‖ assis dans les ténèbres.Il découvre à la fois‖ les lieux les plus célèbres.
C'est toi qu'il voit d'abord,‖ illustre Bethléem.Déicide cité,‖ sombre Jérusalem,Il te regarde aussi,‖ mais ses yeux ont des larmes.Ô fille de Judas,‖ qu'as-tu fait de tes charmes ?
Et couronnant tes monts,‖ sur un glorieux sol,Il voit tes dômes fiers‖ monter comme en un vol,Rome, illustre cité,‖ trône et tombeau de Pierre…Foyer où luit toujours‖ la divine lumière,Toujours il reconnaît‖ ta force et ta beauté,Mais ce n'est pas vers toi‖ qu'il va, sainte cité.
Quels lieux cherche-t-il donc,‖ ce courrier intrépide ?…Il est un havre sûr‖ où la vague limpideSous le souffle des vents‖ n'a jamais de sanglots,Mais tressaille à la voix‖ des vaillants matelotsQui chantent leurs espoirs‖ en des stances ardentes.Cent navires, tenus‖ par des ancres mordantes,Comme de fiers coursiers‖ qu'une puissante mainArrête tout à coup‖ sur le bord du chemin,Attendent le départ‖ ou fêtent l'arrivée.C'est ton port, Saint-Malo,‖ c'est la gloire rêvée.Et c'est là que descend‖ le divin voyageur.L'occident resplendit‖ d'une vive rougeur.Le long des bords riants‖ glisse l'humble gondole.Le soleil semble orner‖ d'une immense auréoleLe front pur de la mer‖ qu'il dore en se couchant.L'Angélus du soir sonne.‖ Ô spectacle touchant !
Les pieux matelots‖ chantent l'Ange et Marie…Mais quel est donc, là-bas,‖ ce marinier qui prie ?Il est agenouillé‖ sur le pont du vaisseau,Quand les autres, déjà,‖ reprennent de nouveauLe chant qui chaque soir‖ succède à la prière.Son regard est rempli‖ de la vive lumièreQue jette par torrents‖ l'occident enflammé ;Dans une sainte extase‖ il paraît abîmé.
Balançant dans les airs‖ son aile diaphane,Au-dessus de son front,‖ un moment, l'ange plane,Puis il vient près de lui‖ se jeter à genoux.Il lui parle tout bas‖ un langage bien doux,Car le dévot marin,‖ pendant une heure entière,N'entendit ni chanter‖ la jeune batelière,Dont le fragile esquif‖ se berçait tout auprès,Ni murmurer la brise‖ à travers les agrès,Ni gazouiller l'oiseau‖ perché dans les cordages,Ni rire, ni héler‖ les joyeux équipages.
Et, pendant qu'il était‖ à genoux sur le pont,Une auréole d'or‖ enveloppait son front.Mais nul sur le vaisseau‖ ne vit l'ange descendre ;Et pendant qu'il parlait‖ aucun ne put l'entendre.
Quand le marin sortit‖ de son recueillement,Les ténèbres du soir‖ montaient au firmament,Et, sur les flots obscurs,‖ les carènes coquettesA peine dessinaient‖ leurs sombres silhouettes.Sur quelques bâtiments‖ tout semblait en repos ;Sur d'autres s'éveillaient‖ les caustiques propos,Ou les accents plaintifs‖ de l'humble cornemuse,Ou les chansons d'amour,‖ qu'une naïve museDictait au jeune mousse‖ assis sur le gaillard.
Deux hommes cependant,‖ sombres comme un brouillard,Étaient assis ensemble,‖ appuyés au vaigrage,Et parlaient à voix basse‖ un étrange langage,Sur l'élégant navire‖ où l'Envoyé divinÉtait venu prier,‖ à côté du marin :C'étaient Taiguragny,‖ le chasseur intrépide,Domagaya, son frère,‖ au pied leste et rapide.Si le jour eut encore‖ illuminé les cieuxOn aurait vu des pleurs‖ s'échapper de leurs yeux ;On aurait vu souvent‖ leur visage de cuivreSe tourner vers la mer,‖ comme pour y poursuivreUn fantôme chéri‖ qui s'éloignait toujours.L'un regrettait son arc‖ et l'autre, ses amours.
Cartier, car c'était lui‖ qu'avait visité l'ange,Éprouvait dans son cœur‖ quelque chose d'étrange.Éclairé par la foi,‖ par l'espoir soutenu,Il se sentait alors‖ poussé vers l'inconnu.Invisible à ses yeux,‖ l'ange avait à son âmeFait entendre longtemps‖ sa parole de flamme.Un trouble inexprimable‖ agitait ses esprits.Il voyait s'élever‖ devant ses yeux surpris,Comme au milieu des mers‖ un magique mirage,Les bords voluptueux‖ d'un monde encor sauvage.Dans ce monde nouveau,‖ bien des peuples obscursVenaient, devant la croix,‖ honnir leurs dieux impurs,Et dire au Tout-Puissant‖ une ardente prière.Le sommeil bienfaisant‖ fuyait de sa paupière.
Il marchait à grands pas.‖ Sur le pont du bateauSon pied retentissait‖ comme un coup de marteau.Il était obsédé‖ par son rêve sublime,Et sentait que le ciel,‖ dans un langage intime,Le pressait de chercher‖ ces rivages nouveauxQu'il avait entrevus‖ à l'occident des eaux.
Et, pendant qu'il marchait‖ comme un homme en délire,Une longue nacelle‖ aborda le navire.Deux marins la guidaient‖ sur les flots ténébreux :Jalobert, LeBreton,‖ deux amis généreuxDont les jolis vaisseaux‖ étaient mouillés en rade.Ils venaient saluer‖ leur noble camarade.Cartier, loin de se plaire‖ à cacher son tourment,Les accueillit tous deux‖ avec empressement.Il leur dit les secrets‖ de son âme expansive.Son accent convaincu,‖ sa voix persuasive,En les intéressant‖ surent les émouvoir,Et faire, dans leur cœur,‖ entrer son doux espoir.
IV François 1Er
Dans un rêve, François,‖ le roi chevaleresque,En ces jours caressait‖ un dessein gigantesque…
Après avoir vogué‖ pendant plusieurs longs mois,Bravé mille périls‖ et la mort mille fois,Colomb avait trouvé‖ ces régions lointainesOù les rois se taillaient‖ de superbes domaines.Or, justement jaloux‖ de voir les autres roisSe hâter de ranger‖ ces pays sous leurs lois,François dit en son cœur :« Quoi ! je verrai des PrincesEntre eux se partager‖ empires et provinces,Sans s'occuper de moi,‖ sans me garder ma part ?Pensent-ils que, craintif,‖ je me tiens à l'écart ?Mon drapeau flottera‖ sur de lointaines ondesEt la foi par mes soins‖ éclairera les mondes. »
Un jour qu'il était seul‖ au fond de son palais,Loin du bruit de la rue‖ et de l'œil des valets,Il tomba tout à coup‖ dans un sommeil étrange.Il eut alors un songe.‖ Il vit venir un ange.Comme un globe de feu‖ qui glisse dans les airs,Cet ange voyageur‖ rayonnait sur les mers,Et les ondes sous lui‖ courbaient leur cime fière.Il restait sur ses pas‖ un sillon de lumière,Comme un lien de paix,‖ un symbole d'amourQui devaient à la France‖ attacher, de ce jour,Ces peuples que servait‖ un messager céleste.L'Ange approchait rapide,‖ et, d'un sublime geste,Montrait au fond des mers‖ un rivage lointain.
— « Vois-tu, s'écriait-il,‖ ô vaillant souverain !Vois-tu cet autre monde‖ enseveli dans l'ombre ?Quand l'Europe à son tour,‖ comme un vaisseau qui sombre,Aura vu s'entr'ouvrir,‖ dans la suite des temps,Le gouffre de l'oubli‖ sous ses pas hésitants,Ce monde, jeune encor,‖ plein de sève et de vie,Verra toute la terre‖ à ses lois asservie.Alors il fleurira‖ comme les rejetonsDont les tendres rameaux‖ se couvrent de boutons,Pendant que tout près d'eux‖ un vieil arbre se fane.Jusqu'ici cependant‖ c'est dans un but profaneQue les grands de l'Europe‖ ont envahi ces bords.Leur immense avarice‖ a cherché des trésors.Mais toi, va du Seigneur‖ publier la clémence ;Va porter en ces lieux‖ la, divine semence. »
Ainsi parlait cet ange,‖ et le son de sa voixVibrait comme le cor‖ qui sonne sous les bois.Il s'approcha du prince,‖ et sa lèvre vermeilleLui murmura tout bas‖ d'autres mots à l'oreille.François, de son sommeil‖ aussitôt s'éveillant,Vit se fondre dans l'air‖ un fantôme brillant.
Le soleil n'avait pas,‖ de ses rayons d'opale,Éclairé bien souvent‖ la grande capitale,Lorsque, devant le trône,‖ un illustre marinVint tenir ce langage‖ au jeune souverain :
— « De ses feux bienfaisants‖ l'astre du jour inonde,Sans jamais se lasser,‖ tous les peuples du monde ;Il pare l'orient‖ des plus vives couleurs,L'occident se réchauffe‖ à ses douces ardeurs.Ainsi de notre foi‖ la céleste lumièreDevrait illuminer‖ la terre tout entière.Et j'ose croire, ô roi !‖ que le désir de DieuEst qu'elle soit bientôt‖ répandue en tout lieu.
« Elle est, comme le jour,‖ de l'orient sortie ;Sa course à l'occident‖ ne s'est pas ralentie.Mais cependant il est,‖ au-delà de ces mers,Des peuples que Satan‖ tient encor dans ses fers,Des lieux que l'ignorance‖ étreint dans ses ténèbres,Comme au milieu des nuits,‖ dans ses serres funèbres,Le hibou taciturne‖ étreint un jeune oiseau.Prince, ne faut-il pas‖ qu'enfin de son flambeauLa foi daigne éclairer‖ ces malheureux rivages ?Dieu ne refuse pas‖ aux nations sauvagesQui vivent, comme l'ours,‖ au milieu de leurs bois,Le rayon du soleil‖ qui brille sur nos toits.Ne veut-il pas aussi,‖ ce Dieu, dans sa clémence,Que la lumière arrive‖ à leur intelligence,Et que leur cœur, rempli‖ de respect et d'amour,Sache adorer enfin‖ et prier, chaque jour ?
« Sous l'étoile du ciel,‖ et sans motif cupideJ'ai sillonné déjà,‖ sur ma barque rapide,Jusques à l'occident,‖ l'océan étonné.Ce voyage hardi,‖ vous l'aviez ordonné.Le succès fut heureux,‖ mais la gloire incomplète,Car nulle terre alors‖ ne fut notre conquête,Et la France à ces lieux,‖ vous le savez, ô roi !N'a pu donner encor‖ ni son nom, ni sa foi.Mais daignez à mes soins‖ confier un navire,J'irai, s'il plaît à Dieu,‖ fonder un vaste empireOù le nom de la France‖ et le nom du SeigneurSeront ensemble unis‖ au fond de chaque cœur. »
Quel était ce marin‖ dont la voix inspiréeRetentissait ainsi‖ sous la voûte doréeDe l'antique château‖ des souverains français ?ô Cartier, c'était toi !‖ Fier d'un premier succès,Tu te laissais bercer‖ de la douce espéranceD'être agréable au ciel‖ comme utile à la France.Le roi surpris, ému,‖ t'embrassa tendrement,Et d'accomplir tes vœux‖ fit alors le serment.
V Le départ
L'alouette souvent,‖ pour saluer l'aurore,A redit sa chanson‖ sur la rive sonore,Et le soleil du soir‖ sur la mer et le pré,A souvent fait descendre‖ un long sillon pourpré.La port de Saint-Malo‖ luit comme une topaze ;Le rapide alcyon‖ d'une aile agile raseLa surface immobile‖ et brillante des flots.Des bâtiments divers‖ les joyeux matelotsÉchangent des saluts‖ que les échos répètent.Les vaisseaux aux flancs noirs‖ dans les eaux se reflètent,Comme les noirs enfants‖ du rivage africain,Dans leurs flots rafraîchis‖ par le vent du matin.Sur les mâts élancés‖ le pavillon retombeComme un pli de linceul‖ sur les bords d'une tombe.Le vent ne souffle pas.‖ L'eau dort sur le galet.Mais le soleil levant,‖ comme un rouge boulet,Vient de monter soudain‖ à l'horizon sans brume ;Et le vieux matelot‖ que le repos consumeA senti dans son cœur‖ se ranimer l'espoir :Je voguerai, dit-il,‖ avec le vent du soir.
Mais où vont ces vaisseaux‖ avec leur vaillant monde ?Cent barques autour d'eux‖ glissent, volent sur l'onde,Comme autour d'une ruche‖ un intrépide essaim.Un profond grondement‖ s'élève de leur sein.Ils sont trois. Le premier‖ sur les vagues d'opale,Impatient, s'agite‖ ainsi qu'une cavale.Et c'est la Grande Hermine…‖ un nom fier et nouveau.A la cime du mât‖ flotte le blanc drapeau.Le valeureux Cartier‖ commande ce navire.Le second, qui, plus loin,‖ lève son ancre et vire,C'est la Petite Hermine.‖ Auprès, l'ÉmerillonSe drape avec orgueil‖ dans son grand pavillon.LeBreton, Jalobert,‖ en sont les capitaines.Ils escortent Cartier‖ jusqu'aux plages lointaines.
Cependant un doux son‖ fait résonner les airs,Et va, dans le lointain‖ expirer sur les mers ;C'est de l'airain sacré‖ l'humble voix qui s'empresseD'appeler, pour l'adieu,‖ les marins à la messe.Des vaisseaux pavoisés‖ commandants, matelots,Descendent tour à tour‖ dans les nombreux canots.Cartier vient le premier.‖ Le bonheur l'illumine.Sur son front élevé‖ l'audace se dessine.Sa joue est cave. Il prie ;‖ et rien en lui n'est vain.Dans son regard profond‖ luit un rayon divin.
Vers l'église qui s'ouvre,‖ à pas lents il s'avance,Et tous les matelots‖ le suivent en silence.Le temple s'est paré‖ de riches ornements,Le prêtre porte alors‖ ses plus beaux vêtements.Un chant plus solennel‖ monte du sanctuaire.L'encens est plus suave,‖ et la foi, plus sincère.Aux colonnes du chœur‖ flottent de grands drapeaux ;Et sur l'autel doré‖ scintillent les flambeaux.Pendant que le Pasteur‖ offre le sacrifice,Les marins à genoux,‖ pour se rendre propiceLe Dieu dont l'univers‖ aime et bénit la loi,Ne cessent de prier‖ avec ardeur et foi.Et leurs fronts humblement‖ s'inclinent jusqu'à terre,Au moment solennel‖ où le divin mystèreS'accomplit, à la voix‖ du ministre de Dieu.Un silence profond‖ règne alors au saint lieu.Le prêtre se recueille,‖ et, dans sa foi sublime,Élève vers le ciel‖ la céleste Victime.Adorez, ô marins,‖ adorez à genoux,Le Sauveur bien aimé‖ qui descend parmi vous !Il est de tout bienfait‖ l'inépuisable source.Les anges vous suivront‖ dans votre longue course.Habiles, vigoureux,‖ sans craindre les dangers,Allez, pieux marins,‖ vers des bords étrangers !
La messe sainte est dite.‖ Une foule environneLes nombreux matelots,‖ dont la face rayonneComme l'arbre argenté‖ par le givre d'hiver.Elle couvre bientôt‖ la rive de la mer.Pendant que les héros‖ montent sur leurs navires,On voit luire des pleurs‖ à travers les sourires.
Cependant le vent souffle‖ et soulève les flots,Sur les trois bâtiments‖ on voit les matelotsLever l'ancre en chantant,‖ puis, dérouler les voiles.Comme dans l'or des cieux‖ vogueraient trois étoiles,Les orgueilleux vaisseaux‖ se bercent un momentEt tracent dans la mer‖ un sillon écumant.
Voguez, braves marins,‖ vers un lointain rivage !Le monde redira‖ votre étonnant courage,Il bénira votre œuvre.‖ Et toi, noble Cartier,Tu révèles ton nom‖ à l'univers entier.Voguez, braves marins !‖ Que le ciel vous conduise !A vos yeux inquiets‖ que son étoile luise,Pour éclairer les eaux‖ et signaler l'écueil !Et que l'onde pour vous‖ ne soit pas un cercueil !
VI L’ange déchu
Écumantes, tantôt,‖ de toute part les vaguesSemblent jusques au ciel‖ porter leurs plaintes vagues ;Elles semblent, tantôt,‖ roulant vers le couchant,Des troupeaux effrayés‖ qui bondissent au champ.Tel qu'au-dessus des mers,‖ ouvrant leurs blanches ailes,On voit se balancer,‖ camarades fidèles,Trois cygnes gracieux ;‖ ainsi les trois vaisseaux,Déjà bien loin du port,‖ se bercent sur les eaux.
L'onde amère à leur proue‖ étincelle et bouillonne,Comme au mors d'un coursier‖ que le fouet aiguillonne,Brille un flocon d'écume.‖ Attentifs et muets,Le cœur livré peut-être‖ à de tardifs regrets,Les matelots, debout,‖ sont tournés vers la grèveQui s'efface, là-bas,‖ comme s'efface un rêve.Les coteaux à leurs yeux‖ abaissent leurs sommets,Les élégants clochers‖ éteignent leurs reflets,Et les prés verdissants,‖ leur charmante nuance.Déjà, dans le lointain‖ sombre toute la France.Elle n'est plus hélas !‖ qu'un flexible cordon,Qui ceinture des flots‖ perdus à l'horizon.
Ainsi nous voyons fuir,‖ avec trop de vitesse,Les rivages en fleurs‖ de l'heureuse jeunesse.Nous voguons, nous aussi,‖ vers des bords inconnus.Heureux ceux que l'espoir‖ a toujours soutenus !Nos regards sont tournés‖ vers cet âge tranquille,Où nos légères nefs‖ trouvaient un sûr asileContre le souffle amer‖ d'un monde mensonger.Mais un voile de brume,‖ un nuage léger,Enveloppent déjà,‖ de leurs replis de soie,Cet âge d'innocence‖ et d'amour et de joie.Il disparaît bien vite.‖ Et nos regards en pleursS'épuisent à chercher‖ ses suaves couleurs.Lui-même aussi n'est plus‖ qu'une ligne étrécieQui brille à l'horizon‖ de notre pauvre vie !Cependant, fendant l'air‖ d'un vol sinistre et prompt,Un archange déchu,‖ qui portait sur son frontLe stigmate honteux‖ qu'y mit le premier crime,Se hâtait d'arriver‖ à l'éternel abîme.
Loin des mondes brillants‖ pour lesquels le jour luit,Dépouillé de tout charme,‖ et perdu dans la nuit,Se trouve un vaste lieu‖ dont l'aspect épouvanteEt que ne décrirait‖ nulle langue vivante ;C'est là que le Seigneur‖ exile, pour jamaisL'ange altier qui du ciel‖ osa troubler la paix.Avec lui sont tombés‖ ces Esprits pleins d'audaceQui, dans leur fol orgueil,‖ n'ont point demandé grâceAu Maître tout-puissant‖ qu'ils avaient offensé.Ils maudissent enfin‖ leur projet insensé ;Mais leur regret est faux‖ et leur souffrance est vaine,Car leurs cœurs à jamais‖ se nourrissent de haine.Les images du ciel‖ les suivent en tout lieu,En tout lieu les atteint‖ la justice de Dieu.
Aux enfers arrivé,‖ l'ange maudit s'arrête.Avec un rire amer‖ il relève la tête,Et jette aux cieux lointains‖ un blasphème impuissant.Alors la porte s'ouvre.‖ Il entre en frémissant.Et la géhenne rit.‖ Sous la voûte enfuméeSe calme tout à coup‖ la plainte accoutumée.Il s'approche du trône‖ où s'assied Lucifer :
— « Noble rival du Dieu‖ qui creusa cet enfer,Satan, je viens, dit-il,‖ de parcourir le monde.Ah ! le Maître du ciel‖ de ses bienfaits l'inonde,Comme pour se moquer‖ de nos tristes malheurs,Et nous faire sentir‖ de nouvelles douleurs !Bien des hommes de foi‖ prônent encor la gloireDe ce maître orgueilleux‖ qui gagna la victoire,Mais la plupart, Satan,‖ l'outragent avec nous,Et devant lui jamais‖ ne tombent à genoux.Espérons-le, bientôt‖ leur noire ingratitudeÉteindra son amour,‖ puis sa sollicitude,Et ces êtres nouveaux‖ au bonheur destinésSeront, dans notre enfer,‖ avec nous confinés.
« Ô la lutte superbe !‖ ô la belle vengeance !Qu'il sache, l'Ennemi,‖ quelle est notre puissance !Nous sommes rois chez nous‖ comme lui dans son ciel.La terre près du sien‖ élève notre autel.
« Combattons cependant.‖ Ne cessons pas la guerre.Les amis de son nom‖ ne se reposent guère.Voici qu'ils vont déjà,‖ pareils à des géants,Sur de hardis vaisseaux‖ franchir les océans,Pour annoncer sa gloire‖ aux peuplades sauvages,Qui nous rendent encor‖ des fidèles hommages.
« N'ai-je pas vu moi-même,‖ ô puissant Lucifer !Trois navires voguer‖ au milieu de la mer ?Ils vont au Canada‖ renverser notre culte,Et faire à ta puissance‖ une sanglante insulte.Peut-être portent-ils‖ des prêtres du vrai Dieu…Ces hommes dévoués‖ nous troublent en tout lieu ;En ruse ton esprit‖ sera toujours fertile,Et nous rendrons bientôt‖ leur projet inutile.C'est à toi d'ordonner,‖ c'est à nous d'obéir,Et Dieu saura combien‖ nous voulons le haïr ! »
Après ces derniers mots,‖ le fidèle ministreLeva sur Lucifer‖ un œil fier, mais sinistre.Lucifer un instant‖ semble se recueillir.Dès qu'il parle on peut voir‖ tout l'enfer tressaillir :
— « Je blasphème, dit-il,‖ et ma bouche est maudite.Mais, c'est en vain toujours,‖ que Dieu, là-haut, méditeD'enchaîner mon pouvoir.‖ Je veux sortir d'ici.Comme lui je suis roi :‖ j'ai mes sujets aussi.Mon joug semble léger,‖ mes promesses sont belles.Je puis rendre à ses lois‖ tous les peuples rebelles,Si vous me secondez‖ de vos nobles efforts,Les faibles d'aujourd'hui‖ demain seront les forts.
