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un seul est le mot juste.

Poèmes barbares, 1862

Le Corbeau

Charles-Marie Leconte de Lisle· alexandrins, 518 vers

Sérapion, abbé‖ des onze monastèresD'Arsinoë, soumis‖ aux trois règles austères,Sous Valens, empereur‖ des pays d'Orient,Un soir, se promenait,‖ méditant et priant,Silencieux, le long‖ des bas arceaux du cloître.Le soleil disparu‖ laissait les ombres croîtreDu sein des oasis‖ et des sables déserts ;Les astres s'éveillaient‖ dans le bleu noir des airsEt, si n'était, parfois,‖ du fond des solitudes,Quelques rugissements‖ de lion, brefs et rudes,Autour du monastère,‖ en un repos complet,Et dans le ciel, la nuit‖ vaste se déroulait.

L'abbé Sérapion,‖ d'un pas lent, sur les dalles,Marchait, faisant sonner‖ le cuir de ses sandales,Anxieux de l'Édit‖ impérial, lequelÉtait une épouvante‖ aux serviteurs du ciel,Ordonnant d'enrôler,‖ par légions subites,Pour la guerre des Goths,‖ cent mille cénobites.Car, en ce temps-là, ceux‖ qui, dans le monde épars,Cherchaient l'oubli du siècle‖ en Dieu, de toutes parts,En haute et basse Égypte,‖ abondaient, vieux et jeunes,Afin d'être sauvés‖ par prières et jeûnes.Et c'est pourquoi l'Édit‖ signé de l'EmpereurEmplissait les couvents‖ de trouble et de terreur ;Et toute chair saignait‖ sous de plus lourds cilices,Pour désarmer Jésus‖ touché par ces supplices.Or l'Abbé méditait‖ sur cela, d'un espritPlein d'angoisse, et priait‖ pour son troupeau proscrit,Levant les bras au ciel‖ et disant : — Dieu m'assiste ! —Mais, comme il s'en allait,‖ le front bas, l'âme triste,Dans l'ombre des arceaux‖ voici qu'il entenditBrusquement une voix‖ très rauque qui lui dit :— Vénérable seigneur,‖ soyez-moi pitoyable ! —Et l'Abbé se signa,‖ croyant ouïr le Diable,Et ne vit rien, le cloître‖ étant sombre d'ailleurs.La voix sinistre dit :‖ — J'ai vu des temps meilleurs ;J'ai fait de beaux festins !‖ Et, par une loi dure,Aujourd'hui c'est la faim‖ sans trêve que j'endure ;Or, mon pieux seigneur,‖ n'en soyez étonné,J'étais déjà très vieux‖ quand Abraham est né.

— Au nom du roi Jésus,‖ démon ou créatureQui m'implores avec‖ cette étrange imposture,Qui que tu sois enfin‖ qui me parles ainsi,Viens ! dit l'Abbé. — Seigneur,‖ dit l'autre, me voici. —Et sur la balustrade,‖ aussitôt, une formeDevant Sérapion‖ se laissa choir, énorme,Un oiseau gauche et lourd,‖ l'aile ouverte à demi,Mais dont les yeux flambaient‖ sous le cloître endormi.L'Abbé vit que c'était‖ un corbeau d'une espèceGéante. L'âge avait‖ tordu la corne épaisseDu bec, et, par endroits,‖ le corps tout dépluméD'une affreuse maigreur‖ paraissait consumé.Certes, la foi du Moine‖ était vive et robuste ;Il savait que la grâce‖ est le rempart du juste ;Mais, n'ayant jamais eu‖ de telle vision,Il se sentit frémir‖ en cette occasion.Et les yeux de la Bête‖ éclairaient les ténèbres,Tandis qu'elle agitait‖ ses deux ailes funèbres.

Sérapion lui dit :‖ — Si ton nom est Satan,Démon, chien, réprouvé,‖ je te maudis ! Va-t'en !Par la vertu de Christ,‖ le rédempteur des âmes,Je te chasse : retombe‖ aux éternelles flammes ! —Et, ce disant, il fit‖ un grand signe de croix.— Je ne suis point celui,‖ saint Abbé, que tu crois,Dit l'Oiseau noir, riant‖ d'un sombre et mauvais rire ;Ne dépense donc point‖ le temps à me maudire.Je suis né corbeau, Maître,‖ et tel que me voilà,Mais il y a beaucoup‖ de siècles de cela.La famine me ronge,‖ et je veux de ta grâceQuelque peu de chair maigre‖ à défaut de chair grasse.Seigneur Moine, en retour,‖ je te dirai commentJ'apporte un sûr remède‖ à ton secret tourment.— Nous ne touchons jamais,‖ selon nos saintes règles,Aux pâtures des loups,‖ des corbeaux et des aigles,Dit l'abbé. Va rôder,‖ si tu veux de la chair,Sur les champs de bataille‖ où moissonne l'Enfer.Ici, pour réparer‖ ta faim et tes fatigues,Tu n'aurais qu'un morceau‖ de pain noir et des figues.— Soit ! dit le vieil Oiseau,‖ je ne suis point friand ;Et toute nourriture‖ est bonne au mendiantQu'un dur jeûne depuis‖ trois siècles ronge et brûle.— Suis-moi donc, dit l'Abbé,‖ jusques en ma cellule. —Et l'autre, tout joyeux‖ de l'invitation,Par les noirs corridors‖ suivit Sérapion.

