Poèmes barbares, 1862
La Genèse polynésienne
Dans le Vide éternel‖ interrompant son rêve,L'Être unique, le grand‖ Taaroa se lève.Il se lève, et regarde :‖ il est seul, rien ne luit.Il pousse un cri sauvage‖ au milieu de la nuit :Rien ne répond. Le temps,‖ à peine né, s'écoule ;Il n'entend que sa voix.‖ Elle va, monte, roule,Plonge dans l'ombre noire‖ et s'enfonce au travers.Alors, Taaroa‖ se change en univers :Car il est la clarté,‖ la chaleur et le germe ;Il est le haut sommet,‖ il est la base ferme,L'œuf primitif que Pô,‖ la grande Nuit, couva ;Le monde est la coquille‖ où vit Taaroa.Il dit : — Pôles, rochers,‖ sables, mers pleines d'îles,Soyez ! Échappez-vous‖ des ombres immobiles ! —Il les saisit, les presse‖ et les pousse à s'unir ;Mais la matière est froide‖ et n'y peut parvenir :Tout gît muet encore‖ au fond du gouffre énorme ;Tout reste sourd, aveugle,‖ immuable et sans forme.L'Être unique, aussitôt,‖ cette source des Dieux,Roule dans sa main droite‖ et lance les sept cieux.L'étincelle première‖ a jailli dans la brume,Et l'étendue immense‖ au même instant s'allume ;Tout se meut, le ciel tourne,‖ et, dans son large lit,L'inépuisable mer‖ s'épanche et le remplit :L'univers est parfait‖ du sommet à la base,Et devant son travail‖ le Dieu reste en extase.
Versification
- Forme
- 1 distiques (distiques)
- Rimes
- 13((aa))
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Strophes
- 1 distiques
- Mots à la rime
- a rêve / lève féminine, classiqueb luit / nuit masculine, classiquec s'écoule / roule féminine, classiqued travers / univers masculine, classiquee germe / ferme féminine, classiquef couva / Taaroa masculine, classiqueg d'îles / immobiles féminine, classiqueh s'unir / parvenir masculine, classiquei énorme / forme féminine, classiquej Dieux / cieux masculine, classiquek brume / s'allume féminine, classiquel lit / remplit masculine, classiquem base / extase féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.5· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
26 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poèmes barbares, Librairie Alphonse Lemerre, Paris, 1889· numérisation gallica.bnf.fr· Sources