« Oui, s'il nous a vaincus,‖ il faut qu'il s'en repente.Son ciel est escarpé ;‖ mais une douce penteVers mon sombre royaume‖ entraîne les mortels.,Ranimons le combat ;‖ renversons les autels !Que les bons serviteurs‖ que son amour protègeTrouvent, sur leur chemin,‖ à chaque pas un piège !Ah ! ne laissons jamais‖ le flambeau de la foiS'allumer dans les lieux‖ qui vivent sous ma loi !Et frappons sans merci‖ les hommes témérairesQui veulent éclairer‖ nos ténébreuses terres !
« Ministre diligent,‖ tu dis que sur les eaux,Cherchant le Canada,‖ trois rapides vaisseauxS'avancent secondés‖ par un vent favorable ?Je saurai prévenir‖ ce complot formidable.Au fond de l'océan,‖ dans son lit de limon,Repose, tu le sais,‖ un habile démon :C'est l'Esprit de la mer.‖ Il règne sur les ondes.Un souffle les apaise‖ ou les rend furibondes.Va, dis-lui, sans retard,‖ qu'il déchaîne le vent,Et que nul matelot‖ ne revienne vivant. »
Ainsi Satan parla.‖ Son ministre docile,Aussi pervers que lui‖ sans être moins habile,Tout brûlant du désir‖ de propager le mal,Se hâta de quitter‖ le séjour infernal.Comme un trait enflammé‖ dans une nuit obscure,Il traversa les champs‖ vides, froids, sans murmure,Qui s'étendent autour‖ des gouffres éternels.Il entendit de loin‖ les hymnes solennelsQue la terre chantait‖ à son céleste Maître.Peut-être un noir courroux,‖ un souvenir, peut-être,Fit monter une larme‖ en l'éclat de ses yeux,Comme monte un nuage‖ en l'azur de nos cieux.
Il avait retrouvé‖ son audace première,Alors qu'il aperçut‖ dans un flot de lumière,La terre qu'il cherchait,‖ et que le CréateurSe plût à décorer‖ avec grâce et splendeur,Comme le front serein‖ de l'épouse nouvelle.Tel un sinistre oiseau‖ se berce sur son aile,Il se berça longtemps‖ sur les vagues des airs.Il vit les trois vaisseaux‖ qui sillonnaient les mers.Alors il s'élança‖ vers les grottes profondesQue l'Esprit redoutable‖ habite sous les ondes.Dans le flanc limoneux‖ d'un verdâtre rocher,Où le reptile impur‖ se plaît à se cacher,Le perfide démon‖ a choisi sa demeure.C'est là que, soucieux,‖ il se trouve à toute heure,Tramant contre le ciel,‖ pour tromper son ennui,Des projets que souvent‖ Dieu tourne contre lui.
Le paresseux polype‖ et l'impure limaceAgitent à ses pieds‖ leur glutineuse masse.Il tient, au lieu de sceptre,‖ un roseau dans sa main.Sa barbe, touffe glauque,‖ est flottante à son sein.Et sur son cou nerveux‖ sa longue chevelureSemble d'un tronc vieilli‖ la mousseuse ramure.Quand il voit arriver‖ l'envoyé des enfers,Il sourit en secret‖ d'un sourire pervers :
— « Que demande, dit-il,‖ à ma faible puissance,Le glorieux Esprit‖ dont la seule présenceFaisait trembler, jadis,‖ l'orgueilleux Roi du ciel ?Que demande, dis-moi,‖ notre Prince immortel ? »— Ton secours, roi des mers,‖ dans une grande lutte…« Aux menaces des cieux‖ il est toujours en butte.Voilà que maintenant‖ un lâche adorateurDe ce tyran jaloux,‖ de ce persécuteurQui nous précipita‖ pour un prétendu crime,Dépouillés de tout bien,‖ dans l'éternel abîme,Impunément conduit‖ sur tes dormantes eaux,Vers les bords canadiens‖ trois orgueilleux vaisseaux.
« Il va proclamer Dieu‖ sur ces terres barbares,Et porter la lumière‖ aux peuplades ignares.Laisse souffler les vents‖ et soulève les flots.Qu'il périsse, le traître,‖ avec ses matelots !Et que le Dieu qu'il sert,‖ s'il s'en pense capable,Vienne alors l'arracher‖ à ta haine implacable ! »
Il dit, et, sans retard,‖ remontant sur la mer,Il vole en souriant‖ aux portes de l'enfer.
VII La tempête
Une brise légère‖ enfle à peine les voiles.Des nuages d'argent,‖ comme de blanches toiles,Pendent à l'horizon‖ dans la pourpre des cieux ;Le baiser matinal‖ du soleil radieuxDonne des rayons d'or‖ aux vagues balancéesDe même, le front pur‖ des jeunes fiancées,Sous le premier baiser‖ de l'amoureux époux,S'illumine soudain‖ du reflet le plus doux.
Des oiseaux fatigués‖ de leurs courses lointaines,Viennent se reposer‖ dans les hautes antennes,Pendant que les dauphins,‖ hardis ou familiers,En rangs harmonieux‖ escortent les voiliers,Et font luire au soleil,‖ sur les ondes limpides,Les écailles d'argent‖ de leurs robes humides.
Quelques-uns des marins‖ se livrent au repos.D'autres se sont groupés,‖ et par de gais proposS'efforcent d'éloigner‖ l'ennui qui les obsède.Mais tous ils savent bien‖ qu'une mère intercèdeA chaque instant, pour eux,‖ auprès du Paradis.Et soudain prend son vol‖ un refrain du pays.
Puis, en esprit, d'avance,‖ ils s'efforcent de peindreLes rivages nouveaux‖ qu'ils espèrent atteindre.L'intrépide Cartier,‖ debout sur le gaillard,Fixe sur l'occident‖ son anxieux regard,Appelant l'heure heureuse‖ où la terre promiseTout à coup surgira‖ dans l'immensité grise.La brise cependant‖ ne ride plus les mers ;La flottille s'arrête‖ au sein des flots amers.Comme un feuillage lourd‖ sur un tronc qui se penche,Le long de chaque mât‖ tombe la voile blanche.Et ce calme imprévu,‖ des matelots surpris,Agite tout à coup‖ les tranquilles esprits.
Un silence effrayant‖ règne dans l'atmosphère.Une flamme subtile,‖ ondoyante, légère,Court le long du cordage,‖ et, dans son vif essor,Le couvre tout entier‖ de ses aigrettes d'or.Sur le flanc du vaisseau‖ reste un sillon d'écume.On voit à l'horizon‖ un long rideau de brumeOù, cachant à demi‖ son orbe étincelant,Le soleil radieux‖ luit comme un œil sanglant.
Mais au couchant bientôt‖ un nuage se forme.Il paraît s'avancer‖ comme un géant énorme,Dont les larges talons‖ glissent sur le flot clair,Et le front arrogant‖ va se perdre dans l'air.A l'aspect imprévu‖ du sinistre présage,Les prudents matelots‖ vont, d'un calme visage,Aux vergues attacher‖ les voiles avec soin.Un bruit lugubre et sourd‖ se fait entendre au loin.L'oiseau des ouragans‖ sur les ondes folâtre.Le vent siffle soudain.‖ Sur l'océan verdâtreIl passe, dirait-on,‖ un frisson de fureur.Le soleil s'est caché ;‖ la nuit, pleine d'horreur,Dans les replis des flots‖ bercent de lourdes ombres.Debout au pied des mâts,‖ les marins, tristes, sombres,Sentent un vague effroi‖ s'emparer de leur cœur,Et demandent au ciel‖ d'éloigner le malheur.
Cartier s'approche d'eux.‖ Son regard est tranquille.Il ne s'agite point‖ d'une crainte inutile.Son esprit reste calme‖ en face du danger ;Le Seigneur, qu'il bénit,‖ saura le protéger.Il parle aux matelots,‖ et sa voix les engageA demander à Dieu‖ la force et le courage.Sa parole à leur cœur‖ rend la sérénité,Et chacun prend son poste‖ avec tranquillité.
Et voilà qu'un éclair‖ a déchiré la nue,Et de tous les agrès‖ monte une plainte aiguë.Par un vent furieux‖ les navires fouettés,Inclinent leurs flancs noirs‖ sur les flots irrités.La mer comme un volcan‖ semble lancer des flammes ;Les bateaux sont portés‖ à la cime des lames,Pour retomber encor‖ dans le gouffre béant.On dirait que tout sombre‖ et s'abîme au néant.
De plus en plus aux cieux‖ les ombres s'épaississent,Sous les efforts du vent‖ les mâts craquent, gémissent ;Les ponts sont balayés‖ par des flots écumants.Et le tonnerre unit‖ ses longs mugissementsAux sanglots de la bise,‖ aux grondements des vagues ;Et les éclairs blafards‖ jettent des lueurs vaguesDans le chaos des cieux‖ et des mers confondus.Et les vaillants bateaux,‖ dans les ombres perdus,Voguent séparément‖ au gré de la tempête.Devant l'arrêt du ciel‖ Cartier courbe la tête.Il espère toujours.‖ Et chrétien et marin,Au milieu de l'orage‖ il demeure serein.
La nuit qui sur la mer‖ vient d'étendre son aile,A cet affreux tableau‖ donne une horreur nouvelle.Le pilote, au hasard,‖ guide son bâtimentQue paraît engloutir‖ le terrible élément.Il ne saurait rien voir‖ qu'aux éclats de la foudre.Tout va, lui semble-t-il,‖ être réduit en poudre…Mais le vaisseau revient‖ sur le flot agité,Comme un noble escadron‖ qui, cent fois culbuté,Se relève aussi fort,‖ et remonte sans cesseA l'assaut périlleux‖ de quelque forteresse.
Pendant toute une nuit,‖ et pendant tout un jour,Nul astre du beau temps‖ n'annonce le retour.La mort plane partout.‖ Dans leurs hideuses frangesLes flots semblent rouler,‖ avec des bruits étranges,Tantôt un cri moqueur,‖ tantôt un rire amer…C'est le ricanement‖ du démon de la mer.
VIII Terre
Salut, brillant soleil !‖ Salut, douce lumière !Tu viens chasser la nuit‖ de ma triste paupière,Au ciel rendre l'azur‖ et la sérénité,Au perfide océan,‖ la sauvage beauté.Devant toi l'aquilon‖ a vu tomber sa rage ;Devant toi s'est enfui‖ le vagabond nuage.Tu traces sur la mer‖ de lumineux sillons.L'oiseau sèche son aile‖ à tes brûlants rayons.Salut, astre béni !‖ Mais où sont les carènesQue le vent emporta‖ loin des plages sereines,Pendant que dépouillé‖ de ton éclat si doux,Tu te cachais d'effroi‖ loin du ciel en courroux ?
Comme un oiseau blessé‖ par la flèche stridenteS'efforce de s'enfuir,‖ et, d'une aile pendante,Rase les prés en fleur‖ et les champs de gazon,Un navire dérive‖ au bord de l'horizon.Des cordages rompus,‖ des voiles déchiréesVoltigent au-dessus‖ des vagues azurées,Comme les blancs flocons‖ que les jeunes agneauxAccrochent, en passant,‖ aux nœuds des arbrisseaux.
Cependant les marins‖ pleins d'un nouveau courage,Réparent le désordre‖ apporté par l'orage,Et la gaîté renaît.‖ Le vaisseau diligent,S'ouvre un large sillon‖ sur la vague d'argent.
Le ciel veille sur toi.‖ Vogue, joli navire ;Vainement la géhenne‖ a rallumé son ire.Le démon de la mer,‖ honteux et confondu,Dans son antre de boue‖ est déjà descendu.Le Seigneur a parlé.‖ Dans les gouffres funèbresSe sont précipités‖ les esprits des ténèbres.Et Satan sur son front‖ garde un nouveau soufflet.Dieu marque ton chemin d’un merveilleux reflet.Vogue, ô vaillant navire,‖ avec ta noble troupe !Un pilote divin‖ s'est assis à ta poupe.Pour veiller sur ton sort‖ l'Ange du Canada,Dans l'orage et la nuit‖ bien souvent te guida !
Et pendant de longs jours‖ vogue la Grande Hermine.On sillonne, tantôt,‖ une mer qu'illumineLe reflet chatoyant‖ d'un paisible matin,Que tantôt assombrit‖ dans un morne lointain,Le roulement des flots‖ vers la plage inconnue.A genoux sur le pont,‖ les marins, tête nue,Viennent avec respect‖ prier matin et soir,Et demander à Dieu‖ le courage et l'espoir.
Deux vaisseaux, ô douleur !‖ sont perdus sur les ondes.Sont-ils ensevelis‖ dans les vagues profondes ?Ou sans voiles, sans mâts,‖ sous un ciel inconnu,Est-ce en vain que pour eux‖ le calme est revenu ?L'Ange du Canada,‖ comme un débile athlète,S'est-il donc contenté‖ d'une gloire incomplète ?Au démon de la mer,‖ alors victorieux,A-t-il abandonné‖ ce butin précieux ?
Et souvent maintenant,‖ au pied du mât de hune,Cartier pleure en secret‖ sur l'amère infortuneDe bien des compagnons‖ de ses nobles travaux.Ils devaient avec lui‖ fouler ces bords nouveauxQue le ciel étonné‖ promit à son audace.Vainement de la mer‖ parcourant la surface,Son humide regard‖ cherche quelque point noirQui pourrait un instant‖ tromper son désespoir ;La mer de toute part‖ est limpide et déserte.Au-dessus de ses flots‖ nulle aile n'est ouverte.Les matelots aussi,‖ devant ce grand malheur,Se sentent tour à tour‖ vaincus par la douleur.Leurs propos sont émus‖ et leurs chansons dolentes,Dans l'air calme du soir‖ ouvrent des ailes lentes.
Comme un front de vieillard‖ sous le poids lourd des ans,Le flot se ride et tremble‖ à l'haleine des vents,Le soleil est entré‖ dans sa couche pudique.De nouveau, sur la mer,‖ la nuit mélancoliqueAvec son noir manteau‖ se promène sans bruit,Et sur son front d'ébène‖ une étoile d'or luit.
Et le navire vogue.‖ Et sa pesante voileAu bercement des flots‖ tremble comme l'étoile.Endormis sur le pont,‖ jeunes et vieux marinsOnt enfin tour à tour‖ oublié leurs chagrins.Mais Cartier veille. Il prie.‖ Une douce espéranceRanime son courage‖ et calme sa souffrance.Il lui semble que l'onde,‖ en ses replis profonds,Berce de verts rameaux‖ et de flexibles joncs ;Et qu'il flotte dans l'air‖ un arôme sauvage,Comme celui qu'exhale‖ un jeune et chaud feuillage ;Et, sur l'aile des nuits,‖ son cœur reconnaissantS'élève avec amour‖ vers le Dieu tout-puissant.
La nuit s'est envolée‖ et le vent souffle encore.Au fond de l'Orient‖ la matineuse auroreLève son front orné‖ d'un éclat chaste et doux.Le soleil qui la suit‖ comme un fidèle époux,D'une poussière d'or,‖ de mille traits de flammeÉmaille et fait briller‖ la vagabonde lame.Poussant d'étranges cris,‖ de sauvages oiseauxRasent, dans le lointain,‖ la surface des eaux,Ou planent dans les airs,‖ au-dessus du navire.L'espoir grandit encore ;‖ et l'on entend le rireDes marins réunis‖ sur le gaillard d'avant.Le mousse, dans le mât‖ remonte plus souvent,Espérant chaque fois‖ que de l'onde azuréeSon œil verrait surgir‖ la terre désirée.Le vent fraîchit toujours,‖ et le fier bâtimentVers le monde nouveau‖ s'en va rapidement.Et Cartier, tout ému,‖ l'œil rempli de lumière,Regarde l'eau qui vole‖ ainsi qu'une poussière.Il aime son vaisseau‖ comme un vieil écuyerAime, quand il hennit,‖ son vigoureux coursier.
Quel est ce long coteau‖ qui s'élève des vagues ?Il est vêtu d'azur‖ et ses formes sont vaguesComme un rêve d'amour‖ dans un cœur innocent.Il s'avance ! Il s'avance !‖ Il va s'élargissant.Est-ce un monde réel ?‖ N'est-ce pas un mirageQui brille comme un songe‖ aux yeux de l'équipage ?Soudain une clameur‖ s'élève jusqu'aux deux :« Terre ! Terre ! » ont crié‖ les matelots joyeux !Et le vaste océan‖ a redit : Terre ! Terre !Et, Cartier tout en pleurs,‖ courbant son front austère,Adore dans l'amour‖ le Dieu de saintetéQui pour lui fait si haut‖ éclater sa bonté.Et les vaillants marins,‖ transportés d'allégresse,Ne se souviennent plus‖ des longs jours de tristesse.Il monte de partout‖ des chants et des clameurs,Les flots ne bercent plus‖ que de sourdes rumeurs.
IX Une île
Athlète valeureux‖ qui remporte la palme,Le navire s'arrête‖ au fond d'une anse calme,Que le rivage ceint,‖ comme un bras arrondiCeint l'urne de cristal.‖ Du chêne reverdiSe reflète dans l'ombre‖ une tremblante image.Mille petits oiseaux,‖ au chatoyant plumage,Ornent comme des fleurs‖ les feuillages touffus.Et, du fond des forêts,‖ cris, chants et bruits confusS'élèvent, tout à coup,‖ pour saluer les hôtesQue le ciel a conduits‖ sur ces lointaines côtes.Les marins, agités‖ d'indicibles transports,Descendent cependant‖ sur ces sauvages bords.Tourmentés par la crainte‖ et par l'inquiétude,Leur cœur s'ouvre à la joie,‖ en cette solitudeOù l'orgueilleuse mer‖ humblement vient mourir.Sur l'herbe et la feuillée‖ ils aiment à courir.Ils donnent à l'abri‖ des arbres séculaires.Pour réveiller l'écho‖ de ces lieux solitaires,Ils ouvrent, en chantant,‖ des sentiers épineux.Ils demandent leur baume‖ aux arbres résineux ;Escaladent les rocs ;‖ montent dans les feuillages,Comme ils montent, sur l'eau,‖ dans les tremblants cordages.
Ainsi jusques au soir,‖ d'un pied sûr et léger,Ils parcourent gaîment‖ le rivage étranger ;Mais quand l'oiseau des nuits‖ s'enfuit de sa cellule,Quand aux cimes des pins‖ tremble le crépuscule,A la voix de Cartier,‖ sur le pont du vaisseau,Avec empressement‖ ils montent de nouveau ;Puis ensemble à genoux,‖ ils élèvent leur âmeVers Celui qu'en tout lieu‖ la nature proclame.Et cette mer tranquille,‖ et ces immenses bois,Entendent louer Dieu‖ pour la première fois.Pour leurs frères aimés‖ que les vents dispersèrent,Avec ferveur et foi‖ les matelots prièrent.
Deux hommes, par leur geste,‖ et sur leurs fronts cuivrés,Laissent voir le bonheur‖ dont ils sont enivrés.A l'aspect imprévu‖ de la rive déserte,Leur âme, endolorie‖ et devenue inerte,A retrouvé l'espoir‖ et repris sa gaîté.A leurs esprits ardents‖ sourit la liberté.Ils semblent des oiseaux‖ dont la prison s'entr'ouvre…Ils prendront leur essor‖ vers le bois qui recouvreLes os de leurs aïeux,‖ depuis les premiers jours,Vers le wigwam d'écorce‖ et leurs tendres amours.
Le lendemain matin,‖ au lever de l'aurore,Quand la grive chanta‖ sa cantate sonore,Quand la fleur entr'ouvrit‖ son calice odorant,Et que l'onde effleura‖ le sable en murmurant,Amenant avec eux‖ les deux captifs sauvages,Cartier et ses marins‖ revinrent aux rivages.
Ils marchèrent longtemps,‖ tantôt au bord des eaux,Tantôt sur les rocs nus‖ ou sur les verts coteaux,Cherchant où s'étendait‖ cette terre fertile.Ils purent voir enfin‖ qu'elle n'était qu'une îleQue la mer étreignait‖ dans ses bras palpitants,Une île au sol fécond,‖ pourtant sans habitants.Mais au nord, au midi,‖ au sein des mers sereines,Ils virent s'élever‖ d'autres terres lointaines.Et pendant qu'ils marchaient‖ dans les épais taillis,Les oiseaux effrayés‖ s'élançant de leurs nids,Faisaient vibrer les bois‖ de leurs notes stridentes.Et les deux Indiens,‖ dans leurs âmes ardentes,Éprouvaient le besoin‖ de s'envoler comme eux.
Domagaya pourtant,‖ sous les grands bois ombreux,Poursuit, armé d'un arc‖ qu'il fit d'un jeune frêne,Un oiseau gigantesque‖ au plumage d'ébène.Il est bien loin déjà.‖ Ses compagnons, surpris,Jettent pour l'appeler,‖ tour à tour de vains cris.Il court comme un chevreuil‖ sur le tapis de mousse.La liberté jamais‖ ne lui parut si douce.
Au sommet élevé‖ d'un odorant sapin,Fatigué d'un long vol,‖ l'oiseau s'arrête enfin,Croyant avoir vaincu‖ le chasseur insensible.Domagaya, joyeux,‖ bande son arc flexibleEt s'apprête à percer‖ l'oiseau peu vigilant,Mais il a tardé trop.‖ Une flèche, en sifflant,De l'arbre balsamique‖ atteint la haute cime,Et d'un autre chasseur‖ l'oiseau tombe victime.
Étonné, l'Indien‖ ne sait plus que penser.La surprise ou la peur‖ l'empêchent d'avancer.Est-ce un enfant des bois‖ qui vient à sa rencontre ?Est-ce un bon Manitou‖ qui devant lui se montrePour le sauver enfin‖ des entraves des Blancs ?Des pas froissent le sol‖ sous les rameaux tremblants ;Un feuillage s'écarte,‖ une branche est levée,Et soudain apparaît‖ une forme rêvée.Un doute amer alors‖ retient Domagaya.C'est bien, lui semble-t-il,‖ la jeune Naïa…
Pendant que de stupeur‖ il reste sans parole,Jusqu'au pied du sapin‖ la chasseresse vole,Et ramasse l'oiseau‖ que sa flèche a percé.Elle aperçoit alors,‖ contre un arbre adossé,L'homme que pour époux‖ a choisi sa tendresse :Elle lui tend les bras,‖ jette un cri, puis s'affaisse.Domagaya près d'elle‖ à genoux s'est jeté.Il soulève son front‖ avec anxiété,Met un baiser ardent‖ sur sa main refroidie,Lui parle. Chaque mot‖ est une mélodie.Et bientôt, à la voix‖ du fidèle chasseur,Elle ouvre ses beaux yeux‖ tout remplis de douceur.
