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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Une gerbe, 1879

A Crémazie

Pamphile Le May· strophes variées, alexandrins et octosyllabes, 116 vers

Faites place au poète‖ au sein de votre gloire,Mânes de nos aïeux !‖ Dans ses fastes l'histoireSe plaît à raconterEt les noms et la vieDu soldat valeureux‖ qui meurt pour la PatrieEt du barde inspiré‖ qui vit pour la chanter !

La noble empreinte du génieBrillait sur ton front soucieux.Le luth que te donna les cieuxAvait une mâle harmonie,Et sous tes doigts, de toutes parts,Il jeta des notes étranges.On eut dit les clairons des angesSonnant sur nos vastes remparts.Pourquoi, dans un moment funeste,Pourquoi, barde, le vil métalVint-il à ton hymne célesteUnir, hélas ! son chant fatal ?

Voulais-tu, dans ce temps néfaste,Vider la coupe des plaisirs ?Voulais-tu voir de chauds désirsS'éveiller en ton âme chaste ?Voulais-tu chercher le bonheurOù seul l'insensé va l'attendre,Toi dont les pensers devaient tendreVers l'infini d'un bond vainqueur ?Qui le dira ? Tu fus coupable,Et nous pleurâmes sur ton sort,Car une vengeance implacableTe poursuivit jusqu'à la mort !

Le repentir rend sa couronneA ton front chargé de douleurs ;L'ange de Dieu sèche les pleurs ;Le calme, aujourd'hui, t'environne.Tout meurt dans le passé qui fuit…Seul l'éclat de ta renomméeComme une planète enflamméeTraversera la sombre nuit.Si la vengeance mal éteinteVoulait évoquer ton forfait,Alors l'expiation sainteDevant elle se dresserait !

Barde, as-tu revu dans tes rêvesLes champs où dorment nos héros ?Comme les flots après les flotsViennent déferler sur les grèves,Les doux souvenirs d'autrefoisSont-ils venus à ta mémoire ?As-tu revu nos jours de gloire,Quand nous combattions pour nos droits ?As-tu revu, dans ton délire,Flotter le sublime haillonQue chanta tant de fois ta lyre,Le vieux drapeau de Carillon ?

Faites place au poète‖ au sein de votre gloire,Mânes de nos aïeux !‖ Dans ses fastes l'histoireSe plaît à raconterEt les noms et la vieDu soldat valeureux‖ qui meurt pour la PatrieEt du barde inspiré‖ qui vit pour la chanter !

Nos Muses ont gémi‖ lorsqu'un jour, la tempête,Noyant ton ciel d'azur,‖ courut de l'horizon.Ah ! tu franchis alors,‖ triste et courbant la tête,Pour ne plus le revoir,‖ le seuil de ta maison !Ton âme s'abîma‖ tout-à-coup dans le doute.De l'exile, en pleurant,‖ tu pris la sombre route,Cherchant en vain, hélas !‖ de quelque vieil ami,Pour l'appuyer parfois,‖ le bras encor fidèle !Lorsque tu déposas‖ ta lyre solennelleNos Muses ont gémi.

Ah ! que vois-je en tout lieu ?‖ Des murmures étranges,Des soupirs inouïs‖ qui passent dans les airs !Les rameaux vers le sol‖ courbent leurs longues franges,Les ruisseaux, tristement‖ promènent leurs flots clairs !Les morts que tu chantais‖ gémissent dans leur bière :Tes chants étaient pour eux‖ une douce prièreQui partait d'un autel‖ et montait jusqu'à Dieu.Les oiseaux sont muets‖ dans nos fraîches vallées…Rien ne consolera‖ nos rives désolées !…Ah ! que vois-je en tout lieu !

Nous redirons tes chants,‖ et la Patrie on larmesViendra s'agenouiller‖ auprès de ton tombeau.Qui jamais, comme toi,‖ put célébrer nos armesEt redire l'éclat‖ de notre vieux drapeau ?Ta grande voix semblait‖ le canon des batailles.A tes accents émus‖ frémissaient nos murailles ;Et les soldats tombés‖ sur nos illustres champsVoulaient de leur cercueil‖ se lever pour combattre !..Pour consoler nos cœurs‖ que l'ennui vient abattre,Nous redirons tes chants !

