Poèmes barbares, 1862
Un Coucher de soleil
Sur la côte d'un beau pays,Par delà les flots Pacifiques,Deux hauts palmiers épanouisBercent leurs palmes magnifiques.
A leur ombre, tel qu'un NababQui, vers midi, rêve et repose,Dort un grand tigre du Pendj-Ab,Allongé sur le sable rose ;
Et, le long des fûts lumineux,Comme au paradis des genèses,Deux serpents enroulent leurs nœudsDans une spirale de braises.
Auprès, un golfe de satin,Où le feuillage se reflète.Baigne un vieux palais byzantinDe brique rouge et violette.
Puis, des cygnes noirs, par milliers,L'aile ouverte au vent qui s'y joue,Ourlent, au bas des escaliers,L'eau diaphane avec leur proue.
L'horizon est immense et pur ;A peine voit-on, aux cieux calmes,Descendre et monter dans l'azurLa palpitation des palmes.
Mais voici qu'au couchant vermeilL'oiseau Rok s'enlève, écarlate :Dans son bec il tient le soleil,Et des foudres dans chaque patte.
Sur le poitrail du vieil oiseau,Qui fume, pétille et s'embrase,L'astre coule et fait un ruisseauCouleur d'or, d'ambre et de topaze.
Niagara resplendissant,Ce fleuve s'écroule aux nuées,Et rejaillit en y laissantDes écumes d'éclairs trouées.
Soudain le géant Orion,Ou quelque sagittaire antique,Du côté du septentrionDresse sa stature athlétique.
Le Chasseur tend son-arc de ferTout rouge au sortir de la forge,Et, faisant un pas sur la mer,Transperce le Rok à la gorge.
D'un coup d'aile l'oiseau sanglantS'enfonce à travers l'étendue ;Et le soleil tombe en brûlant,Et brise sa masse éperdue.
Alors des volutes de feuDévorent d'immenses prairies,S'élancent, et, du zénith bleu,Pleuvent en flots de pierreries.
Sur la face du ciel mouvantGisent de flamboyants décombres ;Un dernier jet exhale au ventDes tourbillons de pourpre et d'ombres :
Et, se dilatant par bonds lourds,Muette, sinistre, profonde,La nuit traîne son noir veloursSur la solitude du monde.
Versification
- Forme
- 15 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 15(abab)
- Mètre
- Octosyllabes
- Strophes
- 15 quatrains
- Mots à la rime
- a pays / épanouis masculine, classiqueb Pacifiques / magnifiques féminine, classiquea Nabab / Pendj-Ab masculine, classiqueb repose / rose féminine, classiquea lumineux / nœuds masculine, classiqueb genèses / braises féminine, classiquea satin / byzantin masculine, classiqueb reflète / violette féminine, classiquea milliers / escaliers masculine, classiqueb joue / proue féminine, classiquea pur / l'azur masculine, classiqueb calmes / palmes féminine, classiquea vermeil / soleil masculine, classiqueb écarlate / patte féminine, classiquea oiseau / ruisseau masculine, classiqueb s'embrase / topaze féminine, classiquea resplendissant / laissant masculine, classiqueb nuées / trouées féminine, classiquea Orion / septentrion masculine, classiqueb antique / athlétique féminine, classiquea fer / mer masculine, classiqueb forge / gorge féminine, classiquea sanglant / brûlant masculine, classiqueb l'étendue / éperdue féminine, classiquea feu / bleu masculine, classiqueb prairies / pierreries féminine, classiquea mouvant / vent masculine, classiqueb décombres / d'ombres féminine, classiquea lourds / velours masculine, classiqueb profonde / monde féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.9· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
60 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poèmes barbares, Librairie Alphonse Lemerre, Paris, 1889· numérisation gallica.bnf.fr· Sources