— « Ô toi qui m'apparais‖ sous cet ombreux feuillage,Es-tu Domagaya,‖ l'ami de mon jeune âge,Dit-elle, en essuyant‖ des pleurs délicieux ?Ou bien es-tu, dis-moi,‖ son esprit soucieuxQui vient du champ des morts‖ soutenir mon courage ?Les Blancs t'ont-ils chez eux‖ fait subir quelqu'outrage ?Et les vieillards sensés‖ n'ont-ils donc pas eu tortDe me dire traîtresse‖ et d'exiger ma mort ? »
— Naïa, que dis-tu ?‖ Que dis-tu, mon amie ?…Je suis Domagaya,‖ plein d'amour, plein de vie.Les guerriers de l'aurore‖ ont un cœur généreux.A travers le grand lac‖ je reviens avec eux.Le vent nous a jetés‖ l'autre jour, sur cette île :Ce n'est pas un malheur,‖ elle est grande et fertile.Mais toi, dis-moi comment‖ tu te trouves ici,Comment tu fus traîtresse,‖ et condamnée aussi ?
— « Non, non, ta Naïa‖ ne fut point insensée.Son crime n'existait‖ qu'au fond de la penséeDe ces vieillards pervers‖ qui désiraient du sang,Mais allons nous asseoir‖ sur le bord de l'étang.Et je vais si tu veux‖ te dire mes misères. »
Tous deux s'étant assis‖ sur les molles fougères,.Tout près des eaux, au pied‖ d'un érable élevé,.Elle fit ce récit‖ à l'ami retrouvé :— « Quand des Blancs le navire‖ eut laissé notre plage,Un sombre désespoir,‖ une bouillante rageEntrèrent dans le cœur‖ de ton père attristé.Longtemps il accusa‖ les Blancs de cruauté,Et demanda ses fils‖ ravis à sa tendresse.Un perfide jongleur,‖ plein de haine et d'adresse,Lui dit de se venger‖ en renversant la croix.Le conseil des vieillards‖ l'aurait voulu, je crois,Mais j'arrive soudain‖ pendant qu'on délibère…J'avais du Dieu des Blancs‖ vu l'adorable Mère ;Au pied de la croix même‖ elle m'avait parlé.Je redis son discours‖ au grand chef désolé ;Il sentit se calmer‖ son courroux et ses peines.La croix resta debout‖ au milieu de nos plaines.Mais en vain notre chef‖ dans les pleurs nuit et jour,De ses fils bien-aimés‖ attendit le retour.
« Le jongleur, nourrissant‖ une haine farouche,Se plut à me souiller‖ du venin de sa bouche.Il me traqua partout,‖ jusqu'au fond des forêts ;Pour me perdre il forma‖ mille infâmes projets.Il m'accusa d'avoir,‖ par des bruits ridicules,Surpris la bonne foi‖ des vieillards trop crédules.Les vieillards, convaincus‖ de ma témérité,Fâchés d'avoir aussi‖ manqué de fermeté,Crurent laver leur honte‖ et servir la justice,En me faisant du feu‖ subir l'affreux supplice.
« J'étais là, dépouillée‖ et liée au poteau,A l'heure où le soleil‖ derrière le coteau,Semble se reposer‖ dans un lit de feuillage.Autour de moi pleuraient‖ les femmes du village.Le jongleur était doux ;‖ son sourire moqueur,Comme un trait acéré‖ me déchirait le cœur.Pour narguer mes bourreaux,‖ à cette heure terrible,Je n'aurais pas chanté‖ d'un ton ferme et paisible,Mais j'étais innocente‖ et je mourais sans peur.Un instant s'éloigna‖ le barbare jongleur.Il revint brandissant‖ une torche enflammée.Il me sourit encore.‖ Aussitôt la fuméeFit monter jusqu'au ciel‖ ses épais tourbillons,Et du feu je sentis‖ les cuisants aiguillons.
« Mais que vois-je soudain‖ au milieu de la flamme ?Un esprit inconnu,‖ sous l'aspect d'une femme !…La même que je vis‖ un jour devant la croix !Elle défait mes nœuds‖ de ses flexibles doigts,Baise mon pâle front,‖ et me dit à l'oreille :« Naïa, sauve-toi,‖ va ! sur tes jours je veille. »Et je ne sais comment,‖ malgré les javelots,Je franchis le village‖ et courus près des flots.Mais j'éprouvais alors‖ une étonnante force ;Avec une pagaie‖ et mon canot d'écorce,Je bravai hardiment‖ un destin hasardeux.J'allais à ta rencontre…‖ Et nous voici tous deux. »
Ainsi longtemps parla‖ la jeune fugitive.Prêtant à son récit‖ une oreille attentive,Domagaya, muet,‖ la regardait toujours.
« Ô Naïa ! dit-il,‖ Naïa, mes amours,Retournons maintenant‖ au pays de nos pères.Je les écraserai‖ ces langues de vipèresQui sur toi n'ont pas craint‖ d'appeler tant de maux !Le jongleur maudira‖ ses desseins infernaux.Comme l'iniquité‖ la justice a son heure.Mon père, en revoyant‖ les deux enfants qu'il pleure,Saura qu'à des méchants‖ il a donné sa foi.Il se repentira‖ d'avoir douté de toi.Voguons dans ton canot.‖ Voguons, ô mon amie !Mon frère nous suivra‖ sur la mer endormie. »
X Le signal
La nuit ouvrait son aile‖ à l'orient vermeil ;Au fond de l'occident‖ s'éteignait le soleil.Ainsi lorsqu'en nos cœurs‖ s'éveille la souffrance,On voit souvent hélas !‖ s'éteindre l'espérance.Après avoir marché‖ dans l'île tout le jour,Sur le bord de la mer‖ les marins, de retour,Entassaient des rameaux‖ pour les livrer aux flammes.Quand la nuit flotterait‖ dans le sillon des lames,Ils feraient, aux vaisseaux peut-être errants encor,Un signal qui pourrait‖ diriger leur essorVers la tranquille baie,‖ où la bonté divineAvait, malgré l'enfer,‖ guidé la Grande Hermine.
Sur le sable où le flot‖ venait avec lenteur,Cartier se promenait,‖ méditant dans son cœurLes desseins du Très-Haut‖ et sa magnificence.Et, débordant d'amour‖ et de reconnaissance,Son esprit droit et pur‖ montait vers le Seigneur,Comme vers le soleil‖ une blanche vapeur.
Cependant ses regards,‖ avec inquiétude,Interrogeaient souvent‖ la vaste solitude.Le chasseur indien‖ n'était pas revenu.S'était-il égaré‖ dans le bois inconnu ?Ou sentant tout à coup‖ ses fiers instincts renaître,S'était-il échappé‖ pour ne plus reparaître ?
Pendant que ces pensées‖ occupaient ses esprits,Sur un rocher couvert‖ de sapins rabougris,Cartier vit s'élancer‖ deux rapides fantômes.Comme un mulot rusé‖ se cache dans les chaumes,Il les vit se cacher‖ au plus épais des bois,Et, là, les entendit‖ contrefaire trois fois,Toujours en élevant‖ leur voix imitative,Du lugubre hibou‖ la voix morne et plaintive.
Surpris, vers les marins‖ il accourt promptement.Il les trouve, eux aussi,‖ remplis d'étonnement.Quand les étranges voix,‖ s'élevant des ténèbres,Avaient fait trembler l'air‖ de leurs trois cris funèbres,Taiguragny, pensif,‖ avait bondi soudain,Et s'était vers les bois‖ élancé comme un daim.Mais ses pieds n'avaient plus‖ leur souplesse première.Un marin le saisit‖ avant que la bruyèreLui donna, dans son ombre,‖ un asile certain.Et tenant son front pâle‖ appuyé sur sa mainIl était maintenant‖ assis au pied d'un arbre,Immobile et muet‖ comme un buste de marbre.
— « Ces endroits, dit Cartier,‖ ne sont donc pas déserts ;Nous les explorerons‖ en mille sens divers,Sitôt qu'à l'horizon‖ l'on verra l'aube poindre.Domagaya nous fuit,‖ il faudra le rejoindre.Mais brûlons ces rameaux‖ que l'on vient d'entasser ;Dans le sommeil ensuite‖ allons nous délasser. »
Alors un des marins‖ en frappant une pierre,Fit jaillir avec bruit‖ un rayon de lumière.L'étincelle mordit‖ les feuilles des rameaux.La fumée enchaînant‖ ses étouffants anneaux,Les envoya se perdre‖ au fond d'un ciel limpide.Un gai pétillement,‖ un craquement rapide,Se mêlèrent alors‖ aux cris des matelots,A leurs éclats de rire,‖ à leurs joyeux propos.La lueur grandissait.‖ De ses flèches aiguësLa flamme en bourdonnant‖ semblait percer les nues ;Un rideau ténébreux‖ dérobait les forêts ;Et du vaste brasier‖ les ondoyants refletsLuisaient d'un vif éclat,‖ au loin sur l'onde amère,Comme le souvenir‖ d'une joie éphémèreVient luire quelquefois‖ sur notre pauvre cœur,Recouvert à demi‖ d'un voile de douleur.
La flamme cependant‖ s'était bien vite éteinte,Et la mer n'avait plus‖ sa lumineuse teinte.Monté sur son vaisseau,‖ l'aventureux marinReposait ses esprits‖ dans un sommeil serein.Aussitôt que l'aurore‖ au monde vint sourire,Il monta radieux,‖ sur le pont du navire,Et longtemps sur la mer‖ promena son regard.Alors les matelots,‖ honteux d'être en retard,Laissèrent volontiers‖ leurs hamacs et leurs rêves.Le vent soufflait du large‖ et l'onde sur les grèvesJetait sa blanche écume‖ avec d'étranges bruits,Pendant qu'au ciel montaient‖ les frais brouillards des nuits.
Tout à coup, rasant l'île,‖ une frêle pirogueSur les flots écumeux‖ se précipite et vogue.Elle laisse la rive‖ et vient vers le vaisseau :Chaque coup d'aviron‖ la fait bondir sur l'eau.Cartier a reconnu‖ l'Indien qui la guide.C'est bien Domagaya‖ dont la ruse perfideFaillit avoir, la veille,‖ un étrange succès.Il rame avec vigueur ;‖ il est déjà tout près.Taiguragny, surpris,‖ ne sait par quel mystèreDans un canot d'écorce‖ il voit voguer son frère.Le fugitif arrive,‖ amarre son canot,Et sur le bâtiment‖ il paraît aussitôt.Il jette sur son frère‖ un regard de reproche,Et vers le commandant‖ humblement il s'approche :
— « Noble seigneur, dit-il,‖ tu vois que l'IndienNe devient pas ingrat‖ quand on lui fait du bien.J'aurais pu me cacher‖ en de secrets repaires,Et voler, cette nuit,‖ au pays de mes pères ;Mais je sais tout le soin‖ que ton cœur m'a donné,Et je vais, pour cela,‖ jusqu'à Stadaconé,A travers les écueils‖ diriger ton navire.Or, il est dans cette île,‖ enfin je dois le dire,Une femme que j'aime‖ et qu'il faut emmener.Des méchants à la mort‖ ont pu la condamner,Mais l'amour de la croix‖ fut son unique crime,Des ennemis des Blancs‖ elle fut la victime.Un Esprit de ton ciel‖ l'a ravie au bûcher,Et dans ces bois déserts‖ elle vient se cacher.Si nous la délaissions‖ en ce lieu solitaire,Elle mourrait bientôt‖ de peine et de misère.Au ciel du Canada‖ qu'elle vienne avec nous,Et que ta charité‖ lui fasse un sort plus doux. »
Cartier tout étonné‖ de ce noble langage,Presse contre son cœur‖ la main du bon sauvage.Il sait que l'Indien‖ avec habilité,Peut donner au mensonge‖ un air de vérité,lit que d'autres motifs,‖ en empêchant sa fuite,Ont pu déterminer‖ cette noble conduite.Cependant il se plaît‖ à croire à ses discours,Et veut que sans retard‖ l'on prête du secoursA cette enfant des bois‖ que poursuit l'injustice.Par son ordre, aussitôt,‖ une chaloupe glisseVers la rive déserte‖ où l'humble fille attend :Domagaya, ravi,‖ la conduit en chantant.
Qu'il est plaisant et frais‖ le souffle de la brise !Sur les récifs lointains‖ comme la vague brise !Qu'ils sont gais dans leur vol,‖ les oiseaux de la mer !Qu'elle est forte la voix‖ de l'océan amer !Est-ce un cygne géant‖ que le flot gris balance ?Une voile qui s'ouvre‖ et devant nous s'élance ?Ô Cartier, quel éclair‖ s'échappe de tes yeux !Quel doux étonnement,‖ quel espoir radieux,Font tressaillir ton cœur‖ comme un bronze qu'on frappe !Que porte donc la mer‖ sur sa mouvante nappe ?Ce n'est point un oiseau‖ qui vient en s'ébattant,Ce n'est point un brouillard‖ qui s'élève éclatant.
Une voile, Dieu bon !‖ Dieu bon, c'est une voile !…Puis, une autre la suit,‖ comme au ciel une étoileSuit de près, dans l'azur,‖ l'astre aux rayons sereins.Elle approche, elle approche !‖ Et déjà les marinsDu rivage, de l'île,‖ au loin, l'ont aperçue.Leur immense clameur‖ monte jusqu'à la nue,Et du rocher sonore‖ éveille les échos.Et sur le bâtiment‖ les autres matelotsRépondent à leurs cris‖ par de longs cris de joie.A la cime des mâts‖ le pavillon ondoie.Ô la divine fête !‖ ô les coquets vaisseaux !Qui semblent de plaisir‖ se bercer sur les eaux !
Les voilà ! les voilà,‖ ces navires rapides,Avec leurs ponts couverts‖ de marins intrépides, ?Leurs flancs tout écumeux,‖ leurs agrès mutilés !Sous quels cieux, sur quels flots‖ étaient-ils donc allés ?Quel astre les conduit‖ vers cet heureux rivage ?Quel pouvoir les sauva‖ des fureurs de l'orage ?L'ancre tombe, des pleurs‖ coulent de tous les yeux,Des pleurs de joie. Un chant‖ s'élève vers les cieux.
Marins, ouvrez vos cœurs‖ à la réjouissance.Chantez l'hymne sacré‖ de la reconnaissance.Au Dieu qui vous guida‖ sur les gouffres amers,Et vous fit déjouer‖ les pièges des enfers,Chantez un chant d'amour,‖ un refrain d'allégresse !En vain l'ange maudit‖ à vous nuire s'empresse,Pour vous le ciel combat ;‖ la victoire est à vous.Après tant de labeurs‖ le repos sera doux.
Enivrés des parfums‖ de ce sauvage asile,Vous reprendrez la mer.‖ Vous laisserez cette îleOù vous ont attendu‖ de vaillants compagnons.Ensemble vous verrez‖ des rivages sans noms,Que le monde d'hier‖ appelait un problème.Et vous verrez finir‖ cette lutte suprêmeOù vous n'avez pas craint,‖ courageux matelots,De suivre votre chef,‖ le premier des héros.
XI Le cap percé
La rose livre au vent‖ de suaves arômes ;La fontaine roucoule,‖ et les bois, sous leurs dômes,Entendent gazouiller‖ les nids harmonieux.Tout est joie et bonheur,‖ au monde et dans les cieux.Laissez, ô matelots !‖ laissez les frais ombrages.Voguez, voguez encor‖ vers de plus beaux rivages.Voguez sur les flots bleus.‖ Vos navires légersSemblent impatients‖ de braver les dangers.Veulent-ils suivre encore‖ une route nouvelle ?Allez, allez, marins,‖ la brise vous appelle.Laissez le vert gazon,‖ l'ombre où vous sommeillez.Levez l'ancre mordante.‖ Il vente ; appareillez.
Comme des arcs tendus‖ les voiles s'arrondissent.Sur les flots agités‖ les navires bondissent,Et laissent derrière eux‖ l'île aux bords verdoyants.Comme des moissonneurs,‖ dans les prés ondoyants,Ouvrent un long sillon‖ avec l'humble faucille,Ainsi, dans l'océan,‖ la vaillante flottilleTrace vers l'inconnu‖ son magique sentier.Et la course est rapide.‖ Et, sur le pont, Cartier,Entouré de marins,‖ son fidèle équipage,Regarde à l'horizon‖ s'élever le rivage.Il tressaille en pensant‖ que ce pays si beauDe la France sera‖ le plus riche joyau.
Dans le ciel cependant‖ roulent de noirs nuages,Et sur la mer encor‖ s'abattent des orages.Le golfe dans ses flots‖ cacha plus d'un écueil.Et Satan n'a perdu‖ ni l'espoir, ni l'orgueil.Il ose croire encor‖ qu'un terrible naufrageDe l'ange du Seigneur‖ peut détruire l'ouvrage.Mais les vaisseaux prudents‖ virent bientôt de bord,Et trouvent à la côte‖ un sûr et large port.Quand le vent du matin‖ s'éleva favorable,Que le flot azuré‖ vint effleurer le sable,Chantant, on leva l'ancre,‖ et les trois bâtimentsCoururent de nouveau‖ sur les flots écumants.
Domagaya, son frère,‖ et la jeune Indienne,Ensemble assis tous trois‖ près de la grande antenne,Échangeaient à l'écart‖ leurs étranges discours.Leur présence à Cartier‖ était d'un grand secours.Ils connaissaient le golfe‖ et ses îles ombreuses.Ils lui parlaient du fleuve,‖ où des tribus nombreusesVenaient planter de loin,‖ leur tentes chaque jour.Et les deux Indiens,‖ se levant tour à tour,Pour indiquer la route‖ et pour la rendre heureuse,Montraient recueil à fuir,‖ la côte plantureuseVers laquelle on pouvait‖ sans nul risque cingler,Et le cap où les flots‖ allaient battre et meugler.Les vaisseaux fendent l'onde‖ avec de sourds murmures,Et leurs agrès mouvants‖ ressemblent aux ramures.Taiguragny se lève‖ et marche vers Cartier :
— « Vois-tu là-bas, dit-il,‖ comme un portique altier,Ce rocher solitaire‖ où le corbeau se sauve ?Bien au-dessus des eaux‖ il dresse son front chauve.Par la béante porte,‖ entre ces hauts piliers,Passeraient aisément‖ tes superbes voiliers.De l'Esprit des combats‖ c'était l'asile étrange,Disent les vieux Sachems.‖ Alors, comme une frange,Des lierres, des lichens‖ s'attachaient à ses flancs.Sombre, il semblait monter‖ jusqu'aux nuages blancs.Morose et sacrilège,‖ aujourd'hui la ruineHabite seule, hélas !‖ la demeure divine.
« Comment ce vaste asile‖ a-t-il été détruit ?Je ne bandais pas l'arc‖ que j'en étais instruit.Et je vais, si tu veux,‖ te conter cette histoireQue nul guerrier chez nous,‖ ne refuse de croire.Autant de lunes d'or‖ ont monté dans les airs,Autant de bleus glaïeuls,‖ au bord des ruisseaux clairs,Se sont épanouis‖ sous une tiède haleine,Autant de blancs frimas‖ ont argenté la plaine,Depuis que s'est passé‖ le grand événementDont je te fais, Cartier,‖ l'histoire en ce moment,Qu'il passe sur nos mers,‖ l'automne, de bruines,Que le chêne a de nœuds‖ et le houx vert, d'épines. »
— « Nous entrons dans la Baie…‖ Inclinons à tribord,Dit Cartier, et cherchons‖ un fleuve plus au nord. »Et tout en écoutant‖ la légende encor neuve,Ils brassent la voilure‖ et rêvent d'un grand fleuve.
— « Nina, dit l'Indien,‖ était donc, autrefoisLa plus belle des fleurs‖ écloses sous nos bois :Ses yeux étaient plus noirs‖ qu'une nuit sans l'étoile,Et ses cheveux épais‖ dépliaient un long voileSur son corps gracieux‖ comme le jeune ormeau.Son chant était suave‖ autant qu'un chant d'oiseau.
« Elle était jeune encore,‖ et comptait moins de neigesQu'un maladroit chasseur,‖ à la fois, dans ses piègesNe prendrait de castors.‖ Elle venait souvent,Dans le calme de l'ombre‖ et le sommeil du vent,Se bercer comme un cygne‖ au ruisseau qui murmure.La vague lui faisait‖ une étrange parure,Toute de diamants‖ qui luisaient au soleil,Et ruisselaient au long‖ de son galbe vermeil.
« Areskouï, l'esprit‖ qui nous souffle la guerre,Que les deuils et les pleurs,‖ hélas ! ne touchent guère ;Areskouï, le dieu‖ dont l'asile sacréÉtait ce roc, pareil‖ au grand navire ancré ;Areskouï brûlait,‖ pour la rieuse vierge,D'une invincible ardeur.‖ Et, lorsque de la bergeIl la voyait descendre,‖ et s'approcher des flots,Il volait au-devant,‖ murmurant de doux mots.Que l'indiscrète brise‖ allait ailleurs redire.Seule elle pouvait voir‖ le dieu cruel sourire.
« Et, pour saisir son bras,‖ dans son amour jaloux,Souvent il s'avançait‖ avec un rire doux ;Mais la fille des bois‖ nageait vers le rivage,Et cherchait un abri‖ sous le manteau sauvageDes séculaires pins,‖ gardiens de sa beauté.Alors Areskouï‖ s'enfuyait, irrité.Dans sa retraite sombre,‖ alors, comme un tonnerreOn entendait l'écho‖ de sa sourde colère.
« Quand le jour, cependant,‖ inondait les forêtsDe discrètes lueurs‖ et de tièdes reflets,Un bienfaisant génie,‖ au front jeune et superbe,Sous les traits d'un chasseur‖ sortait des touffes d'herbe.Respectueux et doux,‖ il s'en allait alors,Nageant avec souplesse,‖ en gracieux essors,Vers la naïve enfant.‖ Elle semblait l'attendre.Sans honte, avec pudeur,‖ son regard franc et tendreSe levait confiant‖ sur le beau compagnon.Parfois elle fuyait,‖ et, de son pied mignon,Elle fouettait la mer‖ qui volait en rosée ;Ou, la gorge sur l'onde,‖ et la tête poséeSur les gerbes de jonc‖ que le flot apportait,Elle semblait dormir.‖ Innocente, elle étaitBelle comme l'amour‖ à notre premier rêve,Et les oiseaux chantaient‖ tout le long de la grève.Peut-être allumait-elle‖ un feu subtil et doux ;Et sans aimer, peut-être,‖ on devenait jaloux.
« L'œil errant sur les eaux,‖ du haut de sa demeure,Le sombre Areskouï‖ l'aperçut. C'était l'heureOù le taillis n'a plus‖ que de faibles échos,Où la grive et la fleur‖ aspirent au repos.La mer, teinte de rose,‖ au loin dormait. Les nuesQui déployaient au ciel‖ des formes ingénuesSemblaient flotter au fond‖ de l'immense miroir.Le souffle harmonieux‖ qui s'élève, le soir,Faisait de temps en temps,‖ avec un doux murmure,Frissonner ça et là‖ l'onde dormante et pure.Et l'aile de l'oiseau‖ striait ce champ uni.La vierge, en souriant,‖ d'un bras souple et bruni,Repoussait le flot bleu‖ qui noyait son épaule ;Elle allait, se berçant‖ comme un rameau de sauleAu souffle du zéphir ;‖ et ses épais cheveuxDéroulaient leurs anneaux‖ sur son cou gracieux.
