Une gerbe, 1879
La voix des bois
Que nous disent nos bois‖ dans leurs accords sublimes,Et les chœurs des oiseaux‖ qu'ils bercent sur leurs cimes,Les cris mystérieux‖ ou les soupirs plaintifsQue leurs hôtes divers‖ poussent sous les feuillages,Les flots qui vont bondir‖ au milieu des récifs,Comme de blancs agneaux‖ dans les gras pâturages,Et nos champs recouverts‖ de neige ou de moisson,Et nos humbles sentiers‖ comme nos avenues ?Que nous répètent-ils ?‖ quels chants leurs voix connuesChantent-elles à l'unisson ?
Ah ! ces bois arrosés‖ du sang de nos apôtres,Du sang d'un Lallemant,‖ d'un Jogue et de tant d'autresQui jadis, à leur ombre,‖ ont élevé la croix,Et ces champs défendus‖ par le bras de nos pèresContre des ennemis‖ qui méprisaient nos droitsOu se montraient jaloux‖ de nos moissons prospères,N'ont pas que des échos‖ remplis de volupté !Leur voix n'invite point‖ la jeunesse volageA venir badiner‖ sous leur discret feuillage,Ou sur leur gazon velouté !
Ils éveillent en nous‖ de plus hautes pensées,Nous chantent, tour à tour,‖ les victoires passées,Les luttes du présent,‖ l'espoir de l'avenir !Ils nous disent comment,‖ aux jours de l'injustice,Sous le même étendard‖ nous devons nous unir !Comment un peuple fier‖ que l'on traîne au suppliceSait répandre son sang‖ pour sauver son honneur !Comme il doit ressaisir‖ sa puissance échappée !Et quelle gloire attend‖ le brave dont l'épéeSe brise au combat du Seigneur !
Ces prés verts que le soc,‖ au mois de mai, sillonne,Ces grands bois rajeunis‖ où la sève bouillonneEt qu'un nouveau feuillage‖ est venu couronner,Disent que la jeunesse‖ est le temps de la vie ?Où de saintes vertus‖ notre âme doit s'orner.L'arbre chargé de fruits,‖ dont chaque branche plie,Fait monter la rougeur‖ au front du paresseux.Le ruisseau qui serpente‖ à travers la prairie,Et la feuille qui tombe,‖ incolore et flétrie,Disent que nous passons comme eux !
Et leur vague soupir,‖ leur murmure ineffableAgite et ravit l'âme.‖ Et l'on n'est point capable,Dans le trouble sacré‖ que l'on ressent alors,De saisir, un par un,‖ les sons pleins de mystèreQui forment, réunis,‖ ces magiques accords ;Mais on sent que vers Dieu‖ ces transports de la terreS'élèvent à chaque heure,‖ à l'aurore et le soir ;On sent que la Nature‖ est fidèle à son Maître,Qu'elle bénit ses lois,‖ et qu'elle sait connaîtreMieux que les hommes son devoir
Versification
- Forme
- 5 dizains (dizains)
- Rimes
- 5(aabcbcdeed)
- Mètre
- Alexandrins et octosyllabes (45 de 12, 5 de 8)· profil 8, 6+6
- Strophes
- 5 dizains
- Mots à la rime
- a sublimes / cimes féminine, classiqueb plaintifs / récifs masculine, classiquec feuillages / pâturages féminine, classiqued moisson / l'unisson masculine, classiquee avenues / connues féminine, classiquea apôtres / d'autres féminine, classiqueb croix / droits masculine, classiquec pères / prospères féminine, classiqued volupté / velouté masculine, classiquee volage / feuillage féminine, classiquea pensées / passées féminine, classiqueb l'avenir / unir masculine, classiquec l'injustice / supplice féminine, classiqued honneur / Seigneur masculine, classiquee échappée / l'épée féminine, classiquea sillonne / bouillonne féminine, classiqueb couronner / s'orner masculine, classiquec vie / plie féminine, classiqued paresseux / eux masculine, classiquee prairie / flétrie féminine, classiquea ineffable / capable féminine, classiqueb alors / accords masculine, classiquec mystère / terre féminine, classiqued soir / devoir masculine, classiquee Maître / connaître féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.8· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
50 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Une gerbe, QUÉBEC, TYPOGRAPHIE DE C. DARVEAU, 1879· numérisation Project Gutenberg Canada· Sources