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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Poèmes barbares, 1862

La Panthère noire

Charles-Marie Leconte de Lisle· 11 quatrains, alexandrins et octosyllabes, 44 vers

Une rose lueur‖ s'épand par les nuées ;L'horizon se dentelle,‖ à l'Est, d'un vif éclair ;Et le collier nocturne,‖ en perles dénouées,S'égrène et tombe dans la mer.

Toute une part du ciel‖ se vêt de molles flammesQu'il agrafe à son faîte‖ étincelant et bleu.Un pan traîne et rougit‖ l'émeraude des lamesD'une pluie aux gouttes de feu.

Des bambous éveillés‖ où le vent bat des ailes,Des letchis au fruit pourpre‖ et des cannelliersPétille la rosée‖ en gerbes d'étincelles,Montent des bruits frais, par milliers.

Et des monts et des bois,‖ des fleurs, des hautes mousses,Dans l'air tiède et subtil,‖ brusquement dilaté,S'épanouit un flot‖ d'odeurs fortes et douces,Plein de fièvre et de volupté.

Par les sentiers perdus‖ au creux des forêts viergesOù l'herbe épaisse fume‖ au soleil du matin ;Le long ; des cours d'eau vive‖ encaissés dans leurs berges,Sous de verts arceaux de rotin ;

La reine de Java,‖ la noire chasseresse,Avec l'aube, revient‖ au gîte où ses petitsParmi les os luisants‖ miaulent de détresse,Les uns sous les autres blottis.

Inquiète, les yeux‖ aigus comme des flèches,Elle ondule, épiant‖ l'ombre des rameaux lourds.Quelques taches de sang,‖ éparses, toutes fraîches,Mouillent sa robe de velours.

Elle traîne après elle‖ un reste de sa chasse,Un quartier du beau cerf‖ qu'elle a mangé la nuit ;Et sur la mousse en fleur‖ une effroyable traceRouge, et chaude encore, la suit.

Autour, les papillons‖ et les fauves abeillesEffleurent à l'envi‖ son dos souple du vol ;Les feuillages joyeux,‖ de leurs mille corbeilles,Sur ses pas parfument le sol.

Le python, du milieu‖ d'un cactus écarlate,Déroule son écaille,‖ et, curieux témoin,Par-dessus les buissons‖ dressant sa tête plate,La regarde passer de loin.

Sous la haute fougère‖ elle glisse en silence,Parmi les troncs moussus‖ s'enfonce et disparaît.Les bruits cessent, l'air brûle,‖ et la lumière immenseEndort le ciel et la forêt.

Versification

Forme
11 quatrains (quatrains)
Rimes
11(abab)
Mètre
Alexandrins et octosyllabes (33 de 12, 11 de 8)· profil 8, 6+6
Strophes
11 quatrains
Mots à la rime
a nuées / dénouées féminine, classiqueb éclair / mer masculine, classiquea flammes / lames féminine, classiqueb bleu / feu masculine, classiquea ailes / d'étincelles féminine, classiqueb cannelliers / milliers masculine, classiquea mousses / douces féminine, classiqueb dilaté / volupté masculine, classiquea vierges / berges féminine, classiqueb matin / rotin masculine, classiquea chasseresse / détresse féminine, classiqueb petits / blottis masculine, classiquea flèches / fraîches féminine, classiqueb lourds / velours masculine, classiquea chasse / trace féminine, classiqueb nuit / suit masculine, classiquea abeilles / corbeilles féminine, classiqueb vol / sol masculine, classiquea écarlate / plate féminine, classiqueb témoin / loin masculine, classiquea silence / immense féminine, classiqueb disparaît / forêt masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 0.6· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

44 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poèmes barbares, Librairie Alphonse Lemerre, Paris, 1889· numérisation gallica.bnf.fr· Sources