« Nina sortit des eaux.‖ Partout se glissait l'ombre,Et chaque rameau vert‖ semblait un voile sombre.Avant qu'elle eut atteint‖ d'un pied pourtant léger,Le vieux wigwam qui seul‖ pouvait la protéger,La douce enfant sentit,‖ pareils à des tenailles,Les doigts durs et crispés‖ de l'Esprit des batailles,Mordre sa brune épaule.‖ Elle entendit sa voixDont les cruels accents‖ faisaient trembler les bois.
« Moi, je suis, disait-il,‖ l'Esprit de la Vengeance.J'ignore la pitié,‖ j'abhorre la clémence.A moi Nina !… Viens donc !‖… La belle vierge, à moi !…Mon antre étouffera‖ sous sa large paroi,Les cris du désespoir !‖ A moi les chastes charmes !A d'autres maintenant‖ la souffrance et les larmes…Nina criait en vain :— « Jamais tu ne m’auras. »Areskouï la prend‖ dans ses robustes bras,Et s'envole, semblable‖ au hibou des ténèbres,Avec sa douce proie,‖ en ses antres funèbres.
« Or, l'Esprit de la Baie,‖ — en effet, c'était luiQui jouait sur les eaux‖ quand le jour avait lui,Ou que le soir brillait‖ au rayon de la lune, —Or, l'Esprit de la Baie,‖ inquiet, à la brune,Chaque soir revenait‖ en d'anxieux transports,Jouer avec la vague‖ ou rêver sur les bords.Mais chaque soir, hélas !‖ son attente était vaine.Elle ne venait plus.‖ D'une âme trop sereineOubliait-elle donc‖ un innocent plaisir ?Ne savait-elle plus‖ l'ardeur de son désir ?
« Il aimait sa douleur‖ et ne pouvait la taire.Souvent il s'approchait‖ de l'antre solitaire.Il entendit, un jour,‖ la plainte de l'enfant.Il entendit aussi‖ le rire triomphantDu génie infernal‖ qui la tenait captive.Il pousse une clameur‖ qu'au loin l'onde et la riveRépètent bien longtemps.‖ Tous les Esprits des eauxS'élancent à la fois‖ des joncs et des roseaux.La base du rocher‖ est bien vite sapée.Et, du dieu des combats‖ la force alors trompéeDevient vaine. Le roc‖ s'ébranle et disparaît.Seul, le gîte où vainqueur,‖ le dieu se retirait,Restait encor debout,‖ bien au-dessus de l'onde.Mais un instant s'écoule,‖ une porte profonde,La même que tu vois,‖ s'ouvre dans le rocher,Et le jour et la mer‖ vont tout à coup lécher,De leurs reflets joyeux,‖ le fond de la tanièreOù gémissait toujours‖ la belle prisonnière.Areskouï, pour fuir,‖ prit l'aile d'un corbeau.Sous les traits redoutés‖ de ce lugubre oiseau,Bien souvent il revient‖ sur ses débris célèbres,Croasser, vers la nuit,‖ des menaces funèbres.Souvent avec Nina,‖ dans les plis des flots d'or,L'Esprit du fleuve, aimé,‖ vient se jouer encor. »
XII La première messe
Le jour naît et s'enfuit,‖ et toujours les naviresOuvrent, sur les flots bleus,‖ leurs voiles aux zéphires.Après avoir laissé‖ des rivages divers,Ils longent dans leur course‖ une île aux bords déserts,Un immense rocher‖ qui dresse sur les ondesSon dos âpre et sinistre,‖ où des oiseaux immondesViennent seuls, le printemps,‖ jetant de tristes cris,Bâtir leurs nids obscurs‖ sous des bois rabougris.Pendant deux jours entiers‖ ils suivent ces rivagesOù l'onde et les oiseaux‖ mêlent leurs chants sauvages.Chaque aurore nouvelle,‖ ou chaque nouveau soir,Dans le cœur de Cartier‖ vient ranimer l'espoir.Ce n'est plus l'océan‖ que les bateaux franchissent ;La terre n'est pas loin‖ et les ondes blanchissent.Des rivages en fleurs,‖ qui vont se rapprochant,Resserrent les flots clairs,‖ et semblent, au couchant,Élever sur leur route‖ une immense barrière.Le soleil plus hâtif‖ achève sa carrière.Il argente le ciel‖ de ses rayons blafards,Comme les cheveux blancs,‖ la tête des vieillards.
La flotte, ô Saguenay !‖ rase ton embouchure.Rivière au noir courant,‖ quelle sonde mesureDe ton lit merveilleux‖ toute la profondeur ?L'œil est pris de vertige,‖ en voyant la hauteurDe ta paroi de roc‖ partout infranchissable.Fleuve sans grève, gouffre‖ où pas un grain de sableNe recevrait le pied‖ du marin naufragé,Quel arbre t'a jamais‖ dignement ombragé ?Dans tes profondes eaux‖ vainement l'ancre tombe.Le chaos t'a choisi‖ pour sa plus noire tombe,Et tes échos moqueurs,‖ quand passent les marins,Se redisent entre eux‖ leurs plaintes, leurs refrains.
Cependant le vent souffle,‖ et les vagues d'écumeVont caresser des bords‖ que la forêt parfume.C'est une île riante‖ où le coudre fleurit,Où sur les arbres verts,‖ maint fruit nouveau mûrit.Près de ces bords charmants‖ s'arrêtent les navires,Et le chant des marins‖ alterne avec les rires.Et septembre est venu.‖ Bientôt des souffles froids,S'élevant vers le soir,‖ effeuilleront les bois.Mais l'on entend encor‖ murmurer les fontaines.Les heures de la nuit‖ sonnent lentes, sereines.Les arbres sont drapés‖ dans leurs épais manteaux,Et partout des fruits mûrs‖ couronnent les coteaux.
La nuit qui s'approchait‖ de cette île isoléeDéroula lentement‖ son écharpe étoilée,Et tout s'enveloppa‖ d'un calme solennel.Mais, au réveil du jour,‖ pour louer l'Éternel,Radieux, les oiseaux‖ volant de cime en cime,Remplirent la forêt‖ d'une oraison sublime,Et le soleil, sortant‖ de son lit empourpré,D'un éclat inouï‖ fit resplendir le pré.
Ô le beau jour de fête‖ et de réjouissance !L'Église, ce jour-là,‖ célébrait ta naissance,Vierge sainte, qui fus‖ la mère de ton Dieu…Cartier ne voulut pas‖ s'éloigner de ce lieuSans te rendre, ô Marie !‖ un éclatant hommage.On élève un autel.‖ La croix et ton imageSe mirent dans le fleuve‖ aux lisières des bois,Et Dieu descendit là‖ pour la première fois.
Pendant que le saint prêtre,‖ à l'ombre d'un érable,Élevait, en priant,‖ la Victime adorable,Les oiseaux voltigeaient‖ de rameaux en rameaux,Modulant, semblait-il,‖ des cantiques nouveaux.Le soleil émaillait‖ de lueurs chatoyantesLa mousse des vieux troncs,‖ les feuilles ondoyantes.Sur le sable doré‖ les vagues murmuraient ;Dans leur joie, à genoux,‖ les matelots pleuraient.Leurs cœurs montaient à Dieu,‖ remplis de gratitude.Mille voix s'élevaient‖ de cette solitude,Et, volant dans les airs,‖ les anges radieuxUnissaient à ces chants‖ leurs chants mélodieux.
Et quand ce fut la fin‖ du divin sacrifice,Que sur l'autel champêtre‖ il remit le calice,Son front s'illumina‖ d'un éclat merveilleux.Un rayon fulminant‖ s'échappa de ses yeux.On eut dit qu'un nuage‖ environna sa tête,Un nuage de pourpre‖ où couvait la tempête.Il leva vers le ciel‖ ses deux bras frémissants ;Sa bouche s'entr'ouvrit,‖ et d'étranges accents,Des mots entrecoupés‖ tombèrent de ses lèvres,Obscurs comme les mots‖ que de brûlantes fièvresFont parler au malade.— Assez de sang ! Assez !…Jetez donc le linceul‖ sur ces morts entassés !…A ces héros chrétiens‖ donnez la sépulture !Jetez aux noirs corbeaux,‖ jetez donc en pâtureCette horde traîtresse !‖… Écoutez ! les forêtsAux héros de la Foi‖ découvrent leurs secrets !…
J'entends le bruit du fer‖ et les coups de la hache…Le vainqueur s'agenouille‖ et le vaincu se cache.Les oiseaux ont appris‖ de plus douces chansons…Et des sillons fumants‖ se couvrent de moissons !…Pareille au nid de l'aigle,‖ au-dessus d'une grève,Sur un cap de granit,‖ quelle ville s'élève !…Une croix la domine‖ et monte vers les deux.Et ses deux bras tendus‖ couvrent d'immenses lieux.De formidables murs‖ l'entourent, la défendent.Dans son port merveilleux‖ mille vaisseaux se rendent.
Et que vois-je plus loin‖ sortir du fond de l'eau ?Quelle cité rivale‖ élève un front si beau !Son regard étincelle.‖ Il captive ou foudroie.Que son ciel est brillant !‖ Ah ! comme elle déploie,Pour éblouir le monde,‖ un courage étonnant !Les peuples, accourus‖ de tout le continent,L'appelleront, un jour,‖ la cité souveraine…Sois la Ville Marie,‖ et tu deviendras reine !
Salut, noble Prélat !‖ Fort de la Vérité,Tu déchires la nue‖ et verses la clarté…Salut, prêtres pieux, salut ! Béni soit votre ouvrage !Grande est votre douceur,‖ et grand votre courage.Sous vos soins paternels,‖ ô pasteurs vénérés !Les agneaux confiants‖ ne sont point égarés.
Quel est ce bruit lointain ?‖ C'est le canon qui tonne…C'est la terre qui tremble,‖ et le ciel qui s'étonne !…Je vois des escadrons,‖ dans un terrible choc,Rouler sur la poussière,‖ à la cime d'un roc !…Le soleil fait briller‖ l'acier des baïonnettes.Le fracas des obus,‖ les éclats des trompettesSe mêlent aux clameurs‖ des mourants, des blessés.Et vainqueurs et vaincus‖ se succèdent, pressésComme les flots hurlants‖ que poussent sur la duneLes orages d'automne.‖ Ô cruelle fortune !
Que vois-je ? Nos drapeaux,‖ les lis, nos blanches fleurs,Sont tombés sous les pieds‖ des orgueilleux vainqueurs !L'étendard rouge flotte,‖ aile des mauvais anges,Sur les murs où tantôt‖ triomphaient nos phalanges !…L'air plaintif, abattu,‖ des larmes dans les yeux,Le prêtre, en ce moment,‖ reste silencieux,Mais il reprend bientôt,‖ d'une voix plus contrainte :
— Du sein de cette terre‖ il s'élève une plainte.Au droit ancien, hélas !‖ succède un droit nouveau.Le faible est opprimé,‖ le fort devient bourreau.Et, près du saint autel,‖ un autel sans mystèreOffre au ciel indigné‖ son encens téméraire.
Et la plainte grandit,‖ et le joug est plus lourd.Un malaise ineffable,‖ un mugissement sourd,Annoncent la tempête‖ et des jours de détresse.Il faut une victime,‖ et l'échafaud se dresse…Dans le sang du martyr,‖ ô prodige inouï,La liberté renaît…‖ Tout s'est évanoui…Sur le peuple loyal,‖ sur la sanglante riveIl descend du ciel calme‖ une clarté plus vive.L'homme de Dieu se tut.‖ Son œil humide et douxLentement retomba‖ sur la foule à genoux.
XIII Stadaconé
Cependant, sur les bords,‖ la chaloupe amarréeSe cabrait au retour‖ de la haute marée.La brise fraîchissait.‖ Le grand fleuve, gonflé,Se berçant comme au vent‖ se berce un champ de blé,Paraissait de nouveau‖ remonter vers sa source.Il fallut s'embarquer.‖ Les vaisseaux, dans leur course,Rasèrent bien longtemps,‖ avec rapidité,Un rivage dont rien‖ n'égalait la beauté.
Les sauvages debout‖ sur le pont du navire,Jetaient sur cette terre‖ un regard en délire.Que de pensers touchants‖ leur rappelaient ces bois !Ils avaient libres, gais,‖ passé là maintes fois,Poursuivant l'orignal‖ sur les profondes neiges,Ou forçant l'ours grognard‖ à tomber dans leurs pièges.Et Cartier, l'œil fixé‖ sur l'horizon lointain,Espérait, tout ému,‖ voir paraître soudain,Comme un géant tombé‖ sur les flots diaphanes,Cet énorme rocher‖ recouvert de cabanesDont les deux Indiens‖ lui parlèrent souvent.Des matelots chantaient,‖ réunis à l'avant.
Les marins, vers le soir,‖ longent encore une île,Une île plus riante, une île plus fertileQue celles qui d'abord‖ enchantèrent leurs yeux.C'est un brillant joyau‖ que le fleuve orgueilleuxSertit avec amour‖ dans son onde sereine ;C'est le plus bel anneau‖ de cette longue chaîneQue forment sur le fleuve,‖ et jusque dans les mers,Cent îles au front ceint‖ d'épais feuillages verts.De ses sauvages fleurs‖ un doux parfum s'échappe ;La vigne la couronne,‖ et sa brillante grappeSemble rire au soleil‖ à travers les rameaux.
Un grand cri tout à coup‖ s'élève des vaisseaux,Monte jusques au ciel,‖ et fait trembler les ondes.Cent clameurs aussitôt,‖ formidables, profondes,Du milieu des forêts‖ répondent à ce cri.Devant les bâtiments,‖ formant un vaste abri,S'avançait dans le fleuve‖ un rocher âpre et sombre :Son flanc se hérissait‖ de cabanes sans nombre ;Son sommet couronné‖ d'arbres majestueux,Semblait, dans son orgueil,‖ aux vents impétueuxJeter un fier défi.‖ Cet étonnant villageSur les cimes perché‖ comme un aigle sauvage,Ce roc où dès longtemps‖ la haine avait trôné,C'était le grand hameau ;‖ c'était Stadaconé.
A l'abri des antans,‖ à l'abri des orages,Reposez-vous ici,‖ près de ces fiers rivages,Ici reposez-vous,‖ ô glorieux vaisseaux !Dans les airs parfumés‖ déroulez vos drapeaux !N'êtes-vous donc point las‖ de vos étranges courses ?En vain vous tenteriez‖ de voguer jusqu'aux sourcesDe ce fleuve profond,‖ dont le merveilleux cours,Comme un autre océan,‖ se déroule toujours !
XIV Le calumet de paix
A l'aspect imprévu‖ des vaisseaux dans la rade,Un étrange tumulte‖ agite la bourgade.Les guerriers indiens,‖ effrayés et surpris,Font trembler le rocher‖ de leurs féroces cris.Plus sombres, plus bruyants‖ que le bois qui les cache,Armés du tomahack,‖ de l'arc et de la hache,Ils courent vers le chef,‖ le fier Donnacona :
— « Un Esprit, disent-ils,‖ ô noble Agouhanna,Un Esprit a guidé‖ vers notre rive altièreTrois canots aussi grands‖ que la bourgade entière.Ils portent des guerriers !‖… Des guerriers plus nombreuxQu'au printemps les bourgeons‖ sur un tronc vigoureux.Mais ils cachent leurs arcs.‖ Leurs visages sont pâles ;Leurs rires et leurs chants‖ ressemblent à des râles.Devons-nous les chasser‖ comme des ennemis,Ou devant eux paraître‖ et craintifs et soumis ?
— « Si ces hommes nouveaux‖ viennent sur notre terre,Sans être provoqués,‖ nous déclarer la guerre,Il nous faut les combattre,‖ ô guerriers, je le veuxEt suspendre, vainqueurs,‖ à nos reins leurs cheveux.Mais, s'ils viennent vers nous‖ remplis de confiance,Montrons-nous généreux‖ et faisons alliance. »
Le grand Chef indien,‖ après ces quelques mots,Suivi de ses guerriers,‖ descendit près des flots.Cependant les marins,‖ dans leur vive allégresse,Ne cessent d'admirer‖ la rive enchanteresse.Ne se doutent-ils point‖ que ce pays si beauVa, pour plusieurs, hélas !‖ devenir un tombeau ?Avec quel doux plaisir‖ leur regard se reposeSur ces sauvages bords,‖ dont l'aspect grandioseSurpasse étrangement‖ ce qu'ils avaient rêvé !Mais, oubliant le monde,‖ un cœur s'est élevé,Comme le pur encens‖ d'une fleur printanière,Vers ce beau ciel nouveau‖ d'où pleuvait la lumière…Tu sais bien, ô Cartier !‖ que c'est le doigt de DieuQui, malgré les périls,‖ t'a conduit vers ce lieu !
Auprès du commandant,‖ réunis sur la poupe,Les trois enfants des bois‖ forment un joyeux groupe.Leur exil est fini.‖ Bientôt, sous les forêts,Ils vont aller ensemble‖ oublier leurs regrets.
Ils entendent des voix‖ qui montent de la rive…Voix qui charmaient jadis‖ leur oreille attentive,Vous portez dans leur âme‖ un plaisir inconnu.Non, ce n'est plus des Blancs‖ le parler froid et nu,C'est le style imagé,‖ c'est le naïf langageQu'ils ont de leurs parents‖ appris dès le jeune âge.Jamais ils n'ont trouvé‖ tant de charmes aux bois ;Jamais tant de bonheur‖ ne leur vint à la fois.Des guerriers, tout à coup,‖ on voit la sombre fouleDescendre sur les bords.‖ C'est comme un flot qui roule,Comme un vent qui gémit‖ dans la cime des pins.De diverses couleurs‖ les visages sont peints.Les membres sont couverts‖ d'étranges tatouages,Et les fronts, surmontés‖ de plumes, de feuillages.Le chef est à leur tête.‖ Ils portent cent canots,Qu'ils viennent tour à tour‖ déposer sur les flots.En effleurant la vague,‖ alors, chaque nacelleFait jaillir une écume‖ où le ciel étincelle.Sortant de leurs wigwams,‖ les femmes, les enfants,Pour les pâles guerriers‖ apportent des présents.Les regards sont moins durs,‖ les paroles, plus gaies,Et la flotte s'éloigne‖ au rythme des pagaies.
Le rapide canot‖ qui porte le grand chefLaisse derrière lui,‖ tour à tour, chaque nef,Et se rend le premier‖ près de la Grande Hermine.Cartier vient au-devant‖ de ce chef qui domine,Comme un fier potentat,‖ un bourg qui semble heureux.Il reçoit, tout ému,‖ ses présents généreux,Et lui donne en retour‖ maintes choses de France.Alors le vaillant chef,‖ d'un ton plein d'assurance,Lui parle longuement,‖ dans un pompeux discours,De sa grande bourgade‖ et de ses alentours.Il l'invite à chasser‖ au giboyeux rivage ;A bâtir un wigwam,‖ comme le fier sauvage,Dont nul joug odieux‖ ne fait courber le front.Or, pendant qu'il parlait,‖ un silence profondComme le calme plat‖ qui précède l'orage,Régnait sur le navire,‖ et jusque sur la plage.Mais quand Donnacona‖ descendit du vaisseau,Quand les canots légers‖ s'élancèrent sur l'eau,Une immense clameur,‖ que rien n'aurait fait taire,Fit retentir longtemps‖ la forêt solitaire.
Pour la première fois‖ Cartier foule ces bordsOù d'antiques forêts‖ déroulent leurs décors :Mais il vient en apôtre.‖ Aux portes du village,Le Chef le fait asseoir‖ sur un banc de feuillage,Et lui présente, ému,‖ le calumet de paix :
— « Que l'amitié, dit-il,‖ enchaîne pour jamaisL'homme libre des bois‖ et le Visage-Pâle. »
Cartier lui tend alors‖ une main amicale :— « Grand Chef, je vais, dit-il,‖ élever sous les bois,En signe d'alliance,‖ une divine croix. »
Donnacona joyeux,‖ voulut aider, lui-même,A dresser sur le roc‖ le glorieux emblème.De ce monde rempli‖ de désolation,Le Fils de l'Éternel‖ prenait possession.Le signe du salut‖ brillait sur ce rivage,La charité brisait‖ les fers de l'esclavage.
Cartier n'est point, hélas !‖ délivré de tout soin.Au bord du même fleuve‖ il s'élève, plus loin,Un autre grand hameau‖ qu'il désire connaître.Ce hameau, l'Indien‖ lui dit qu'il l'a vu naître.Il est dans un pays‖ aussi beau que fécond,Sur la rive d'une île,‖ au pied d'un joli mont.De ce bourg populeux‖ le grand fleuve n'approcheQu'en jetant son écume‖ aux barrières de roche.
Cartier aurait voulu,‖ qu'en ce pays nouveau,L'un de ces Indiens‖ eut conduit son vaisseau.Mais brûlant de fouler‖ d'un pied libre la terre,Suivis de Naïa,‖ dans une nef légère,Vers leur hameau lointain,‖ leur hameau tant aimé,Ils s'en allaient tous deux‖ sur le fleuve calmé.
Donnacona songeait.‖ Or, il venait d'apprendreQue vers Hochelaga‖ Cartier voulait se rendre.Il était attristé ;‖ ce dessein le troublait.Jaloux de sa puissance,‖ alors il lui semblaitVoir l'étranger s'unir‖ à des tribus rivales.Ces ententes, peut-être,‖ un jour seraient fatalesAux guerriers réunis‖ près de Stadaconé.Il se dirigea donc,‖ par ces soins dominé,A l'heure où l'oiseau dort‖ la tête sous son aile,Et semblant déborder‖ d'amitié fraternelle,Vers Cartier qu'entouraient‖ ses vaillants matelots.Il lui baisa les bras,‖ puis prononça ces mots :
— « Tu veux, ô vaillant Chef‖ des pays de l'aurore,Laisser notre bourgade‖ et remonter encoreLe fleuve impétueux‖ qui baigne nos forêts.Ce fleuve est traversé‖ par des écueils secrets,Où tes bateaux pesants‖ se briseront sans doute.L'Indien ne pourrait‖ en indiquer la route.La bourgade où tu vas‖ est loin, bien loin d'ici,Le guerrier qui l'habite‖ est traître, et fourbe aussi.
