Une gerbe, 1879
Le retour aux champs
Enfin, j'ai secoué‖ la poussière des villes ;J'habite les champs parfumés.Je me sens vivre ici,‖ dans ces vallons tranquilles,Sur ces bords que j'ai tant aimés.
L'ennui me consumait‖ dans tes vieilles murailles,O fière cité de Champlain !Je ne suis pas, vois-tu,‖ l'enfant de tes entraillesEt ton cœur me semble d'airain.
Je suis né dans les champs ;‖ je suis fils de la briseQui passe en caressant les fleurs ;Je suis fils du torrent‖ qui mugit et se briseSur le roc avec des clameurs !
Je suis né du désert,‖ du désert sans limiteOù règne le calme et l'effroi ;Je suis né des forêts‖ que la tempête agite,Des cimes dont l'aigle est le roi !
Mes premières amours,‖ douces fleurs des vallées,N'ont-elles pas été pour vous ?Pour vous, rocs au front nu,‖ forêts échevelées,Vagues des fleuves en courroux ?
Pour vous, charmants oiseaux‖ qui semez, à l'aurore,Les doux accords de votre voix,Comme des diamants‖ qu'égrène un vent sonore,Après l'orage, sous les bois ?
Je souffrais dans ces murs‖ où s'entasse la foule,Où l'herbe ne reverdit pas,Où la fleur ne naît point,‖ où la poussière rouleComme un flot sale sous nos pas !
J'avais bien assez vu‖ comme le fort repousseLe faible à son boulet rivé,Comme de son orgueil‖ la sottise éclabousseL'esprit qui traîne le pavé !
J'avais bien assez vu‖ la richesse hautaineÉcraser, de son vil dédain,L'indigence en haillons‖ qu'une espérance vaineJette au hasard sur son chemin !
Nul vent harmonieux‖ ne passait sur ma lyre,Et mes chants étaient suspendus.Je ne retrouvais plus‖ le souffle qui m'inspire,Et je pleurais les jours perdus !
Il me fallait de l'air,‖ le parfum des prairiesOù fleurissent les blancs muguets ;Il me fallait l'espace‖ et ces courses chériesLe long des onduleux guérets !
Il me fallait le calme,‖ alors que chaque étoileSourit comme un regard de Dieu,Calme que rien ne rompt‖ si ce n'est une voileQui retombe sur le flot bleu !
Il me fallait revoir,‖ au milieu de la plaine,Sur le penchant du vert coteau,Le laboureur qui rêve‖ à la moisson prochaineEn ouvrant le sillon nouveau !
Il me fallait l'odeur‖ du foin qui se dessècheSur le champ où passe la faulx,L'odeur du trèfle mûr‖ que flairent dans la crèche,En hennissant, les fiers chevaux !
Il me fallait entendre‖ encor la voix bénieDu vieux clocher de mon hameau ;Cette voix qui répète,‖ en vagues d'harmonie,Les gais cantiques du berceau ;
Qui porte des chrétiens‖ la prière et l'hommageAu ciel, dans un divin accord,Et qui fera peut-être,‖ un jour, gémir la plageDu glas funèbre de ma mort
Versification
- Forme
- 16 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 16(abab)
- Mètre
- Octosyllabes et alexandrins (32 de 8, 32 de 12)· profil 8, 6+6
- Strophes
- 16 quatrains
- Mots à la rime
- a villes / tranquilles féminine, classiqueb parfumés / aimés masculine, classiquea murailles / entrailles féminine, classiqueb Champlain / d'airain masculine, classiquea brise féminine, classiqueb fleurs / clameurs masculine, classiquea limite / agite féminine, classiqueb l'effroi / roi masculine, classiquea vallées / échevelées féminine, classiqueb vous / courroux masculine, classiquea l'aurore / sonore féminine, classiqueb voix / bois masculine, classiquea foule / roule féminine, classiqueb pas masculine, classiquea repousse / éclabousse féminine, classiqueb rivé / pavé masculine, classiquea hautaine / vaine féminine, classiqueb dédain / chemin masculine, classiquea lyre / m'inspire féminine, classiqueb suspendus / perdus masculine, classiquea prairies / chéries féminine, classiqueb muguets / guérets masculine, classiquea étoile / voile féminine, classiqueb Dieu / bleu masculine, classiquea plaine / prochaine féminine, classiqueb coteau / nouveau masculine, classiquea dessèche / crèche féminine, classiqueb faulx / chevaux masculine, classiquea bénie / d'harmonie féminine, classiqueb hameau / berceau masculine, classiquea l'hommage / plage féminine, classiqueb accord / mort masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.5· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
64 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Une gerbe, QUÉBEC, TYPOGRAPHIE DE C. DARVEAU, 1879· numérisation Project Gutenberg Canada· Sources