Dans ton anxiété,‖ chaque jour, ô poète,N'était-il pas pour toi,‖ là-bas, un jour de deuil ?O poète, as-tu vu‖ d'une âme satisfaite,Après quinze ans de pleurs,‖ le repos du cercueil ?As-tu vu ton pays,‖ dans sa beauté première,T'apparaître soudain‖ à la vive lumièreQu'en s'ouvrant projeta‖ sur toi l'éternité ?As-tu vu notre ville‖ et son rocher austère ?As-tu vu tes amis,‖ ton ciel, ta vieille mère,Dans ton anxiété ?

Malheureux exilé,‖ reviens prendre ta place !Ne l'as-tu pas au ciel‖ demandée à genoux ?Que de fois ton regard‖ a suivi, dans l'espace,Le soleil radieux‖ qui descendait vers nous ?A l'horizon lointain,‖ dans un rayon d'opale,Espérais-tu toujours‖ voir la rive natale,A ton ardent appel,‖ lever son front voilé ?Que de fois ton regard‖ interrogea l'étoile ?Que de fois il suivit‖ la vagabonde voile,Malheureux exilé !

Faites place au poète‖ au sein de votre gloire,Mânes de nos aïeux !‖ Dans ses fastes l'histoireSe plaît à raconterEt les noms et la vieDu soldat valeureux‖ qui meurt pour la PatrieEt du barde inspiré‖ qui vit pour la chanter !

Versification

Forme
Strophes variées
Rimes
8[aa] 16[abba] 9[abab]
Mètre
Alexandrins et octosyllabes (57 de 12, 48 de 8, 11 de 6)· profil 6, 8, 6+6
Mots à la rime
a gloire / l'histoire féminine, classiqueb raconter / chanter masculine, classiquec vie / Patrie féminine, classiquea génie / harmonie féminine, classiqueb soucieux / cieux masculine, classiquec parts / remparts masculine, classiqued étranges / anges féminine, classiquee funeste / céleste féminine, classiquef métal / fatal masculine, classiquea néfaste / chaste féminine, classiqueb plaisirs / désirs masculine, classiquec bonheur / vainqueur masculine, classiqued l'attendre / tendre féminine, classiquee coupable / implacable féminine, classiquef sort / mort masculine, classiquea couronne / t'environne féminine, classiqueb douleurs / pleurs masculine, classiquec fuit / nuit masculine, classiqued renommée / enflammée féminine, classiquee éteinte / sainte féminine, classiquef forfait / dresserait masculine, classiquea rêves / grèves féminine, classiqueb héros / flots masculine, classiquec d'autrefois / droits masculine, classiqued mémoire / gloire féminine, classiquee délire / lyre féminine, classiquef haillon / Carillon masculine, classiquea tempête / tête féminine, classiqueb l'horizon / maison masculine, classiquec doute / route féminine, classiqued ami / gémi masculine, classiquee fidèle / solennelle féminine, classiquea étranges / franges féminine, classiqueb airs / clairs masculine, classiquec bière / prière féminine, classiqued Dieu / lieu masculine, classiquee vallées / désolées féminine, classiquea larmes / armes féminine, classiqueb tombeau / drapeau masculine, classiquec batailles / murailles féminine, classiqued champs / chants masculine, classiquee combattre / abattre féminine, classiquea poète / satisfaite féminine, classiqueb deuil / cercueil masculine, classiquec première / lumière féminine, classiqued l'éternité / anxiété masculine, classiquee austère / mère féminine, classiquea place / l'espace féminine, classiqueb genoux / nous masculine, classiquec d'opale / natale féminine, classiqued voilé / exilé masculine, classiquee l'étoile / voile féminine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 0.8· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

116 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Une gerbe, QUÉBEC, TYPOGRAPHIE DE C. DARVEAU, 1879· numérisation Project Gutenberg Canada· Sources