« Abandonne, grand Chef,‖ ce dessein condamnable.Si ce puissant motif‖ te trouve inébranlable,Le Manitou m'a dit,‖ — je ne le tairai pas —Que tu devais trouver‖ un horrible trépas,Parmi les flots de neige‖ et les monceaux de glace,Qu'en ces endroits lointains‖ un noir Esprit entasse,Afin d'ensevelir‖ l'intrépide guerrier.J'ai dit. Du Manitou‖ respecte le courrier. »
Le grand Chef, satisfait,‖ descendit du navire.Cartier l'accompagna.‖ Son geste et son sourireSemblaient le remercier de son prudent conseil.Mais, le matin suivant,‖ au lever du soleil,Deux vaisseaux s'avançaient‖ dans la belle rivièreQui serpentait au nord‖ de la bourgade altière,Un autre remontait,‖ sous ses blancs pavillons,Le fleuve où le soleil‖ baignait ses chauds rayons.
XV Hochelaga
Quel rire entendons-nous‖ au fond du noir abîme ?Satan aurait-il donc‖ inventé quelque crime ?Un juste est-il tombé ?‖ L'impitoyable mortA-t-elle d'un pécheur‖ fixé le triste sort ?…Sur un trône élevé‖ qu'entourent ses ministres,Démons aux yeux de flamme,‖ aux sourires sinistres,Lucifer tient conseil.‖ Contre le roi du cielIl décoche, jaloux,‖ des traits remplis de fiel.Son esprit infernal‖ ne reste pas inerte :Il a l'espoir encor‖ de consommer ta perte,Hardi navigateur‖ qu'au lointain Canada,Malgré mille dangers,‖ l'Ange de Dieu guida.
— « Nobles amis, dit-il,‖ n'êtes-vous plus les mêmes ?Que le ciel et la terre‖ entendent vos blasphèmes !Êtes-vous sans courage‖ en face des revers ?Avez-vous peur de Dieu ?‖ N'êtes-vous plus pervers ?Le protégé du ciel‖ a traversé les ondes.Il veut changer nos bois‖ en des plaines fécondes.Satisfait, l'Ennemi‖ festoie au fond des cieux,Et ses adulateurs‖ l'appellent glorieux.
« Mais tout n'est pas fini.‖ Courage, amis, courage !Cartier a malgré nous‖ abordé cette plage,Qu'ils y restent toujours,‖ lui, ses marins aussi !Qu'elle soit leur sépulcre !‖ Et nous verrons ainsiOù seront les plus forts‖ et qui se fera gloireD'avoir su remporter‖ la dernière victoire ?« Voici qu'approche enfin‖ la saison des frimas.L'hiver, si rigoureux‖ dans nos lointains climats,Va, pendant bien longtemps,‖ sous la neige entassée,Ensevelir le fleuve‖ et la terre glacée ;Les serviteurs de Dieu‖ voudront partir en vain ;Ils ne retrouveront,‖ pour s'enfuir, nul chemin.Leurs barques, sans agrès,‖ resteront sur la grève.Alors, ô mes amis,‖ point de paix ! point de trêve !Soyons actifs, rusés ;‖ soyons audacieux.Glorifions l'enfer !‖ Humilions les cieux !
« Éveillons du sauvage‖ et la haine et l'envie.Craignant d'être captif‖ sur sa terre asservie,Qu'il attache au bûcher‖ les pieux matelots,Ou leur perce le cœur‖ de ses longs javelots !Qu'avec les froids hivers‖ d'étranges maladiesAchèvent d'épuiser‖ leurs âmes engourdies,Et qu'ils succombent tous‖ au fond des vastes bois,Regrettant leur pays,‖ maudissant leurs exploits. »
Ainsi parla Satan.‖ Les démons applaudirent.Or, parmi les damnés,‖ plusieurs les entendirent,Ces insolents discours‖ de leur orgueilleux roi.Ils n'applaudirent pas,‖ mais frémirent d'effroi.Un vent s'est élevé‖ qui souffle de l'aurore.Aux rayons du couchant‖ un nuage se dore.Comme un flocon de laine‖ il roule mollement,Et sème de lambeaux‖ l'azur du firmament.L'oiseau, las des clartés,‖ s'envole à son nid sombre,Et sur le fleuve clair‖ flottent des taches d'ombre.
On voit venir, là-bas,‖ un élégant bateauQui rase, en se berçant,‖ le pied d'un vert coteau.Pour le conduire brille‖ une étoile bénie.Sa course sur les mers‖ sera bientôt finie.Les arbres, balancés‖ comme par un doux vent,Ont incliné vers lui‖ leur feuillage mouvant.Mille petits oiseaux‖ à l'éclatant plumage,Ont, pour le saluer‖ repris leur gai ramage.Émus, les Indiens,‖ dans leurs frêles canots,Pour le voir de plus près‖ ont défié les flots.Vogue, bateau sacré !…Tour à tour il approcheD'un large banc de sable‖ et d'un écueil de roche,Où les flots vont se tordre‖ et rejaillir poudreux.Il entend les échos‖ des rivages ombreux,Où chaque vert rameau‖ se courbe ou se déploie,Comme un bras arrondi‖ qu'enveloppe la soie,Ou comme les grains d'or‖ d'un collier égrené,Sur un tertre qu'au loin‖ l'érable a couronné.A la cime d'un cap,‖ à l'ombre des platanes,Il voit des Indiens‖ les nombreuses cabanes.
Ce vaisseau qui voguait‖ sur le fleuve surpris,Effleurant tour à tour‖ deux rivages fleuris,C’était l’Émerillon. Des chants, mélancoliquesComme le bruit du soir‖ dans les forêts antiques,Du pont couvert de monde‖ au ciel d'azur montaient.C'étaient les matelots‖ qui, chaque jour, chantaientLeurs pénibles ennuis‖ et leurs amours fidèles.Quand le vent s'apaisait,‖ repliant ses deux ailes,Comme un énorme oiseau‖ fatigué de voler,Le bateau s'arrêtait.‖ Et, pour le voir aller,Quand le vent peu à peu‖ gonflait les voiles blanches,Les guerriers accouraient‖ de leurs tentes de branches.
Cependant tout à coup‖ le fleuve s'élargit…Oh ! le lac ravissant !‖… Quand la bise mugit,Qu'elle met en lambeaux‖ son grand voile de brume,On peut le voir brandir‖ ses panaches d'écume ;Si la brise s'endort,‖ et si le ciel est pur,C'est un miroir d'argent‖ encadré dans l'azur.Des îles au front vert‖ du sein des ondes naissent,Et leurs bords, tour à tour,‖ lentement apparaissent.De vastes bancs de sable,‖ en dangereux réseaux,Serpentent quelquefois‖ sous le voile des eaux.C'est là, sur ce beau lac‖ où tout le ciel se mire,Que les voiles au vent,‖ s'avance le navire.Cartier se réjouit‖ du merveilleux succèsQui va, grâce au Seigneur,‖ couronner ses projets.Jamais, sous le soleil,‖ si brillante contréeA ses regards surpris‖ ne s'est encor montrée.
— Mais la barque, soudain,‖ vogue plus lentement.Les voiles et les mâts‖ s'inclinent lourdement ;Dans le léger sillon‖ qu'avec peine elle trace,Le sable, soulevé,‖ remonte à la surface.
Elle touchait. Bientôt,‖ aux ordres superflusElle resterait sourde‖ et n'avancerait plus.L'ancre tombe aussitôt‖ afin que davantageSur le banc dangereux‖ le vaisseau ne s'engage.On allège l'avant.‖ On ferle en même tempsLes voiles qu'enfle encor‖ le souffle des autans.
Sur le fleuve inconnu‖ cependant, dès l'aurore,Les courageux marins‖ s'avancèrent encore.Ils longèrent souvent‖ de verdoyants îlots,Dont les pins orgueilleux‖ et les riants bouleauxSur l'onde se penchaient.‖ Et, sous le ciel sauvage,Ils virent poindre enfin‖ ce superbe rivageOù se trouvait assis‖ le bourg d'Hochelaga.Et rapide et léger,‖ le navire vogua.
A l'aspect imprévu‖ du bateau qui s'avanceEn déployant sa voile‖ ainsi qu'une aile immense,Les Indiens en foule‖ accourent sur les bords,Et laissent tous ensemble‖ éclater leurs transports.Jamais telle clameur‖ ne fit trembler la rive.Jamais ces cœurs naïfs‖ d'une joie aussi vive,Avant ce jour heureux,‖ n'avaient été remplis.Les oracles sacrés‖ allaient être accomplis.
Un vieux jongleur avait,‖ dans un étrange rêve,Prédit que de la terre‖ où le soleil se lève,De blancs guerriers viendraient,‖ avant de longs hivers,Vaincre de la tribu‖ les ennemis pervers.Et c'étaient ces guerriers‖ qu'on voyait apparaître !Leurs fronts larges et blancs‖ les faisaient reconnaître.
Mais le jour disparaît.‖ Au fond du firmamentLes étoiles de feu‖ scintillent doucement,Comme les cierges saints‖ que le lévite allume,Sur la plage de sable‖ on voit au loin l'écumeSemer de blancs flocons.‖ Les sauvages, joyeux,En chantant la victoire‖ allument de grands feux.Aux valeureux guerriers‖ qu'un Esprit leur envoie,Ils désirent par là‖ manifester leur joie.
Aussitôt qu'apparaît‖ l'aube du lendemain,Ils les conduisent tous,‖ par un large chemin,Au milieu de la plaine‖ où la vaste bourgadeS'élève, toute fière,‖ avec sa palissade.Et Cartier est ravi‖ de la beauté des lieuxQui surgissent soudain,‖ comme en rêve, à ses yeux.Ici, le maïs d'or‖ aux aigrettes de soie,Sous le souffle du vent‖ légèrement ondoie ;Là, le chêne orgueilleux,‖ sous le poids de ses glands,Courbe vers le gazon‖ ses longs rameaux tremblants,Et les nids réveillés‖ unissent leur ramage.Le rayon qui descend‖ argente leur plumage,Et partout les échos‖ redisent des chansons,Et des roses partout‖ étoilent les buissons.
Du village, soudain,‖ s'ouvre l'unique porte.Les femmes, les enfants‖ que le plaisir transporte,S'avancent pêle-mêle‖ au-devant des héros,Ils tendent sous leurs pas‖ les plus soyeuses peaux.Ils chantent tous ensemble,‖ un joyeux chant de chasse,En allant les conduire‖ au milieu de la place,Où le chef, que déjà‖ l'âge a fait impotent,Entouré de guerriers,‖ tout ému, les attend.
Le sol est recouvert‖ d'une nouvelle natte,Et pendant qu'on redit‖ une agreste sonate,Vient s'asseoir, radieux,‖ le chef des guerriers blancs.On immole un chevreuil,‖ et ses membres sanglantsRôtissent avec bruit‖ sur le feu qui les dore ;Et les fils du couchant‖ et les fils de l'aurore,Qu'unit avec mystère‖ un décret du destin,Partagent sous les bois‖ un fraternel festin.
Cependant le vieux Chef,‖ au milieu de la fête,Prend le riche bandeau‖ qui couronne sa tête,Et le met, tout ému,‖ sur le front de Cartier.— Voici, dit-il, le Chef‖ du pays tout entier.
Touché de l'action‖ de ce noble sauvage,Cartier lève vers Dieu‖ son radieux visage :
— « Maître du ciel, dit-il,‖ non, non, ce n'est pas moiQui dois assujettir‖ ces tribus à ma loi ;C'est à vous de régner‖ sur des rives si belles,Et de sauver, Dieu bon,‖ ces peuples infidèles. »
Et, pour que le Seigneur‖ bénisse son dessein,Il prend le crucifix‖ qu'il portait sur son sein,Et le suspend au cou‖ du vieillard qu'il embrasse :— « C'est lui qui doit, dit-il,‖ dominer sur ta race. »Et le Chef indien,‖ fier de cette faveur,Presse, respectueux,‖ la croix contre son cœur.
Près du bourg, cependant,‖ dominant la campagne,Petite, aux gais contours,‖ s'élève une montagne,Dont un bois odorant‖ couronne le sommet.Le gazon des sentiers‖ est doux comme un duvetEt les oiseaux ont là‖ des demeures tranquilles.Désignés par le Chef,‖ quelques guerriers agilesY conduisent Cartier‖ et ses nobles marins.
Là, du haut de ce mont,‖ un pays sans confinsAux regards du héros‖ tout à coup se déroule,Et parmi les forêts‖ toujours le fleuve coule.Il coule et parfois chante‖ en berçant des flots bleus ;Et parfois il s'irrite ;‖ et plus impétueux,Il heurte, en écumant,‖ un rocher qui ruisselle,Puis, jette vers les cieux‖ une plainte nouvelle.Partout des bois épais,‖ partout un sol fécond,Qui reposent encor‖ dans un calme profond.A l'aspect enchanteur‖ de ces lieux qu'il domineCartier se sent rempli‖ d'une ivresse divine :
« Ô ma France, dit-il,‖ ces pays sont à toi !…Fais-y bénir le ciel‖ et respecter ta loi ! »
XVI L’hiver
Emportés par le vent,‖ de grands nuages sombresSur la cime des bois‖ traînent sans bruit leurs ombres.Le ciel est dépouillé‖ de sa robe d'azur.Le fleuve, en gémissant,‖ roule un flot plus obscur.C'est novembre qui vient.‖ Une blanche geléeSous ses baisers de glace‖ a flétri la vallée,Et, d'un ruban d'argent‖ étoile de cristaux,Elle a partout orné‖ la rive des ruisseaux.Les bois ne sont plus verts,‖ mais ils charment encorePar le feuillage sec,‖ léger, multicolore,Qui couvre leurs rameaux‖ d'un voile diapré.Près du sombre sapin,‖ c'est l'érable pourpré ;Près du hêtre safran,‖ c'est le tilleul verdâtre,Près du bouleau neigeux,‖ l'orme gris qu'attend l'âtre.Les brises au hasard‖ confondent ces couleurs,Et le soleil y joint‖ de subtiles lueurs.
La forêt n'entend plus‖ d'amoureux babillages,Et les petits oiseaux,‖ vers de plus doux rivagesSont allés du printemps‖ attendre le retour.Bien hâtive est la nuit,‖ et bien tardif, le jour.C'est la saison des vents,‖ l'époque des tempêtes ;Le fleuve agite au loin‖ ses écumeuses crêtes ;Les brouillards sont épais‖ sur les bords de la mer,.Et dans nos cœurs revient‖ le souvenir amer.
Cartier pleure à l'aspect‖ de l'hiver qui s'avance.Il voit s'évanouir‖ une douce espérance,L'espérance d'aller‖ maintenant vers son roi,Pour dire ses succès,‖ pour jurer sur sa foiQu'il donnait à la France,‖ avec bonheur et gloire,Par delà l'océan,‖ un vaste territoire.Il n'ose point voguer‖ sur ces flots orageuxQue soulèvent toujours‖ des vents impétueux ;Il craint pour ses vaisseaux‖ un terrible naufrage.Aux rigueurs de l'hiver‖ qui règne en cette plageNe sont pas endurcis‖ ses braves matelots.Déjà les Indiens‖ n'osent, dans leurs canots,Mépriser les dangers‖ des ondes en furie.Dans cette angoisse amère‖ il s'agenouille et prie.
Près de Stadacona,‖ dans un vallon charmant,Une rivière au fleuve‖ unit son flot dormant.Au bateau fatigué‖ sa profonde embouchureOffre, contre l'orage,‖ une retraite sûre.Là déjà sont entrés‖ les deux plus grands vaisseaux.Bientôt l'Émerillon‖ vient sur les mêmes eaux,Pour attendre, captif,‖ la saison printanière.Devant lui, sur le fleuve,‖ une étrange barrièreS'est élevée un jour ;‖ mais à StadaconaUne brise fidèle‖ enfin le ramena.
Le héros cependant‖ n'est pas sans quelque crainte.Les sauvages parfois‖ agissent avec feinte,Et n'offrent de leur cœur‖ alors que la moitié ;Ils vendent chèrement‖ leur changeante amitié.Pour se mettre à l'abri‖ de leur perfide atteinte,Cartier fait aussitôt‖ élever une enceinte.
Du haut de leur rocher,‖ les sauvages, surpris,Considèrent d'abord‖ d'un œil plein de méprisCes menaçants travaux‖ que les Pâles-Visages,Sans leur consentement,‖ élèvent sur leurs plages.Mais à Donnacona‖ vient un vieillard rusé :
— « Agouhanna, dit-il,‖ les Blancs ont abuséDe ta bonté trop grande‖ et de ta complaisance.Nous les avons ici‖ reçus sans défiance,Croyant que vers nous tous‖ ils venaient en amis.Ne les redoutant pas,‖ nous leur avons promisD'être pour eux, toujours,‖ des alliés fidèles.Aujourd'hui les vois-tu,‖ par des ruses nouvelles,Devant nos propres yeux,‖ et sans aucuns motifs,Ardemment travailler‖ à nous faire captifs,Nous, les libres enfants‖ de cette libre terre ?Maintenant leurs projets‖ ne sont plus un mystère…Mais d'ici ces guerriers‖ ne peuvent plus partir.C'est à nous, vaillant chef,‖ de les anéantir.
— « Je crois, répond le chef‖ d'une voix indignée,Que de ces hommes fiers‖ ma race est dédaignée ;Et nous nous vengerons…‖ Dissimulons pourtant.Laissons leur voir encore‖ un visage content.Lorsque l'hiver, partout,‖ amoncelle ses neiges,Nous pouvons aisément‖ les prendre dans leurs pièges,Ils n'en sortiront plus,‖. Et, pour mieux les tenir,Tous les guerriers voisins‖ devront à nous s'unir. »
Le ciel est nébuleux ;‖ déjà l'hiver arrive.Les arbres, dépouillés‖ de leur parure vive,Agitent dans les airs‖ des rameaux longs et nus.Sur les ailes du vent‖ des brouillards sont venus ;Et le gazon flétri,‖ les feuilles desséchéesQue des pâles forêts‖ la bise a détachées,Sous un voile d'argent‖ se sont ensevelis.Les nuages obscurs‖ roulent de noirs replis.Le rivage est bordé‖ d'un long ruban de glace.Nul imprudent oiseau‖ ne vole dans l'espace.Le tonnerre endormi‖ ne se réveille plus,Mais des bruits longs et sourds,‖ des sifflements aigusDans l'air, dans les forêts‖ se font alors entendre,Et sur des bords déserts‖ les flots viennent s'étendre.
Les grands arbres, tordus,‖ craquent lugubrement.Sur ces antiques bois‖ passent en ce momentLes tourbillons épais‖ d'une neige mouvante.Et tout ce qui respire‖ est saisi d'épouvante,Car l'œil ne perce plus‖ ce voile froid, blafard,Dont les replis épais‖ tombent de toute part.
Jusques aux lendemains‖ la neige s'amoncelle.Et quand, après des jours‖ le soleil étincelle,Une couche éclatante‖ a recouvert le sol,Un nuage vermeil‖ dans le ciel prend son vol,Les sapins sont courbés‖ sous les guirlandes blanches,Quelques oiseaux vaillants‖ gazouillent sur les branches,Et l'agile Indien‖ dans la forêt poursuitLe renard affamé‖ qui laisse son réduit.
XVII Un fléau
Enfermés dans leur fort‖ qu'ils ne quittent plus guère,Exposés aux rigueurs‖ de ce climat sévère,Contre lequel, hélas !‖ ils ne sont pas armés,Les marins dans l'ennui‖ paraissent abîmés.Le jour leur parait long,‖ le froid, insupportable.Il leur semble parfois‖ que l'hiver implacableDans une mer de glace‖ enchaîne leurs vaisseaux.Ils regrettent le temps‖ où perdus sur les eaux,Vaillamment ils bravaient‖ et le calme et l'orage,Et déjouaient la mort‖ à force de courage.A regret maintenant‖ ils demeurent oisifs.L'hiver les trouble plus‖ que l'aspect des récifs.Ils appellent l'époque‖ où les vents, les étoiles,Jusques aux ports français‖ pourraient guider leurs voiles ;L'époque où, revenus‖ de ces lointains pays,A la France ils feront‖ de merveilleux récits.
Au pénible chagrin‖ qui déjà les abreuve,Vient se joindre pourtant‖ une terrible épreuve.Comme, du haut des airs,‖ on voit un sombre oiseauS'élancer tout à coup‖ au milieu d'un troupeau,Et broyer à plaisir,‖ dans sa griffe sanglante,La timide brebis‖ dont la fuite est trop lente,Ainsi sur les marins‖ un grand fléau s'abat,Et contre eux, semble-t-il,‖ le ciel même combat.
Déjà des matelots‖ vers leur fiévreuse couche,Sentent venir la mort.‖ Et c'est la mort faroucheDont rien ne peut, hélas !‖ adoucir la rigueur !De ces hommes, tantôt‖ si brillants de vigueur,Qui donc pourrait redire‖ et les maux et les plaintes !Ô mort, dénoue enfin‖ tes ignobles étreintes !France, combien d'entre eux‖ te seront-ils rendus ?Les fruits de leurs labeurs seront-ils donc perdus ?France qu'ils aiment tant,‖ ils meurent pour ta gloire.Ah ! conserve à jamais,‖ et bénis leur mémoire !
Gloire, aux nouveaux martyrs !‖ La neige est leur tombeau…Cartier, pour mettre fin‖ au terrible fléau,Implore le secours‖ de la Vierge Marie.Pieusement il prend‖ son image chérieEt la suspend au tronc‖ d'un pin toujours ombreux.Les marins, pleins de foi,‖ s'en viennent deux à deux,Sur la neige et la glace,‖ en chantant un cantique,S'agenouiller devant‖ la céleste relique.Le ciel dut tressaillir‖ au son des humbles voixQui l'imploraient ainsi‖ du fond de ces grands bois.
Alors aussi l'enfer‖ eut une heure de joie,Et des Esprits maudits,‖ par une sombre voieSortirent tout joyeux.‖ Ils planèrent longtemps,Troublant les airs émus‖ de leurs rires stridents.Ainsi vont les corbeaux,‖ au-dessus des rivages,Où des fléaux impurs‖ promènent leurs ravages.
« Les voilà, disaient-ils,‖ en les montrant du doigt,Les voilà ces héros,‖ ces hommes au cœur droit,Qui se vantaient, hier,‖ de nous ravir ce monde,Et de couvrir nos fronts‖ d'une honte profonde !Où donc est aujourd'hui‖ le Dieu qui les défend ?Honte au ciel ! gloire à nous !‖ L'enfer est triomphant ! »
Ils croyaient du Seigneur‖ détruire ici l'empire,Et l'air retentissait‖ de leurs éclats de rire.Et, pendant qu'ils riaient,‖ dans le ciel profané,Sur la cime du Cap,‖ un ange, prosterné,Versait des pleurs amers,‖ en voilant de son aileLes célestes reflets‖ de sa face immortelle.
L'hiver s'adoucissait.‖ La neige moins souventTourbillonnait dans l'air‖ aux caprices du vent ;Un givre plus léger‖ scintillait sur les branches.S'il venait à pleuvoir,‖ les gouttelettes blanchesSe changeaient, sur les bois,‖ en un cristal vermeil,Que faisaient resplendir‖ les rayons du soleil.
