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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Une gerbe, 1879

La maison paternelle

Pamphile Le May· strophes variées, alexandrins surtout, 67 vers

J'ai revu la maison‖ où le ciel m'a fait naître ;J'ai revu l'humble chambre‖ où, seul, pour rêver mieux,Je m'enfermais souvent‖ quand se voilaient les cieux.Je me suis, comme alors,‖ assis dans la fenêtrePour entendre le vent‖ et les feuilles gémir,Pour regarder le ciel‖ avec ses blancs nuages,Les bois à l'horizon‖ et les gras pâturages,Et le fleuve qui semble‖ au loin toujours dormir.Je ne retrouve plus‖ cette douce lumièreQui descendait d'en haut‖ sur la pauvre chaumière ;Mes arbres ont grandi :‖ sur leurs épais rameauxJe n'entends plus chanter‖ mes gais petits oiseaux !Depuis longtemps le feu‖ s'est endormi dans l'âtreEt le seuil vermoulu‖ s'est voilé de gazon.On ne voit plus de croix‖ pendue à la cloison,Ni d'images de saints,‖ ni de niches en plâtre.Sous le foyer moussu‖ les grillons réunisJettent, de temps en temps,‖ leur cri mélancolique,Et, dans la cheminée,‖ aux angles de la brique,Les agiles moineaux‖ ont accroché leurs nids.Sur les carreaux poudreux‖ l'araignée âpre et loucheA suspendu, sa toile‖ où meurt la pauvre mouche.Et, du soleil de juin‖ jamais les doux rayonsN'entrent pour réchauffer‖ les humides plafonds !

O sainte vision !‖ Dans cette salle basse,Au pied d'un vieux crucifix noir,Je revois la famille,‖ à chaque jour qui passe,Faire la prière du soir.Mon père avec soucis‖ près de lui nous rassemble :Longtemps il prie à haute voix.Après chaque oraison‖ nous répondons ensemble :« Amen » en regardant la croix.

Les auvents sont tombés,‖ et l'eau, pendant l'orage,Goutte à goutte descend‖ le long des vieux lambris.Moi je pleure à l'aspect‖ de ces tristes débris,Et je vois rire, hélas !‖ les enfants du village.Ils me croient étranger,‖ moi, dans ces lieux bénisQui furent si longtemps‖ à mes yeux tout le monde !Ce soleil qui reluit,‖ cet air pur qui m'inonde,C'est l'air, c'est le soleil‖ de ces enfants brunisQui vont courir, pieds nus,‖ le longs des vertes haies,Dénichant les oiseaux,‖ cueillant de rouges baies,Et ne se doutant pas‖ que j'ai couru comme euxDans ces prés verdoyants‖ et ces taillis ombreux !

Rien n'a changé, du reste,‖ à l'horizon de flamme.Au bout des champs de blé‖ je vois, comme jadis,Le grand fleuve rouler,‖ entre ses bords hardis,Les flots verts où se plonge‖ en cadence la rame.Et, par delà le fleuve,‖ au milieu des vieux pins,Deschambeault lève encor‖ ses deux flèches timides.Comme un ruban d'azur‖ aux front des cieux sereins,La forêt, au midi,‖ se déroule en ceinture.Le ciel sourit partout.‖ O charmante nature,Tu n'as pas comme moi‖ vu mourir sans retourTa jeunesse suave‖ et tes hymnes d'amour !

O ma pauvre maison,‖ il me semblait, naguère,Que ton beau pignon rouge‖ et ton joli carréDessineraient toujours‖ sur le ciel azuré,Comme au fond de mon cœur,‖ leur silhouette fière !Et tu croules déjà !‖ Ton maître d'aujourd'hui ?Te regarde tomber‖ avec indifférence.Tu n'as pas abrité‖ les jours de son enfance,Tu n'es pas, ô mon toit,‖ un lieu sacré pour lui !Reste debout pourtant, reste debout encore !Quand m'aura moissonné‖ le mal qui me dévore,Tu tomberas alors‖ ainsi que sont tombésMes amours d'autrefois‖ et mes rêves dorés

Versification

Forme
Strophes variées
Rimes
9[abba] 11[aa] 2[abab]
Mètre
Alexandrins surtout (63 de 12, 4 de 8)· profil 8, 6+6
Mots à la rime
a naître / fenêtre féminine, classiqueb mieux / cieux masculine, classiquec gémir / dormir masculine, classiqued nuages / pâturages féminine, classiquee lumière / chaumière féminine, classiquef rameaux / oiseaux masculine, classiqueg l'âtre / plâtre féminine, classiqueh gazon / cloison masculine, classiquei réunis / nids masculine, classiquej mélancolique / brique féminine, classiquek louche / mouche féminine, classiquel rayons / plafonds masculine, classiquea basse / passe féminine, classiqueb noir / soir masculine, classiquec rassemble / ensemble féminine, classiqued voix / croix masculine, classiquea l'orage / village féminine, classiqueb lambris / débris masculine, classiquec bénis / brunis masculine, classiqued monde / m'inonde féminine, classiquee haies / baies féminine, classiquef eux / ombreux masculine, classiquea flamme / rame féminine, classiqueb jadis / hardis masculine, classiquec pins / sereins masculine, classiqued ceinture / nature féminine, classiquee retour / d'amour masculine, classiquea naguère / fière féminine, classiqueb carré / azuré masculine, classiquec d'aujourd'hui / lui masculine, classiqued indifférence / enfance féminine, classiquee encore / dévore mixte, classiquef tombés / dorés masculine, mixte
Richesse
extension moyenne des rimes 0.8· écart moyen à la rime classique 0.5

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

67 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Une gerbe, QUÉBEC, TYPOGRAPHIE DE C. DARVEAU, 1879· numérisation Project Gutenberg Canada· Sources