Poèmes antiques, 1852
Médailles antiques
1859.
I
Celui-ci vivra,‖ vainqueur de l'oubli,Par les dieux heureux !‖ Sa main sûre et fineA fait onduler‖ sur l'onyx poliL'écume marine.
Avec le soleil,‖ douce, aux yeux surpris,Telle qu'une jeune‖ et joyeuse reine,On voit émerger‖ mollement kyprisDe la mer sereine.
La déesse est nue‖ et pousse en nageantDe ses roses seins‖ l'onde devant elle ;Et l'onde a brodé‖ de franges d'argentSa gorge immortelle.
Ses cheveux dorés‖ aux flots embellisRoulent sans guirlande‖ et sans bandelettes ;Tout son corps charmant‖ brille comme un lysDans les violettes.
Elle joue et rit ;‖ et les gais dauphins,Agitant autour‖ nageoires et queues,Pour mieux réjouir‖ ses regards divinsTroublent les eaux bleues.
II
Les belles filles aux pressoirsPortent sur leur tête qui ploie,À pleins paniers, les raisins noirs ;Les jeunes hommes sont en joie.Ils font jaillir avec vigueurLe vin nouveau des grappes mûres ;Et les rires et les murmuresEt les chansons montent en chœur.Ivres de subtiles fumées,Les vendangeurs aux cheveux blancsDansent avec des pieds tremblantsAutour des cuves parfumées ;Et non loin, cherchant un lit frais,Éros, qui fait nos destinées,À l'ombre des arbres épaisDevance les lents hyménées.
III
Ni sanglants autels,‖ ni rites barbares.Les cheveux noués‖ d'un lien de fleurs,Une ionienne‖ aux belles couleursDanse sur la mousse,‖ au son des kithares.Ni sanglants autels,‖ ni rites barbares :Des hymnes joyeux,‖ des rires, des fleurs !
Satyres ni pans‖ ne troublent les danses.Un jeune homme ceint‖ d'un myrte embauméConduit de la voix‖ le chœur animé ;Éros et kypris‖ règlent les cadences.Satyres ni pans‖ ne troublent les danses :Des pieds délicats,‖ un sol embaumé !
Ni foudres ni vents‖ dont l'âme s'effraie.Dans le bleu du ciel‖ volent les chansons ;Et de beaux enfants‖ servent d'échansonsAux vieillards assis‖ sous la verte haie.Ni foudres ni vents‖ dont l'âme s'effraie :Un ciel diaphane‖ et plein de chansons !
IV
Sur la montagne aux sombres gorgesOù nul vivant ne pénétra,Dans les antres de liparaHéphaistos allume ses forges.
Il lève, l'illustre ouvrier,Ses bras dans la rouge fumée,Et bat sur l'enclume enflamméeLe fer souple et le dur acier.
Les tridents, les dards, les épéesSortent en foule de sa main ;Il forge des lances d'airain,Des flèches aux pointes trempées.
Et kypris, assise à l'écart,Rit de ces armes meurtrières,Moins puissantes que ses prières,Moins terribles que son regard.
V
Le divin Bouvier‖ des monts de PhrygieGoûte, les yeux clos,‖ l'éternel sommeil ;Et de son beau corps,‖ dans l'herbe rougie,Coule un sang vermeil.
En boucles de lin,‖ sur la pâle joueQu'enviaient les fruits‖ honneur des vergers,Tombent, du réseau‖ pourpré qui les noue,Ses cheveux légers.
Voici Kythèrè,‖ l'amante immortelle,Qui gémit et pleure‖ auprès du Bouvier.Les Éros chasseurs‖ tiennent devant elleLe noir sanglier ;
Lui, pour expier‖ d'amères offenses,D'un autel qui fume‖ attisant le feu,Consume et punit‖ ses blanches défensesD'avoir fait un dieu.
Versification
- Forme
- Strophes variées
- Rimes
- 11[abab] 6[abba] 3[abbaab]
- Mètre
- Vers de 10, 8 et 5 syllabes (45 de 10, 32 de 8, 9 de 5)· profil 5, 8, 5+5
- Mots à la rime
- a l'oubli / poli masculine, classiqueb fine / marine féminine, classiquea surpris / kypris masculine, classiqueb reine / sereine féminine, classiquea nageant / d'argent masculine, classiqueb elle / immortelle féminine, classiquea embellis / lys masculine, classiqueb bandelettes / violettes féminine, classiquea dauphins / divins masculine, classiqueb queues / bleues féminine, classiquea pressoirs / noirs masculine, classiqueb ploie / joie féminine, classiquec vigueur / chœur masculine, classiqued mûres / murmures féminine, classiquee fumées / parfumées féminine, classiquef blancs / tremblants masculine, classiqueg frais / épais masculine, classiqueh destinées / hyménées féminine, classiquea barbares / kithares féminine, classiqueb fleurs / couleurs masculine, classiquea danses / cadences féminine, classiqueb embaumé / animé masculine, classiquea s'effraie / haie féminine, classiqueb chansons / d'échansons masculine, classiquea gorges / forges féminine, classiqueb pénétra / lipara masculine, classiquea ouvrier / acier masculine, classiqueb fumée / enflammée féminine, classiquea épées / trempées féminine, classiqueb main / d'airain masculine, classiquea l'écart / regard masculine, classiqueb meurtrières / prières féminine, classiquea Phrygie / rougie féminine, classiqueb sommeil / vermeil masculine, classiquea joue / noue féminine, classiqueb vergers / légers masculine, classiquea immortelle / elle féminine, classiqueb Bouvier / sanglier masculine, classiquea offenses / défenses féminine, classiqueb feu / dieu masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.5· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
86 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poèmes antiques, Librairie Marc Ducloux, Éditeur, 1852· numérisation Biblio.tic· Sources