Le grand Chef, animé‖ de sentiments hostiles,Avait, depuis longtemps,‖ vers des tribus docilesDépêché des guerriers.— « Allez, avait-il dit,Pendant que sur nos bords‖ l'âpre hiver engourdit,Comme des ours frileux,‖ tous les Pâles-Visages.Allez donner l'éveil‖ aux nations sauvages.Qu'elles viennent à nous‖ avec flèche et carquois,Nous prendrons l'étranger‖ qui veut prendre nos bois. »
Et munis de leurs arcs,‖ montés sur leurs raquettes,Les traîtres envoyés‖ aux tribus inquiètesAllèrent annoncer,‖ dans les cantons voisinsDu fier Donnacona‖ les perfides desseins.
Cartier près de l'enceinte‖ à pas lents se promène.Il craint que le guerrier‖ n'arrive et le surprenne.Il a vu près de lui‖ plusieurs des siens mourir,Et lui-même, bientôt‖ peut-être, il va périr,Car le ciel, qu'il invoque‖ avec persévérance,Semble voir ses malheurs‖ d'un œil d'indifférence.
Pendant qu'il est en proie‖ à la crainte, à l'ennui,Un vieux chasseur sauvage‖ arrive près de lui :
— « Grand Chef des Blancs, dit-il,‖ non, tu n'es pas un traître ;En ce moment heureux‖ je dois le reconnaître,Tu m'avais pris mes fils ;‖ je les croyais perdus ;Mais en noble guerrier‖ tu me les as rendus.J'ai marché bien longtemps‖ pour te dire ma joie,Car je ne vais pas vite,‖ et sous les ans je ploie…Mais ton visage est triste,‖ et tu parais souffrir…Je sais quel mal vous tue,‖ et je puis le guérir.Vois-tu cet arbre vert ?‖ Va promptement. Recueille,Et fais bouillir ensemble‖ et l'écorce et la feuille,Cela va te donner‖ un breuvage enchanté,Qui vous rendra bientôt‖ la force et la santé.Tu vois que l'Indien,‖ détestant la vengeance,N'a gardé dans son cœur‖ que la reconnaissance. »
Cartier, tout stupéfait,‖ reconnaît Tohrina,Le père des captifs‖ qu'en France il emmena.Il le traite d'abord‖ comme un noble convive,Et chargé de présents‖ le renvoie à sa rive.
« Gloire à Dieu ! Gloire à Dieu !‖ je le crie à genoux.Oh ! qui dira jamais‖ ce qu'il a fait pour nous !Nous étions expirants‖ sur la plage étrangère,Et nul ne secourait‖ notre longue misère !Nos ennemis passaient‖ et riaient de nos maux.Ils tressaillaient de joie‖ en voyant nos tombeaux.Et la mort nous semblait‖ une faveur suprême.Mais Dieu vient au secours‖ du serviteur qui l'aime,Et son ange attentif‖ l'accompagne en tout lieu.Dieu nous a secourus.‖ Gloire à Dieu ! Gloire à Dieu ! »
Ainsi les matelots‖ unissant leurs voix graves,Comme des prisonniers‖ qui brisent leurs entraves,Au Dieu qui du fléau‖ les avait délivrés,Chantaient avec amour‖ ces cantiques sacrés.
XVIII Conspiration
L'hiver disparaissait.‖ La neige était fondue,Et la saison des fleurs,‖ si longtemps attendue,Par d'agrestes concerts‖ annonçait son retour.Les oiseaux revenaient‖ gazouiller leur amourSur les buissons discrets‖ qui les avaient vus naître.Un admirable instinct‖ leur faisait reconnaîtreLe léger nid de foin‖ qui les avait bercés.Les nuages fuyaient,‖ par le vent dispersés ;Le sable en rayon d'or‖ scintillait sur la grève ;Les rameaux fleurissaient‖ ranimés par la sève.
Deux vaisseaux de la France‖ au large sont ancrés.De leurs sonores ponts‖ montent des chants sacrés.Comme le bâtiment‖ blessé par le naufrage,Un troisième, ô douleur !‖ reste sur le rivage !Nul matelot ne vient.‖ Tout est silence à bord.Trop nombreux sont ceux-là‖ qui dorment dans la mort.Ils sont tombés, un jour,‖ comme l'herbe flétrie,Et ne reverront plus‖ le ciel de la patrie.
Sur cette plage étrange,‖ au murmure des flots,Dormez, dormez en paix,‖ glorieux matelots !Vous étiez à la fin‖ de vos labeurs sublimes ;D'un noble dévouement‖ vous êtes les victimes.Dormez, dormez en paix‖ dans votre saint repos !Dans l'immortalité,‖ dormez jeunes héros !
Mille canots d'écorce‖ ont sillonné la rade,Et des guerriers nouveaux‖ parcourent la bourgade.Ils se sont tatoués‖ de diverses couleurs.L'audace est sur leurs fronts,‖ la haine dans leurs cœurs.Ils viennent tous, au nom‖ des tribus éloignées,Lever sur l'homme blanc‖ leurs armes indignées.Ils marchent en chantant‖ de féroces couplets,Que scandent dans leurs yeux‖ d'étincelants reflets.
Cartier voit tout à coup‖ cette foule guerrièreSe lever, se mouvoir‖ comme un flot de poussière.Il comprend qu'on ourdit‖ de funestes complots,Pour le perdre lui-même‖ et tous ses matelots.Un frisson de terreur‖ s'empare de son âme.Ciel ! comment échapper‖ à cette ligue infâme !Les guerriers sont nombreux‖ comme, dès le printemps,Sur les étangs des bois‖ les feuillages flottants.Et, tenter de s'enfuir‖ serait bien téméraire,La marée est montante,‖ et le vent est contraire.Dans ce moment critique,‖ il mande Jalobert.Son cœur à cet ami‖ s'est bien souvent ouvert,Et l'ami n'a jamais,‖ dans sa grande prudence,Laissé flotter au vent‖ l'intime confidence.
— « Guerriers de la tribu,‖ voici venir le soir.La nuit sera discrète‖ et le ciel sera noir.Que vos arcs soient tendus‖ et vos haches tranchantes !Les esprits des aïeux,‖ de leurs plaintes touchantesOnt-ils fait palpiter‖ vos cœurs fiers et jaloux ?Savez-vous la vengeance ?‖ Ô guerriers, savez-vousDans un crâne entr'ouvert‖ boire un sang encor tiède ?Et savez-vous scalper‖ un ennemi qui cède ?Guerriers de la tribu,‖ voici venir le soir…La nuit sera discrète‖ et le ciel sera noir. »
C'était le chant cruel‖ que le guerrier sauvage,A l'approche du soir,‖ hurlait dans le village.Tout à coup d'un navire‖ il s'élève des cris,Et les guerriers des bois‖ regardent tout surpris.Un marin, brandissant‖ une arme formidable,Est monté sur le pont.‖ Dans sa rage implacableContre le commandant‖ il s'est précipité.Cartier, surpris d'abord,‖ recule épouvanté.Le matelot toujours‖ le presse et le menace ;Le héros cependant‖ retrouve son audace,Et s'élance d'un bond‖ sur le traître agresseur.Mais un cri retentit,‖ et soudain, ô douleur !Cartier s'est affaissé‖ sur le pont du navire.Alors tous les marins,‖ comme dans le délire,Parcourent en tous sens‖ le pont du bâtiment.Le meurtrier sur eux‖ s'avance hardiment.Ils veulent le saisir,‖ sa défense est terrible ;Aux coups dont on l'accable‖ il paraît insensible.Mais enfin il faiblit.‖ On le serre de près ;On lui dit de se rendre ;‖ et lui : — Jamais ! jamais !Puis, d'un bond furieux‖ écartant tout le monde,Du haut du bâtiment‖ il s'enfonce dans l'onde…Bientôt il reparaît,‖ nageant avec effort,Pour s'éloigner des siens,‖ puis atteindre le bord.
Sur les bois éloignés‖ l'astre du jour se penche,Et l'oiseau, pour dormir,‖ se perche sur la branche.Les guerriers indiens,‖ au coucher du soleil,Doivent se rendre en foule‖ à l'appel du Conseil…Tout à coup la forêt‖ semble flotter dans l'ombre :On ne voit que guerriers.‖ Leur chef est grand et sombre.Hardiment il s'avance,‖ et vocifère ainsi :
— « Oui, le temps est venu‖ de chasser loin d'iciCes hommes orgueilleux‖ qui se pensent nos maîtres !Ils feignent l'amitié,‖ mais je sais qu'ils sont traîtres,Car moi, Taiguragny,‖ j'ai vécu sous leurs lois.Ils m'ont de leur dédain‖ accablé mille fois,Mais plus qu'eux aujourd'hui‖ je suis puissant et libre.La haine dans mon cœur‖ fait vibrer chaque fibre.Domagaya sait bien‖ qu'ils sont impérieux ;Qu'ils veulent s'emparer‖ du sol de nos aïeux,Et nous faire captifs‖ ici, sur notre rive.Mais, avec des guerriers,‖ pour combattre j'arrive.J'ai soif de la vengeance.‖ Il faut du sang… du sang !Voici le trait, Cartier,‖ qui nivelle le rang.Tu mourras comme nous. »Il brandissait des flèches,Et ses talons durcis‖ broyaient les branches sèches.
— « Tu parles sagement,‖ reprit Donnacona,Areskouï vers moi,‖ sans doute, t'amena.Mes guerriers sont tous prêts,‖ et l'heure est favorable.J'ai vu, sur un navire,‖ une lutte effroyable.Les matelots entre eux‖ paraissaient divisés.Plusieurs d'un long combat‖ sont peut-être épuisés.Ils ne se doutent point‖ de nos trames subtiles ;Ils dorment confiants.‖ Mais nos canots agiles,Pleins de braves guerriers,‖ dans l'ombre de la nuit,A leurs pesants bateaux‖ aborderont sans bruit. »
Puis, il parlait encor,‖ quand soudain, vers la fouleQui s'agite et frémit‖ comme au vent d'est la houle,S'avance un guerrier blanc.‖ Ses vêtements mouillés,D'un sang qui coule encor‖ sont hélas ! tout souillés.Son front est sillonné‖ par une cicatrice,Son regard, humble et doux,‖ paraît sans artifice.Il parle avec lenteur :— « Grand Chef, écoute-moi.Tu sembles étonné‖ de me voir devant toi ;Tu le seras bien plus,‖ si je te dis, sans feinte,Pourquoi je viens ici‖ te troubler de ma plainte.Je ne dois plus revoir‖ mon pays bien-aimé.Hélas ! oui, mon pays‖ m'est à jamais fermé !La mort m'attend chez nous,‖ la mort dans les supplices.Ah ! la terre pour moi‖ n'aura plus de délices !A cet arbre, toi-même,‖ attache-moi sans peur,Et qu'un trait acéré‖ me perce enfin le cœur !Ou bien, si tu voulais‖ avant que je périsse,M'aider à la vengeance !‖… Ah ! le doux sacrificeQue celui de mes jours‖ après m'être vengé ! »
Ici, sa molle voix‖ avait soudain changé,Et son œil animé‖ semblait rongé par l'ire.
— « J'ai vu, répond le Chef,‖ j'ai vu sur un navire,Un étrange combat‖ s'élever vers le soir,Dis-moi ce que c’était. »— « Oui, vous avez pu voirReprit le matelot‖ d'une voix radoucie,Que l'un des combattants‖ s'est affaissé sans vie.Cet homme, c'est Cartier.‖ Nous détestions sa loi,Celui qui l'a frappé,‖ je m'en vante, c'est moi.Et je n'ai point par là‖ commis une injustice.Le cœur de ce marin‖ était plein d'avarice.Malgré nous vers la France‖ il voulait ramenerUn vaisseau qu'en partant‖ nous devions vous donner,Comment en guider trois‖ vers nos lointains rivages,A peine nous formons,‖ hélas ! deux équipages ?
« Un terrible fléau‖ s'est abattu sur nous,Et les plus vigoureux‖ sont tombés sous ses coups.Quand nous étions, grand Chef,‖ nombreux, pleins de courage.
Nous n'avons qu'avec peine‖ évité le naufrage,Comment donc maintenant‖ pourrions-nous l'éviter ?Et Cartier me choisit,‖ riant, sans hésiter,Pour conduire un vaisseau‖ sans marins. C'est ma perte.J'exprimai mon refus.‖ Ma résistance ouverteFut de tous mes amis‖ approuvée un moment.Mais j'étais menacé‖ du dernier châtiment,Et je savais la mort‖ qui m'était réservée,Si je ne fuyais pas‖ avant notre arrivée. :
« Alors, sur les conseils‖ de mes traîtres amis,Vous savez le forfait‖ que tantôt j'ai commis.Je suis entre vos mains ;‖ je suis votre victime,Faites-moi donc périr‖ si j'ai commis un crime.Mais si devant vous tous‖ je parais innocent,Vengez-moi, car contre eux,‖ moi, je suis impuissant.Demain, pour s'échapper,‖ ils déploieront les voiles.Ô guerriers, suivez-moi !‖ La nuit n'a pas d'étoiles,…Prenez vos tomahawks,‖ prenez vos javelots ;Frappez-les sans merci,‖ ces cruels matelots !Qu'ils meurent avec moi‖ sur cette même rive,Puisqu'ils ne veulent pas‖ qu'avec eux moi je vive ! »
Le fugitif, alors,‖ reste silencieux.Tous les guerriers sur lui‖ veulent fixer leurs yeux :Ils ont peur, semble-t-il,‖ de se laisser surprendre,Mais lui, ferme et serein,‖ feint de ne pas comprendreCe noir pressentiment‖ qui trouble leurs esprits.Quelques-uns toutefois‖ font entendre des cris :Ils veulent qu'aussitôt‖ on descende au rivage ;D'autres ne veulent pas‖ que la lutte s'engageAvant que du matin‖ s'élèvent les brouillards.Ils craignent quelque piège.‖ Enfin, plusieurs vieillardsDemandent que d'abord‖ le premier coup de hacheSoit pour ce guerrier blanc‖ qui peut-être leur cacheQu'il est venu tromper‖ les naïfs Indiens,Pour les enchaîner mieux‖ de ses traîtres liens.Alors de tous côtés‖ des clameurs retentissent.Dans les carquois de peau‖ les javelots frémissent.Le généreux marin‖ se croit enfin perdu,Mais il ne mourra pas‖ sans s'être défendu.Il est bien mieux armé‖ que cette race impie,Et veut lui vendre cher‖ sa glorieuse vie.
Une voix cependant‖ domine les clameurs,C’est la voix du grand Chef :— « Guerriers aux nobles cœurs,Je ne crois pas, dit-il,‖ que ce Blanc soit un traître :Nous l'avons vu lutter‖ contre son cruel maître ;Et nous l'avons aussi‖ vu nager vers le bord,Pour fuir, comme il l'a dit,‖ une sanglante mort.Mais il n'est pas besoin,‖ ô guerriers, ce me semble,Que sur ces bâtiments‖ nous montions tous ensemble.Le bruit que nous ferions‖ pourrait donner l'éveil.Il vaut mieux les surprendre‖ au milieu du sommeil.Qu'avec lui seulement‖ s'avancent quelques braves ;Si, retenus captifs,‖ on les charge d'entraves ;Si nous sommes trahis‖ par l'infâme étranger,Ô guerriers, soyons prêts,‖ demain, à nous venger ! »
Il dit, et les guerriers,‖ sortant de leur silence,Approuvent son discours‖ par un murmure immense.Cependant un grand calme‖ entoure les vaisseaux.La nuit est noire. Au loin,‖ de nocturnes oiseauxFont retentir les bois‖ de leurs plaintes funèbres.Un rapide canot‖ glisse dans les ténèbres.Les avirons légers‖ dans l'eau plongent sans bruit.Un chef des Indiens‖ vaillamment le conduit.En silence, bientôt,‖ il accoste un navire.Cinq sauvages guerriers‖ dont le cœur ne respireQue le meurtre secret,‖ le carnage, le sang,Montent sur le vaisseau,‖ précédés par un Blanc.
— « Ici, dit ce dernier.‖ Ils dorment dans leur cache. »Et, tenant à la main‖ la meurtrière hache,Les cinq guerriers, muets,‖ avancent, un par un.Du clapotis des eaux‖ le murmure importunFait passer par moment‖ un frisson dans leur âme.Sur le pont tout se tait.‖ Leur regard plein de flammeCherche en l'obscurité‖ les marins endormis.
— « Ici, reprend le guide,‖ ici, guerriers amis. »Puis, ouvrant une porte‖ au fond de la cabineQu'une clarté douteuse,‖ en tremblant, illumine,Avec précaution‖ il les fait avancer.Les Indiens, alors,‖ se prennent à penserQu'ils ont tardé déjà‖ de consommer leurs crimes.Ils demandent, grinçant,‖ où dorment les victimes.
— « Les voici, dit sans peur‖ le guide, à basse voix. »Cinq tomahawks sur lui‖ se lèvent à la fois :— « Prends garde !… Serais-tu‖ le plus fourbe des guides ? »
Mais voilà que s'élance‖ un groupe d'intrépides.Cartier vient le premier.‖ Le sauvage indomptéN'invoquera jamais‖ des vainqueurs la bonté.Ils n'osent se défendre.‖ Alors on les enchaîne,Puis, au fond du navire,‖ en silence, on les traîne.
Cartier contre son cœur‖ tient l'ami Jalobert.— « Tu nous sauves, dit-il,‖ tu nous mets à couvertDe la méchanceté‖ de ces guerriers sauvages.Puissent-ils donc comprendre,‖ en voyant nos rivages,Comme l'homme grandit‖ en s'approchant de Dieu !Qu'ils reviennent meilleurs,‖ c'est mon sincère vœu.Ils étaient tous, hélas !‖ de notre sang avides.En les traitant ainsi‖ serions-nous donc perfides ?…Préparons les agrès ;‖ hissons les pavillons.Aussitôt que du jour‖ les matineux rayonsDescendront sur les flots‖ que la brise balance,Nous voguerons enfin‖ vers notre belle France. »
XIX Le retour
Pendant toute la nuit‖ les guerriers, inquiets,Auprès de leurs grands feux,‖ sous les sombres forêts,Déplorèrent des chefs‖ l'absence prolongée.Leur âme dans l'angoisse‖ était encor plongéeQuand le soleil monta‖ radieux au levant,Et que d'étranges bruits‖ passèrent dans le vent.
Ils courent au rivage‖ en hurlant de colère.Deux navires berçaient‖ leur mâture légèreSous le fouet de la brise,‖ au long roulis des flots.Aux agrès s'empressaient‖ de nombreux matelots.D'autres chantaient ensemble‖ en roulant les amarres.Une morne stupeur‖ s'empare des barbares.Ils demeurent muets.‖ Mais, après un moment,Mille horribles clameurs‖ montent au firmament.La brise est favorable.‖ Il n'est plus rien à craindre.Les javelots aigus‖ ne sauraient vous atteindre,Partez, ô découvreurs,‖ rois nouveaux de ces bords !De chaque bâtiment‖ s'élèvent des accordsQui montent vers le ciel‖ avec les doux arômesQue les bois verdissants‖ exhalent de leurs dômes.
La brise est favorable.‖ Allez, vaisseaux bénis !Du funèbre océan‖ que les flots soient unis !Ne craignez plus l'orage :‖ Ouvrez vos blanches voiles.Un soleil éclatant,‖ de brillantes étoiles,Pour vous rayonneront‖ sur la vague des mers.Allez ! Ne craignez plus‖ la rage des enfers :Leur triomphe est fini,‖ leur puissance, enchaînée.Déroulez vos drapeaux,‖ la lutte est terminée.Qu'un vent doux et constant‖ vous reconduise au port !La France est dans l'émoi.‖ Ses fils, dans leur transport,Descendant sur la rive‖ où la vague se brise,Vous demandent au ciel,‖ à la mer, à la brise.La France vous attend.‖ Navires, dites-luiQu'à ses lois tout un monde‖ est soumis aujourd'hui.
Et les deux bâtiments‖ partent avec vitesse.Il s'élève des ponts‖ un long cri d'allégresse.Mais les cinq prisonniers,‖ des larmes dans les yeux,Jettent à leurs forêts‖ de douloureux adieux.Les guerriers, de leurs bois‖ troués de larges brèches,Lancent vers les vaisseaux‖ des clameurs et des flèches,Puis l'on entend alors‖ s'éveiller, peu à peu,Des voix qui descendaient,‖ semblait-il, du ciel bleu.
