Poèmes barbares, 1862
Effet de lune
Sous la nue où le vent qui rouleMugit comme un troupeau de bœufs,Dans l'ombre la mer dresse en fouleLes cimes de ses flots bourbeux.
Tous les démons de l'Atlantique,Cheveux épars et bras tordus,Dansent un sabbat fantastiqueAutour des marins éperdus.
Souffleurs, cachalots et baleines,Mâchant l'écume, ivres de bruit,Mêlent leurs bonds et leurs haleinesAux convulsions de la nuit.
Assiégé d'écumes livides,Le navire, sous ce fardeau,S'enfonce aux solitudes vides,Creusant du front les masses d'eau.
Il se cabre, tremble, s'incline,S'enlève de l'Océan noir,Et du sommet d'une collineTournoie au fond d'un entonnoir.
Et nul astre au ciel lourd ne flotte ;Toujours un fracas rauque et durD'un souffle égal hurle et sangloteAu travers de l'espace obscur.
Du côté vague où l'on gouverne,Brusquement, voici qu'au regardS'entr'ouvre une étroite caverneOù palpite un reflet blafard.
Bientôt, du faîte de ce porcheQui se hausse en s'élargissant,On voit pendre, lugubre torche,Une moitié de lune en sang.
Le vent furieux la travaille,Et l'éparpille quelquefoisEn rouges flammèches de pailleContre les géantes parois ;
Mais, dans cet antre, à pleines voiles,Le navire, hors de l'enfer,S'élance au-devant des étoiles,Couvert des baves de l'a mer.
Versification
- Forme
- 10 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 10(abab)
- Mètre
- Octosyllabes
- Strophes
- 10 quatrains
- Mots à la rime
- a roule / foule féminine, classiqueb bœufs / bourbeux masculine, classiquea l'Atlantique / fantastique féminine, classiqueb tordus / éperdus masculine, classiquea baleines / haleines féminine, classiqueb bruit / nuit masculine, classiquea livides / vides féminine, classiqueb fardeau / d'eau masculine, classiquea s'incline / colline féminine, classiqueb noir / entonnoir masculine, classiquea flotte / sanglote féminine, classiqueb dur / obscur masculine, classiquea gouverne / caverne féminine, classiqueb regard / blafard masculine, classiquea porche / torche féminine, classiqueb s'élargissant / sang masculine, non classiquea travaille / paille féminine, classiqueb quelquefois / parois masculine, classiquea voiles / étoiles féminine, classiqueb l'enfer / mer masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.1· écart moyen à la rime classique 0.2
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
40 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poèmes barbares, Librairie Alphonse Lemerre, Paris, 1889· numérisation gallica.bnf.fr· Sources