« De l'aurore au couchant,‖ disaient les chants des anges,Le saint nom du Seigneur‖ est digne de louanges.Dieu parle et l'univers,‖ sur son axe brûlant,Frémit d'un saint transport,‖ et l'adore en tremblant.Lui seul est éternel,‖ Son bras soutient la terre.Il pourrait la briser‖ comme un jouet de verre.Le vagabond nuage‖ obéit à sa voix ;Le tonnerre et le vent‖ reconnaissent ses lois.Il paraît, et l'éclat‖ de son auguste faceFait pâlir les soleils‖ qui roulent dans l'espace.Que tout genou fléchisse‖ à son nom glorieux !Que la terre le prie‖ et qu'on le chante aux cieux ! »
Versification
- Forme
- Distiques
- Rimes
- 1354((aa))
- Mètre
- Alexandrins surtout (2718 de 12, 2 de 11, 1 de 13, 1 de 14)· profil 5=6, 6−6, 13i, 14i
- Mots à la rime
- a courrière / lumière féminine, classiqueb éternité / l'humanité masculine, classiquea matinale / s'exhale féminine, classiqueb inassouvis / ravis masculine, classiquea anges / louanges féminine, classiqueb entr'ouverts / l'univers masculine, classiquea juste / auguste féminine, classiqueb voix / lois masculine, classiquec face / s'efface féminine, classiqued glorieux / cieux masculine, classiquea Portiques / cantiques féminine, classiqueb jour / d'amour masculine, classiquec émane / fane féminine, classiqued rubis / tapis masculine, classiquee fatiguées / prodiguées féminine, classiquef d'où / cou masculine, classiqueg vénérable / d'érable féminine, classiquea mélodieux / silencieux masculine, classiqueb passage / visage féminine, classiquec l'immortalité / agité masculine, classiquea Père / terre féminine, classiqueb Tout-Puissant / sang masculine, non classiquec funèbres / ténèbres féminine, classiquea cœur / vainqueur masculine, classiqueb mondes / immondes féminine, classiquec ennemis / vomis masculine, classiqued pleines / plaines féminine, classiquee cours / toujours masculine, classiquea ministère / terre féminine, classiqueb mission / l'affliction masculine, classiquec terne / prosterne féminine, classiqued genoux / doux masculine, classiqueb d'hommage / plage féminine, classiquec longtemps / contents masculine, classiqued rivages / sauvages féminine, classiquee enfers / fers masculine, classiquef France / l'espérance féminine, classiqueg amers / mers masculine, classiqueh crainte / sainte féminine, classiquei songeur / voyageur masculine, classiquej héritage / partage féminine, classiquek souviens / viens masculine, classiquea souffrance / assurance féminine, classiqueb apporté / clarté masculine, classiquec âme / trame féminine, classiqued jaloux / vous masculine, classiquea belles / infidèles féminine, classiqueb Cartier / roi-chevalier masculine, classiquec catholique / l'Amérique féminine, classiqued bois / voix masculine, classiquea Père / qu'altère féminine, classiqueb timidité / argenté masculine, classiquec pierres / paupières féminine, classiqued secret / décret masculine, classiquea dômes / arômes féminine, classiqueb anxiété / volonté masculine, classiquec nouvelle / éternelle féminine, classiquee Père / espère féminine, classiquef cœur / bonheur masculine, classiqueg gloire / victoire féminine, classiqueh exilé / peuplé masculine, classiquei esclavage / servage féminine, classiquej obscur / pur masculine, classiqueb divin / marin masculine, classiquea sagesse / tendresse féminine, classiqueb d'airain / soudain masculine, classiqueb brûlant / tremblant masculine, classiquec terre / verre féminine, classiquef glorieux / deux masculine, classiquea murmures / ramures féminine, classiqueb reflet / ourlet masculine, classiquec s'élance / balance féminine, classiqued Cartier / entier masculine, classiquee sainte / plainte féminine, classiquea cuivré / ouvré masculine, classiqueb bizarres / rares féminine, classiquec éclatant / flottant masculine, classiqued légère / étrangère féminine, classiquea flots / sanglots masculine, classiqueb frêne / arène féminine, classiquec empoisonné / étonné masculine, classiqued taire / solitaire féminine, classiquea voix / croix masculine, classiquec fureur / terreur masculine, classiqued plage / otage féminine, classiquea yeux / cieux masculine, classiqueb l'aurore / sonore féminine, classiquec traits / attraits masculine, classiqued lève / grève féminine, classiquee d'oiseau / vaisseau masculine, classiquef tendresse / détresse féminine, classiqueb rendus / défendus masculine, classiquec Visages-Pâles / râles féminine, classiqued l'étranger / léger masculine, classiquee lunes / infortunes féminine, classiquef perdus / détendus masculine, classiquea dictame / âme féminine, classiqueb amers / enfers masculine, classiquec figure / stature féminine, classiqued tribu / bu masculine, classiquee fontaine / lointaine féminine, classiquea regrets / forêts masculine, classiqueb sèche / flèche féminine, classiquec fils / défis masculine, classiqued branches / blanches féminine, classiquee nids / réunis masculine, classiquea rêves / grèves féminine, classiqueb eaux / oiseaux masculine, classiquec atteindre / craindre féminine, classiquea blancs / tremblants masculine, classiqueb sache / hache féminine, classiquec nous / Manitous masculine, classiqued antiques / cabalistiques féminine, classiquee épais / paix masculine, classiquea génie / harmonie féminine, classiqueb duplicité / rapidité masculine, classiquec rivage / rage féminine, classiqued mépris / rabougris masculine, classiquee érable / lamentable féminine, classiquef l'éclair / l'air masculine, classiquea cabane / platane féminine, classiqueb soucis / assis masculine, classiquea feuillage / village féminine, classiqueb conseil / éveil masculine, classiquea d'écorce / force féminine, classiqueb docilité / fidélité masculine, classiquec probable / délectable féminine, classiqued gracieux / silencieux masculine, classiquee Chef / parole / s'envole féminine, classiquef douleur / jongleur masculine, classiqueg visage / usage féminine, classiqueh alors / bords masculine, classiqueb craindre / plaindre féminine, classiquec rusés / brisés masculine, classiqued guerre / tonnerre féminine, classiquee malfaisants / présents masculine, classiquea langage / gage féminine, classiqueb bois / fois masculine, classiquec terre / colère féminine, classiquea ici / souci masculine, classiqueb songe / mensonge féminine, classiquec terrier / guerrier masculine, classiquea pièges / neiges féminine, classiqueb flocons / bons masculine, classiquea dit / silence / éloquence féminine, classiqueb conseil / pareil masculine, classiquec cascade / bourgade féminine, classiqued avis / suivis masculine, classiquee inconnue / dit / venue féminine, classiqueb jours / amours masculine, classiquea effarée / acérée féminine, classiqueb soudainement / diamant masculine, classiquec frêne / d'ébène féminine, classiqued pudeur / rondeur masculine, classiquee mélancolique / métallique féminine, classiquea Naïa / Domagaya masculine, classiquea Chef / elle / fidèle féminine, classiqueb enfant / défend masculine, classiquec blanche / penche féminine, classiqued matin / lointain masculine, classiquee feuillage / visage féminine, classiquef froids / croix masculine, classiquea Indienne / chrétienne féminine, classiqueb Grand-Esprit / chérit masculine, classiquec arrive / rive féminine, classiqued prier / guerrier masculine, classiquea braves / entraves féminine, classiqueb forêts / secrets masculine, classiqued venir / punir masculine, classiquee bouche / farouche féminine, classiquef soir / revoir masculine, classiquea franchise / surprise féminine, classiqueb toujours / discours masculine, classiquec d'espérances / peuple / vengeances féminine, classiqueb droits / croix masculine, classiqueb infernal / mal masculine, classiquec embrase / rase féminine, classiqued semés / allumés masculine, classiquee sombre / nombre féminine, classiquef l'infini / béni masculine, classiqueg lui-même / suprême féminine, classiquea l'obscurité / clarté masculine, classiqueb ténèbres / célèbres féminine, classiquea Bethléem / Jérusalem masculine, classiqueb larmes / charmes féminine, classiquea sol / vol masculine, classiqueb Pierre / lumière féminine, classiquec beauté / cité masculine, classiquea intrépide / limpide féminine, classiqueb sanglots / matelots masculine, classiquec ardentes / mordantes féminine, classiqued main / chemin masculine, classiquee l'arrivée / rêvée féminine, classiquef voyageur / rougeur masculine, classiqueg gondole / auréole féminine, classiqueh couchant / touchant masculine, classiquea Marie / prie féminine, classiqueb vaisseau / nouveau masculine, classiquec prière / lumière féminine, classiqued enflammé / abîmé masculine, classiquea diaphane / plane féminine, classiquec entière / batelière féminine, classiqued auprès / agrès masculine, classiquee cordages / équipages féminine, classiquea pont / front masculine, classiqueb descendre / l'entendre féminine, classiquea recueillement / firmament masculine, classiqueb coquettes / silhouettes féminine, classiquec repos / propos masculine, classiqued cornemuse / muse féminine, classiquee gaillard / brouillard masculine, classiqueb vaigrage / langage féminine, classiqued intrépide / rapide féminine, classiquee cieux / yeux masculine, classiquef cuivre / poursuivre féminine, classiqueg toujours / amours masculine, classiquea l'ange / d'étrange féminine, classiqueb soutenu / l'inconnu masculine, classiquec âme / flamme féminine, classiqued esprits / surpris masculine, classiquee mirage / sauvage féminine, classiquef obscurs / impurs masculine, classiqueg prière / paupière féminine, classiquea bateau / marteau masculine, classiqueb sublime / intime féminine, classiquec nouveaux / eaux masculine, classiquea délire / navire féminine, classiqueb ténébreux / généreux masculine, classiquec rade / camarade féminine, classiqued tourment / empressement masculine, classiquee expansive / persuasive féminine, classiquef émouvoir / espoir masculine, classiquea chevaleresque / gigantesque féminine, classiquea mois / fois masculine, classiqueb lointaines / domaines féminine, classiquec rois / lois masculine, classiqued cœur / Princes / provinces féminine, classiquee part / l'écart masculine, classiquef ondes / mondes féminine, classiquea palais / valets masculine, classiqueb étrange / ange féminine, classiquec airs / mers masculine, classiqued fière / lumière féminine, classiquee d'amour / jour masculine, classiquef céleste / geste féminine, classiqueg lointain / souverain masculine, classiqueb l'ombre / sombre féminine, classiquec temps / hésitants masculine, classiqued vie / asservie féminine, classiquee rejetons / boutons masculine, classiquef fane / profane féminine, classiqueg bords / trésors masculine, classiqueh clémence / semence féminine, classiquea voix / bois masculine, classiqueb vermeille / l'oreille féminine, classiquec s'éveillant / brillant masculine, classiquea d'opale / capitale féminine, classiqueb marin / souverain masculine, classiquea inonde / monde féminine, classiqueb couleurs / ardeurs masculine, classiquec lumière / entière féminine, classiqued Dieu / lieu masculine, classiquea sortie / ralentie féminine, classiqueb mers / fers masculine, classiquec ténèbres / funèbres féminine, classiqued oiseau / flambeau masculine, classiquef bois / toits masculine, classiqueg clémence / intelligence féminine, classiquea cupide / rapide féminine, classiqueb étonné / ordonné masculine, classiquec incomplète / conquête féminine, classiqued roi / foi masculine, classiquee navire / empire féminine, classiquef Seigneur / cœur masculine, classiquea inspirée / dorée féminine, classiqueb français / succès masculine, classiquec espérance / France féminine, classiqued tendrement / serment masculine, classiqueb pré / pourpré masculine, classiquec topaze / rase féminine, classiqued flots / matelots masculine, classiquee répètent / reflètent féminine, classiquef africain / matin masculine, classiqueg retombe / tombe féminine, classiqueh galet / boulet masculine, classiquei brume / consume féminine, classiquej l'espoir / soir masculine, classiquea monde / l'onde féminine, classiqueb essaim / sein masculine, classiquec d'opale / cavale féminine, classiqued nouveau / drapeau masculine, classiquee navire / vire féminine, classiquef l'Émerillon / pavillon masculine, classiqueg capitaines / lointaines féminine, classiqueb s'empresse / messe féminine, classiquec matelots / canots masculine, classiqued l'illumine / dessine féminine, classiquee vain / divin masculine, classiquea s'avance / silence féminine, classiqueb ornements / vêtements masculine, classiquec sanctuaire / sincère féminine, classiqued drapeaux / flambeaux masculine, classiquee sacrifice / propice féminine, classiquef loi / foi masculine, classiqueg terre / mystère féminine, classiquei sublime / Victime féminine, classiquej genoux / vous masculine, classiquek source / course féminine, classiquel dangers / étrangers masculine, classiquea environne / rayonne féminine, classiqueb d'hiver / mer masculine, classiquec navires / sourires féminine, classiqueb voiles / étoiles féminine, classiquec moment / écumant masculine, classiquea rivage / courage féminine, classiquec conduise / luise féminine, classiqued l'écueil / cercueil masculine, classiquea vagues féminine, classiqueb couchant / champ masculine, non classiquec ailes / fidèles féminine, classiqued vaisseaux / eaux masculine, classiquea bouillonne / aiguillonne féminine, classiqueb muets / regrets masculine, classiquec grève / rêve féminine, classiqued sommets / reflets masculine, classiquee nuance / France féminine, classiquef cordon / l'horizon masculine, classiquea vitesse / jeunesse féminine, classiqueb inconnus / soutenus masculine, classiquec tranquille / asile féminine, classiqued mensonger / léger masculine, classiquee soie / joie féminine, classiquef pleurs / couleurs masculine, classiqueg étrécie / vie féminine, classiqueh prompt / front masculine, classiquei crime / abîme féminine, classiquea luit / nuit masculine, classiqueb épouvante / vivante féminine, classiquec jamais / paix masculine, classiqued d'audace / grâce féminine, classiquee offensé / insensé masculine, classiquef vaine / haine féminine, classiqueg lieu / Dieu masculine, classiquea s'arrête / tête féminine, classiqueb impuissant / frémissant masculine, classiquec enfumée / accoutumée féminine, classiqued Lucifer / enfer masculine, classiqueb monde / l'inonde féminine, classiquec malheurs / douleurs masculine, classiquee nous / genoux masculine, classiquef ingratitude / sollicitude féminine, classiqueg destinés / confinés masculine, classiquea vengeance / puissance féminine, classiqueb ciel / autel masculine, classiquea guerre / guère féminine, classiqueb géants / océans masculine, classiquec sauvages / hommages féminine, classiquea Lucifer / mer masculine, classiqueb culte / insulte féminine, classiqued fertile / inutile féminine, classiquee d'obéir / haïr masculine, classiquea ministre / sinistre féminine, classiqueb recueillir / tressaillir masculine, classiquea maudite / médite féminine, classiqueb d'ici / aussi masculine, classiquec belles / rebelles féminine, classiqued efforts / forts masculine, classiquea repente / pente féminine, classiqueb mortels / autels masculine, classiquec protège / piège féminine, classiqued foi / loi masculine, classiquee téméraires / terres féminine, classiquea eaux / vaisseaux masculine, classiqueb favorable / formidable féminine, classiquec limon / démon masculine, classiqued ondes / furibondes féminine, classiquee vent / vivant masculine, classiquea docile / habile féminine, classiqueb mal / infernal masculine, classiquec obscure / murmure féminine, classiqued éternels / solennels masculine, classiquee Maître / peut-être féminine, classiquea première / lumière féminine, classiqueb Créateur / splendeur masculine, classiquec nouvelle / aile féminine, classiquee profondes / ondes féminine, classiquef rocher / cacher masculine, classiqueg demeure / heure féminine, classiqueh ennui / lui masculine, classiquea limace / masse féminine, classiqueb main / sein masculine, classiquec chevelure / ramure féminine, classiqued enfers / pervers masculine, classiquea puissance / présence féminine, classiqueb ciel / immortel masculine, classiquec lutte / butte féminine, classiqued adorateur / persécuteur masculine, classiquea barbares / ignares féminine, classiquec capable / implacable féminine, classiquea mer / l'enfer masculine, classiquea voiles / toiles féminine, classiqueb cieux / radieux masculine, classiquec balancées / fiancées féminine, classiqued époux / doux masculine, classiquea lointaines / antennes féminine, classiqueb familiers / voiliers masculine, classiquec limpides / humides féminine, classiqueb obsède / intercède féminine, classiquec Paradis / pays masculine, classiquea peindre / atteindre féminine, classiqueb gaillard / regard masculine, classiquec promise / grise féminine, classiqued mers / amers masculine, classiquee penche / blanche féminine, classiquef surpris / esprits masculine, classiquea l'atmosphère / légère féminine, classiqueb essor / d'or masculine, classiquec d'écume / brume féminine, classiqued étincelant / sanglant masculine, classiquea forme / énorme féminine, classiqueb clair / l'air masculine, classiquec présage / visage féminine, classiqued soin / loin masculine, classiquee folâtre / verdâtre féminine, classiquef fureur / d'horreur masculine, classiqueg ombres / sombres féminine, classiqueh cœur / malheur masculine, classiquea tranquille / inutile féminine, classiqueb danger / protéger masculine, classiquec engage / courage féminine, classiqued sérénité / tranquillité masculine, classiquea nue / aiguë féminine, classiqueb fouettés / irrités masculine, classiquec flammes / lames féminine, classiqued béant / néant masculine, classiquea s'épaississent / gémissent féminine, classiqueb écumants / mugissements masculine, classiqued confondus / perdus masculine, classiquee tempête / tête féminine, classiquef marin / serein masculine, classiquea aile / nouvelle féminine, classiqueb bâtiment / élément masculine, classiquec foudre / poudre féminine, classiqued agité / culbuté masculine, classiquee cesse / forteresse féminine, classiquea jour / retour masculine, classiqueb franges / étranges féminine, classiquec amer / mer masculine, classiquea lumière / paupière féminine, classiqueb sérénité / beauté masculine, classiquec rage / nuage féminine, classiqued sillons / rayons masculine, classiquee carènes / sereines féminine, classiquef doux / courroux masculine, classiquea stridente / pendante féminine, classiqueb gazon / l'horizon masculine, classiquec déchirées / azurées féminine, classiqued agneaux / arbrisseaux masculine, classiquea courage / l'orage féminine, classiqueb diligent / d'argent masculine, classiquea navire / ire féminine, classiqueb confondu / descendu masculine, classiqued soufflet / reflet masculine, classiquee troupe / poupe féminine, classiquef Canada / guida masculine, classiquea Hermine / qu'illumine féminine, classiquec inconnue / nue féminine, classiqued soir / l'espoir masculine, classiquea ondes / profondes féminine, classiqueb inconnu / revenu masculine, classiquec athlète / incomplète féminine, classiqued victorieux / précieux masculine, classiquea hune / infortune féminine, classiqueb travaux / nouveaux masculine, classiquec audace / surface féminine, classiqued noir / désespoir masculine, classiquee déserte / ouverte féminine, classiquef malheur / douleur masculine, classiqueg dolentes / lentes féminine, classiquea ans / vents masculine, classiqueb pudique / mélancolique féminine, classiquec bruit / luit masculine, classiquea voile / l'étoile féminine, classiqueb marins / chagrins masculine, classiquec espérance / souffrance féminine, classiqued profonds / joncs masculine, classiquee sauvage / feuillage féminine, classiquef reconnaissant / tout-puissant masculine, classiquea encore / aurore féminine, classiqueb doux / époux masculine, classiquec flamme / lame féminine, classiqued oiseaux / eaux masculine, classiquee navire / rire féminine, classiquef d'avant / souvent masculine, classiqueg azurée / désirée féminine, classiqueh bâtiment / rapidement masculine, classiquei lumière / poussière féminine, classiquej écuyer / coursier masculine, classiqueb innocent / s'élargissant masculine, classiquec mirage / l'équipage féminine, classiqued deux / joyeux masculine, classiquee Terre / austère féminine, classiquef sainteté / bonté masculine, classiqueg d'allégresse / tristesse féminine, classiqueh clameurs / rumeurs masculine, classiquea palme / calme féminine, classiqueb arrondi / reverdi masculine, classiquec image / plumage féminine, classiqued touffus / confus masculine, classiquee hôtes / côtes féminine, classiquef transports / bords masculine, classiqueg l'inquiétude / solitude féminine, classiqueh mourir / courir masculine, classiquei séculaires / solitaires féminine, classiquej épineux / résineux masculine, classiquek feuillages / cordages féminine, classiquea léger / étranger masculine, classiqueb cellule / crépuscule féminine, classiqued âme / proclame féminine, classiquef dispersèrent / prièrent féminine, classiquea cuivrés / enivrés masculine, classiqueb déserte / inerte féminine, classiquec gaîté / liberté masculine, classiqued s'entr'ouvre / recouvre féminine, classiqueb odorant / murmurant masculine, classiquec sauvages / rivages féminine, classiquea eaux / coteaux masculine, classiqueb fertile / île féminine, classiquec palpitants / habitants masculine, classiqued sereines / lointaines féminine, classiquee taillis / nids masculine, classiquef stridentes / ardentes féminine, classiqueg eux / ombreux masculine, classiquec surpris / cris masculine, classiqued mousse / douce féminine, classiquea sapin / enfin masculine, classiqueb insensible / flexible féminine, classiquec vigilant / sifflant masculine, classiqued cime / victime féminine, classiquea penser / d'avancer masculine, classiqueb rencontre / montre féminine, classiquec Blancs / tremblants masculine, classiqued levée / rêvée féminine, classiquee Domagaya / Naïa masculine, classiquea parole / vole féminine, classiqueb percé / adossé masculine, classiquec tendresse / s'affaisse féminine, classiqued jeté / anxiété masculine, classiquee refroidie / mélodie féminine, classiquef chasseur / douceur masculine, classiquea feuillage / âge féminine, classiqueb délicieux / soucieux masculine, classiquec courage / quelqu'outrage féminine, classiqued tort / mort masculine, classiquea amie / vie féminine, classiqueb généreux / eux masculine, classiquec île / fertile féminine, classiqued ici / aussi masculine, classiquea insensée / pensée féminine, classiqueb sang / l'étang masculine, classiquec misères / fougères féminine, classiqueb élevé / retrouvé masculine, classiquec plage / rage féminine, classiqued attristé / cruauté masculine, classiquee tendresse / d'adresse féminine, classiquef croix / crois masculine, classiqueg délibère / Mère féminine, classiqueh parlé / désolé masculine, classiquei peines / plaines féminine, classiquea farouche / bouche féminine, classiqueb forêts / projets masculine, classiquec ridicules / crédules féminine, classiqued témérité / fermeté masculine, classiquee justice / supplice féminine, classiquea poteau / coteau masculine, classiquec moqueur / cœur masculine, classiqued terrible / paisible féminine, classiquee peur / jongleur masculine, classiquef enflammée / fumée féminine, classiqueg tourbillons / aiguillons masculine, classiquea flamme / femme féminine, classiqueb croix / doigts masculine, classiquec l'oreille / veille féminine, classiqued javelots / flots masculine, classiquee force / d'écorce féminine, classiquef hasardeux / deux masculine, classiquea fugitive / attentive féminine, classiqueb pères / vipères féminine, classiquec maux / infernaux masculine, classiqued heure / pleure féminine, classiquee foi / toi masculine, classiquef amie / endormie féminine, classiquea vermeil / soleil masculine, classiqueb souffrance / l'espérance féminine, classiquee encor / essor mixte, classiquef divine / Hermine féminine, mixtea lenteur / cœur masculine, classiqueb magnificence / reconnaissance féminine, classiquec Seigneur / vapeur masculine, classiquea inquiétude / solitude féminine, classiqueb revenu / inconnu masculine, classiquec renaître / reparaître féminine, classiquea esprits / rabougris masculine, classiqueb fantômes / chaumes féminine, classiqued imitative / plaintive féminine, classiquea promptement / d'étonnement masculine, classiquec soudain / daim masculine, classiqued première / bruyère féminine, classiquee certain / main masculine, classiquef arbre / marbre féminine, classiquea déserts / divers masculine, classiqueb poindre / rejoindre féminine, classiquec d'entasser / délasser masculine, classiquea pierre / lumière féminine, classiqueb rameaux / anneaux masculine, classiquec limpide / rapide féminine, classiqued matelots / propos masculine, classiquee aiguës / nues féminine, classiquef forêts / reflets masculine, classiqueg amère / éphémère féminine, classiqueh cœur / douleur masculine, classiquea éteinte / teinte féminine, classiquec sourire / navire féminine, classiqued regard / retard masculine, classiquef bruits / nuits masculine, classiquea pirogue / vogue féminine, classiqueb vaisseau / l'eau masculine, classiquec guide / perfide féminine, classiqued succès / près masculine, classiquee mystère / frère féminine, classiquef canot / aussitôt masculine, classiqueg reproche / s'approche féminine, classiquea l'Indien / bien masculine, classiqueb repaires / pères féminine, classiquec donné / Stadaconé masculine, classiqued navire / dire féminine, classiquee emmener / condamner masculine, classiquef crime / victime féminine, classiqueg bûcher / cacher masculine, classiqueh solitaire / misère féminine, classiquei nous / doux masculine, classiquea langage / sauvage féminine, classiqueb habilité / vérité masculine, classiquec fuite / conduite féminine, classiqued discours / secours masculine, classiquee l'injustice / glisse féminine, classiquef attend / chantant masculine, classiquea brise féminine, classiqueb mer / amer masculine, classiquec balance / s'élance féminine, classiqued yeux / radieux masculine, classiquee frappe / nappe féminine, classiquef s'ébattant / éclatant masculine, classiquea voile / étoile féminine, classiqueb sereins / marins masculine, classiquec aperçue / nue féminine, classiqued échos / matelots masculine, classiquee joie / ondoie féminine, classiquea rapides / intrépides féminine, classiqueb mutilés / allés masculine, classiquec rivage / l'orage féminine, classiquea réjouissance / reconnaissance féminine, classiquec d'allégresse / s'empresse féminine, classiqued vous / doux masculine, classiquea asile / île féminine, classiqueb compagnons / noms masculine, classiquec problème / suprême féminine, classiqued matelots / héros masculine, classiquea arômes / dômes féminine, classiqueb harmonieux / cieux masculine, classiquec ombrages / rivages féminine, classiqued légers / dangers masculine, classiquee nouvelle / appelle féminine, classiquef sommeillez / appareillez masculine, classiquea s'arrondissent / bondissent féminine, classiqueb verdoyants / ondoyants masculine, classiquec faucille / flottille féminine, classiqued sentier / Cartier masculine, classiquee équipage / rivage féminine, classiquef beau / joyau masculine, classiquea nuages / orages féminine, classiqueb écueil / l'orgueil masculine, classiquec naufrage / l'ouvrage féminine, classiqued bord / port masculine, classiquee favorable / sable féminine, classiquef bâtiments / écumants masculine, classiquea Indienne / antenne féminine, classiquec ombreuses / nombreuses féminine, classiqued jour / tour masculine, classiquee heureuse / plantureuse féminine, classiquef cingler / meugler masculine, classiqueh Cartier / altier masculine, classiqueb sauve / chauve féminine, classiquec piliers / voiliers masculine, classiqued étrange / frange féminine, classiquee flancs / blancs masculine, classiquef ruine / divine féminine, classiquea détruit / instruit masculine, classiqueb histoire / croire féminine, classiquec airs / clairs masculine, classiqued haleine / plaine féminine, classiquee événement / moment masculine, classiquef bruines / d'épines féminine, classiquea tribord / nord masculine, classiqueb neuve / fleuve féminine, classiquea autrefois / bois masculine, classiqueb l'étoile / voile féminine, classiquec ormeau / d'oiseau masculine, classiquea neiges / pièges féminine, classiqueb souvent / vent masculine, classiquec murmure / parure féminine, classiqued soleil / vermeil masculine, classiqueb sacré / ancré masculine, classiquec vierge / berge féminine, classiqued flots / mots masculine, classiquee redire / sourire féminine, classiquea jaloux / doux masculine, classiqueb rivage / sauvage féminine, classiquec beauté / irrité masculine, classiqued tonnerre / colère féminine, classiqueb superbe / d'herbe féminine, classiquec alors / essors masculine, classiqued l'attendre / tendre féminine, classiquee compagnon / mignon masculine, classiquef rosée / posée féminine, classiqueg apportait / était masculine, classiqueh rêve / grève féminine, classiquei doux / jaloux masculine, classiquea demeure / l'heure féminine, classiqueb échos / repos masculine, classiquec nues / ingénues féminine, classiqued miroir / soir masculine, classiquee murmure / pure féminine, classiquef uni / bruni masculine, classiqueg épaule / saule féminine, classiqueh cheveux / gracieux masculine, classiqueb léger / protéger masculine, classiquec tenailles / batailles féminine, classiquea Vengeance / clémence féminine, classiqueb moi / paroi masculine, classiquec charmes / larmes féminine, classiqued vain / m’auras / bras masculine, classiquea lui masculine, classiqueb lune / brune féminine, classiqued vaine / sereine féminine, classiquee plaisir / désir masculine, classiqueb l'enfant / triomphant masculine, classiquec captive / rive féminine, classiqued eaux / roseaux masculine, classiquee sapée / trompée féminine, classiquef disparaît / retirait masculine, classiqueg l'onde / profonde féminine, classiqueh rocher / lécher masculine, classiquei tanière / prisonnière féminine, classiquej corbeau / oiseau masculine, classiquek célèbres / funèbres féminine, classiquel d'or / encor masculine, classiquea navires / zéphires féminine, classiqueb divers / déserts masculine, classiquec ondes / immondes féminine, classiqued cris / rabougris masculine, classiqueg franchissent / blanchissent féminine, classiqueh rapprochant / couchant masculine, classiquei barrière / carrière féminine, classiquej blafards / vieillards masculine, classiquea embouchure / mesure féminine, classiqueb profondeur / hauteur masculine, classiquec infranchissable / sable féminine, classiqued naufragé / ombragé masculine, classiquee tombe féminine, classiquef marins / refrains masculine, classiquea d'écume / parfume féminine, classiqueb fleurit / mûrit masculine, classiquec navires / rires féminine, classiqued froids / bois masculine, classiquee fontaines / sereines féminine, classiquef manteaux / coteaux masculine, classiquea isolée / étoilée féminine, classiqueb solennel / l'Éternel masculine, classiquec cime / sublime féminine, classiqued empourpré / pré masculine, classiquea réjouissance / naissance féminine, classiquec hommage / image féminine, classiquea érable / adorable féminine, classiqueb rameaux / nouveaux masculine, classiquec chatoyantes / ondoyantes féminine, classiqued murmuraient / pleuraient masculine, classiquee gratitude / solitude féminine, classiquef radieux / mélodieux masculine, classiquea sacrifice / calice féminine, classiqueb merveilleux / yeux masculine, classiquec tête / tempête féminine, classiqued frémissants / accents masculine, classiquee lèvres / fièvres féminine, classiquef malade / Assez / entassés masculine, classiqueg sépulture / pâture féminine, classiquea hache / cache féminine, classiqueb chansons / moissons masculine, classiquec grève / s'élève féminine, classiqued deux / lieux masculine, classiquee défendent / rendent féminine, classiquea l'eau / beau masculine, classiqueb foudroie / déploie féminine, classiquec étonnant / continent masculine, classiqued souveraine / reine féminine, classiquea Vérité / clarté masculine, classiqueb ouvrage / courage féminine, classiquec vénérés / égarés masculine, classiquea tonne / s'étonne féminine, classiqueb choc / roc masculine, classiquec baïonnettes / trompettes féminine, classiqued blessés / pressés masculine, classiquee dune / fortune féminine, classiquea fleurs / vainqueurs masculine, classiqueb anges / phalanges féminine, classiquec yeux / silencieux masculine, classiqued contrainte / plainte féminine, classiqueb nouveau / bourreau masculine, classiquec mystère / téméraire féminine, classiquea lourd / sourd masculine, classiqueb détresse / dresse féminine, classiquec inouï / évanoui masculine, classiqued rive / vive féminine, classiquee doux / genoux masculine, classiquea amarrée / marée féminine, classiqueb gonflé / blé masculine, classiqued rapidité / beauté masculine, classiquea navire / délire féminine, classiqued lointain / soudain masculine, classiquee diaphanes / cabanes féminine, classiquef souvent / l'avant masculine, classiqueb yeux / orgueilleux masculine, classiquec sereine / chaîne féminine, classiqued mers / verts masculine, classiquee s'échappe / grappe féminine, classiquef rameaux / vaisseaux masculine, classiquec cri / abri masculine, classiquee majestueux / impétueux masculine, classiquef village / sauvage féminine, classiqueg trôné / Stadaconé masculine, classiquea orages / rivages féminine, classiqueb vaisseaux / drapeaux masculine, classiquec courses / sources féminine, classiquea rade / bourgade féminine, classiquec cache / hache féminine, classiqued Donnacona / Agouhanna masculine, classiqueb altière / entière féminine, classiquec nombreux / vigoureux masculine, classiqued pâles / râles féminine, classiquee ennemis / soumis masculine, classiquea terre / guerre féminine, classiqueb veux / cheveux masculine, classiquec confiance / alliance féminine, classiquea mots / flots masculine, classiqueb allégresse / enchanteresse féminine, classiquec beau / tombeau masculine, classiqued repose / grandiose féminine, classiquee rêvé / élevé masculine, classiquef printanière / lumière féminine, classiquea poupe / groupe féminine, classiqueb forêts / regrets masculine, classiquea rive / attentive féminine, classiqueb inconnu / nu masculine, classiquec langage / âge féminine, classiquee foule / roule féminine, classiquef pins / peints masculine, classiqueg tatouages / feuillages féminine, classiqueh canots / flots masculine, classiquei nacelle / étincelle féminine, classiquej enfants / présents masculine, classiquek gaies / pagaies féminine, classiquea chef / nef masculine, classiqueb Hermine / domine féminine, classiquec heureux / généreux masculine, classiqued France / d'assurance féminine, classiquee discours / alentours masculine, classiqueg front / profond masculine, classiqueh l'orage / plage féminine, classiquea bords / décors masculine, classiqueb village / feuillage féminine, classiquec paix / jamais masculine, classiqueb Visage-Pâle / amicale féminine, classiqueb bois / croix masculine, classiquea lui-même / emblème féminine, classiqueb désolation / possession masculine, classiquec rivage / l'esclavage féminine, classiqueb connaître / naître féminine, classiquec fécond / mont masculine, classiqued n'approche / roche féminine, classiquea nouveau / vaisseau masculine, classiqueb terre / légère féminine, classiquec aimé / calmé masculine, classiquea d'apprendre / rendre féminine, classiqueb troublait / semblait masculine, classiquec rivales / fatales féminine, classiqued Stadaconé / dominé masculine, classiquee aile / fraternelle féminine, classiquef matelots / mots masculine, classiquea l'aurore / encore féminine, classiquec doute / route féminine, classiquea condamnable / inébranlable féminine, classiqueb pas / trépas masculine, classiquec glace / entasse féminine, classiqued guerrier / courrier masculine, classiquea navire / sourire féminine, classiqueb conseil / soleil masculine, classiquec rivière / altière féminine, classiqued pavillons / rayons masculine, classiquea abîme / crime féminine, classiqueb mort / sort masculine, classiquec ministres / sinistres féminine, classiqued ciel / fiel masculine, classiquee inerte / perte féminine, classiquea mêmes / blasphèmes féminine, classiqueb revers / pervers masculine, classiquec ondes / fécondes féminine, classiqued cieux / glorieux masculine, classiquea courage / plage féminine, classiqueb aussi / ainsi masculine, classiqued frimas / climats masculine, classiquee entassée / glacée féminine, classiquef vain / chemin masculine, classiqueg grève / trêve féminine, classiqueh audacieux / cieux masculine, classiquea l'envie / asservie féminine, classiqueb matelots / javelots masculine, classiquec maladies / engourdies féminine, classiqued bois / exploits masculine, classiquea applaudirent / entendirent féminine, classiqueb roi / d'effroi masculine, classiquec l'aurore / dore féminine, classiqued mollement / firmament masculine, classiquee sombre / d'ombre féminine, classiquea bateau / coteau masculine, classiqueb bénie / finie féminine, classiquec vent / mouvant masculine, classiqued plumage / ramage féminine, classiquef sacré / approche / roche féminine, classiqueg poudreux / ombreux masculine, classiqueh déploie / soie féminine, classiquei égrené / couronné masculine, classiquej platanes / cabanes féminine, classiquea surpris / fleuris masculine, classiqueb mélancoliques / antiques féminine, classiquec montaient / chantaient masculine, classiqued fidèles / ailes féminine, classiquee voler / aller masculine, classiquef blanches / branches féminine, classiquea s'élargit / mugit masculine, classiqueb brume / d'écume féminine, classiquec pur / l'azur masculine, classiqued naissent / apparaissent féminine, classiquee réseaux / eaux masculine, classiquef mire / navire féminine, classiqueg succès / projets masculine, classiqueh contrée / montrée féminine, classiquea lentement / lourdement masculine, classiqueb trace / surface féminine, classiquea superflus / plus masculine, classiqueb davantage / s'engage féminine, classiquec temps / autans masculine, classiqueb îlots / bouleaux masculine, classiquec sauvage / rivage féminine, classiqued d'Hochelaga / vogua masculine, classiquea s'avance / immense féminine, classiqueb bords / transports masculine, classiqued remplis / accomplis masculine, classiquea rêve / lève féminine, classiqueb hivers / pervers masculine, classiquec apparaître / reconnaître féminine, classiquea firmament / doucement masculine, classiqueb allume / l'écume féminine, classiquec joyeux / feux masculine, classiqued envoie / joie féminine, classiquea lendemain / chemin masculine, classiqueb bourgade / palissade féminine, classiquec lieux / yeux masculine, classiqued soie / ondoie féminine, classiquee glands / tremblants masculine, classiquef ramage / plumage féminine, classiqueg chansons / buissons masculine, classiquea porte / transporte féminine, classiqueb héros / peaux masculine, classiquec chasse / place féminine, classiqued impotent / attend masculine, classiquea natte / sonate féminine, classiqueb blancs / sanglants masculine, classiquec dore / l'aurore féminine, classiqued destin / festin masculine, classiquea fête / tête féminine, classiquea sauvage / visage féminine, classiquea moi / loi masculine, classiquea dessein / sein masculine, classiqueb embrasse / race féminine, classiquec faveur / cœur masculine, classiquea campagne / montagne féminine, classiqueb sommet / duvet masculine, classiquec tranquilles / agiles féminine, classiqued marins / confins masculine, classiqueb déroule / coule féminine, classiquec bleus / impétueux masculine, classiqued ruisselle / nouvelle féminine, classiquee fécond / profond masculine, classiquef domine / divine féminine, classiquea toi / loi masculine, classiquea sombres / ombres féminine, classiqueb d'azur / obscur masculine, classiquec gelée / vallée féminine, classiqued cristaux / ruisseaux masculine, classiquee encore / multicolore féminine, classiquef diapré / pourpré masculine, classiqueg verdâtre / l'âtre féminine, classiqueh couleurs / lueurs masculine, classiquea babillages / rivages féminine, classiqueb retour / jour masculine, classiquec tempêtes / crêtes féminine, classiquea s'avance / espérance féminine, classiquec gloire / territoire féminine, classiqued orageux / impétueux masculine, classiquee naufrage / plage féminine, classiqueg furie / prie féminine, classiquea charmant / dormant masculine, classiqueb embouchure / sûre féminine, classiqued printanière / barrière féminine, classiquee Stadacona / ramena masculine, classiquea crainte / feinte féminine, classiqueb moitié / amitié masculine, classiquec atteinte / enceinte féminine, classiquea surpris / mépris masculine, classiqueb Pâles-Visages / plages féminine, classiquec rusé / abusé masculine, classiqueb complaisance / défiance féminine, classiquec amis / promis masculine, classiqued fidèles / nouvelles féminine, classiquee motifs / captifs masculine, classiqueg partir / anéantir masculine, classiquea indignée / dédaignée féminine, classiqueb pourtant / content masculine, classiqued tenir / s'unir masculine, classiquea arrive / vive féminine, classiqueb nus / venus masculine, classiquec desséchées / détachées féminine, classiqued ensevelis / replis masculine, classiquee glace / l'espace féminine, classiquef plus / aigus masculine, classiqueg entendre / s'étendre féminine, classiquea lugubrement / moment masculine, classiqueb mouvante / d'épouvante féminine, classiquec blafard / part masculine, classiquea s'amoncelle / étincelle féminine, classiqued poursuit / réduit masculine, classiquea guère / sévère féminine, classiqueb armés / abîmés masculine, classiquec insupportable / implacable féminine, classiquee l'orage / courage féminine, classiquef oisifs / récifs masculine, classiqueg étoiles / voiles féminine, classiqueh pays / récits masculine, classiquea abreuve / épreuve féminine, classiqueb oiseau / troupeau masculine, classiquec sanglante / lente féminine, classiqued s'abat / combat masculine, classiquea couche / farouche féminine, classiqueb rigueur / vigueur masculine, classiquec plaintes / étreintes féminine, classiqued rendus / perdus masculine, classiquee gloire / mémoire féminine, classiquea tombeau / fléau masculine, classiqueb Marie / chérie féminine, classiquec ombreux / deux masculine, classiqued cantique / relique féminine, classiquea joie / voie féminine, classiqueb longtemps / stridents masculine, classiquec rivages / ravages féminine, classiquea doigt / droit masculine, classiqueb monde / profonde féminine, classiquec défend / triomphant masculine, classiquea l'empire / rire féminine, classiqueb profané / prosterné masculine, classiquec aile / immortelle féminine, classiquea hostiles / dociles féminine, classiqueb guerriers / dit / engourdit masculine, classiquec Pâles-Visages / sauvages féminine, classiqued carquois / bois masculine, classiquea raquettes / inquiètes féminine, classiqueb voisins / desseins masculine, classiquea promène / surprenne féminine, classiqueb mourir / périr masculine, classiquec persévérance / d'indifférence féminine, classiquea l'ennui / lui masculine, classiquea traître / reconnaître féminine, classiqueb perdus / rendus masculine, classiquec joie / ploie féminine, classiqued souffrir / guérir masculine, classiquee Recueille / feuille féminine, classiquef enchanté / santé masculine, classiqueg vengeance / reconnaissance féminine, classiquea Tohrina / emmena masculine, classiqueb convive / rive féminine, classiquea genoux / nous masculine, classiqueb étrangère / misère féminine, classiquec maux / tombeaux masculine, classiqued suprême / l'aime féminine, classiquea graves / entraves féminine, classiqueb délivrés / sacrés masculine, classiquea fondue / attendue féminine, classiqueb retour / amour masculine, classiquec naître / reconnaître féminine, classiqued bercés / dispersés masculine, classiquee grève / sève féminine, classiquea ancrés / sacrés masculine, classiqueb naufrage / rivage féminine, classiquec bord / mort masculine, classiqued flétrie / patrie féminine, classiqueb sublimes / victimes féminine, classiquec repos / héros masculine, classiqueb couleurs / cœurs masculine, classiquec éloignées / indignées féminine, classiqued couplets / reflets masculine, classiquea guerrière / poussière féminine, classiqueb complots / matelots masculine, classiquec âme / infâme féminine, classiqued printemps / flottants masculine, classiquee téméraire / contraire féminine, classiquef Jalobert / ouvert masculine, classiqueg prudence / confidence féminine, classiquea soir / noir masculine, classiqueb tranchantes / touchantes féminine, classiquec jaloux / savez-vous masculine, classiqued tiède / cède féminine, classiquea sauvage / village féminine, classiqueb cris / surpris masculine, classiquec formidable / implacable féminine, classiqued précipité / épouvanté masculine, classiquee menace / audace féminine, classiquef agresseur / douleur masculine, classiqueh bâtiment / hardiment masculine, classiquei terrible / insensible féminine, classiquej près / jamais masculine, classiquel effort / bord masculine, classiquea penche / branche féminine, classiqueb soleil / Conseil masculine, classiqued ainsi / d'ici masculine, classiqueb maîtres / traîtres féminine, classiquec lois / fois masculine, classiqued libre / fibre féminine, classiquee impérieux / aïeux masculine, classiquef rive / j'arrive féminine, classiqueg sang / rang masculine, classiqueh nous / flèches / sèches féminine, classiquea Donnacona / t'amena masculine, classiqueb favorable / effroyable féminine, classiquec divisés / épuisés masculine, classiqued subtiles / agiles féminine, classiquee nuit / bruit masculine, classiquea foule / houle féminine, classiqueb mouillés / souillés masculine, classiquec cicatrice / artifice féminine, classiqued lenteur / moi / toi masculine, classiquee feinte / plainte féminine, classiquef bien-aimé / fermé masculine, classiqueg supplices / délices féminine, classiqueh peur / cœur masculine, classiquei périsse / sacrifice féminine, classiquej vengé / changé masculine, classiqueb l'ire / navire féminine, classiqueb soir / c’était / voir masculine, classiquec radoucie / vie féminine, classiqued loi / moi masculine, classiquee injustice / d'avarice féminine, classiquef ramener / donner masculine, classiqueg rivages / équipages féminine, classiquea nous / coups masculine, classiqueb courage / naufrage féminine, classiqueb l'éviter / hésiter masculine, classiquec perte / ouverte féminine, classiqued moment / châtiment masculine, classiquee réservée / arrivée féminine, classiquea amis / commis masculine, classiqueb victime / crime féminine, classiquec innocent / impuissant masculine, classiqued voiles / d'étoiles féminine, classiquee javelots / matelots masculine, classiquea silencieux / yeux masculine, classiqueb surprendre / comprendre féminine, classiquec esprits / cris masculine, classiqued rivage / s'engage féminine, classiquee brouillards / vieillards masculine, classiqueg Indiens / liens masculine, classiqueh retentissent / frémissent féminine, classiquei perdu / défendu masculine, classiquej impie / vie féminine, classiquea clameurs / Chef / cœurs masculine, classiqueb traître / maître féminine, classiqued semble / ensemble féminine, classiquee l'éveil / sommeil masculine, classiquef braves / d'entraves féminine, classiqueg étranger / venger masculine, classiquea silence / immense féminine, classiqueb vaisseaux / oiseaux masculine, classiqued bruit / conduit masculine, classiquee navire / respire féminine, classiquef sang / Blanc masculine, classiqueb un / importun masculine, classiqued endormis / amis masculine, classiqueb cabine / illumine féminine, classiquec avancer / penser masculine, classiqued crimes / victimes féminine, classiquea voix / fois masculine, classiqueb guides / d'intrépides féminine, classiqueb indompté / bonté masculine, classiquec enchaîne / traîne féminine, classiquea Jalobert / couvert masculine, classiquec Dieu / vœu masculine, classiqued avides / perfides féminine, classiquef balance / France féminine, classiquea inquiets / forêts masculine, classiqueb prolongée / plongée féminine, classiquec levant / vent masculine, classiquea colère / légère féminine, classiquec amarres / barbares féminine, classiqued moment / firmament masculine, classiquee craindre / atteindre féminine, classiquef bords / accords masculine, classiquea bénis / unis masculine, classiquec mers / enfers masculine, classiqued enchaînée / terminée féminine, classiquee port / transport masculine, classiqueg dites-lui / aujourd'hui masculine, classiquea vitesse / d'allégresse féminine, classiqueb yeux / adieux masculine, classiquec brèches / flèches féminine, classiqued peu / bleu masculine, classiquee face / l'espace féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.1· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
2722 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Reflets d’antan, MONTREAL, GRANGER FRÈRES, LIMITÉE - LIBRAIRES-ÉDITEURS, 1916· numérisation Project Gutenberg Canada· Sources