Quand il eut dévoré‖ pain dur et figues sèches,Le Corbeau secoua‖ comme un faisceau de flèchesLes plumes de son dos‖ maigre, et, fermant les yeux,Parut mettre en oubli‖ le Moine soucieux.Celui-ci, bras croisés‖ sous sa robe grossière.Regardait fixement‖ la bête carnassière,Et murmurait : — Jésus !‖ dépistez, ô Seigneur,Les embûches du Diable‖ autour de mon honneur !Saints Anges ! tout ceci‖ n'est point chose ordinaire.Que me veut cet oiseau‖ mille fois centenaire ?Nul vivant n'a reçu‖ d'hôte plus singulier.Abritez-moi, Seigneur,‖ sous votre bouclier ! —Or, tandis que l'Abbé‖ méditait de la sorte,Le Corbeau tout à coup‖ lui dit d'une voix forte :— Je ne dors point, ainsi‖ que vous l'avez pensé,Vénérable Rabbi ;‖ je rêvais du passé,Me demandant de quoi‖ les âmes étaient faites.J'ai connu, dans leur temps,‖ tous les anciens prophètesQui, certes, l'ignoraient.‖ — Parle sans blasphémer,Dit le moine, ou l'Enfer‖ puisse te consumer !Que t'importe, chair vile,‖ inerte pourriture,Qui rentreras bientôt‖ dans l'aveugle natureAvec l'argile et l'eau‖ de la pluie et le vent,Vaine ombre, indifférente‖ aux yeux du Dieu vivant,A toi qui n'es que fange‖ avant d'être poussière,Le royaume où les Saints‖ siègent dans la lumière ?Le lion, le corbeau,‖ l'aigle, l'âne et le chien,Qu'est-ce que tout cela‖ dans la mort, sinon rien ?

— Seigneur, dit le Corbeau,‖ vous parlez comme un hommeSûr de se réveiller‖ après le dernier somme ;Mais j'ai vu force Rois‖ et des peuples entiersQui n'allaient point de vie‖ à trépas volontiers.A vrai dire, ils semblaient‖ peu certains, à cette heure,De sortir promptement‖ de leur noire demeure.En outre, sachez-le,‖ j'en ai mangé beaucoup,Et leur âme avec eux,‖ Maître, du même coup.— Vil païen, dit l'Abbé,‖ quand la chair insensibleEst morte, l'âme au ciel‖ ouvre une aile invisible.De sa grâce, aussi bien,‖ Dieu ne t'a point pourvuPour voir ce que les Saints‖ et les Anges ont vu :Les esprits, dans l'azur,‖ comme autant de colombes,Au soleil éternel‖ tournoyant hors des tombes !Et c'est la vérité.‖ — Pour moi, dit le Corbeau,J'en doute fort, n'ayant‖ point reçu ce flambeau.Ainsi soit-il ! pourtant,‖ si la chose est notoire.Mais vous plaît-il d'ouvrir‖ l'oreille à mon histoire,Seigneur, et de m'en tendre‖ en ma confession ?J'ai, ce soir, grand besoin‖ d'une absolution.— J'écoute, dit le Moine.‖ Heureux qui s'humilie,Car le vrai repentir‖ nous lave et nous délie,Et réjouit le cœur‖ des Anges dans les cieux !— Je le prends de très haut,‖ mon Maître, étant très vieux :

En ce temps-là, seigneur‖ Abbé, l'Eau solitaireAvait noyé la race‖ humaine avec la terre,Et, par delà le faîte‖ escaladé des monts,Haussait jusques au ciel‖ sa bave et ses limons.Ce fut le dernier jour‖ des rois et des empiresAntiques. S'ils étaient‖ meilleurs, s'ils étaient piresQue ceux-ci, je ne sais.‖ Leurs vertus ou leurs tortsImportent peu d'ailleurs‖ du moment qu'ils sont morts.— Ils étaient fort pervers,‖ dit le Moine, et leur JugeLes noya justement‖ dans les eaux du Déluge.C'était un monde impie,‖ où, grâce au Suborneur,La femme séduisit‖ les Anges du Seigneur.— J'y consens, dit l'Oiseau,‖ ce n'est point mon affaire,Et celui qui le fit‖ n'avait qu'à le mieux faire.Toujours est-il qu'il s'en‖ était débarrassé.Le monde ancien, Seigneur,‖ étant donc trépassé,L'arche immense flottait‖ depuis quarante aurores,Et l'océan sans fin,‖ heurtant ses flancs sonores,Dans la brume des deux‖ y berçait lourdementTout ce qui survivait‖ à l'engloutissement.Et j'étais là, parmi‖ les espèces sans nombre,Et j'attendais mon heure,‖ immobile dans l'ombre.Un jour, ayant tari‖ leur vaste réservoir,Les torrents épuisés‖ cessèrent de pleuvoir ;Le soleil resplendit‖ à l'orient de l'arche ;L'abîme décrut : — Va !‖ me dit le Patriarche,Et, si quelque montagne‖ émerge au loin des mers,Apprends-nous qu'Iahvèh‖ pardonne à l'univers. —Je pris mon vol, joyeux‖ de fuir à tire-d'ailes,Et j'allais effleurant‖ les eaux universelles ;Et depuis, je ne sais,‖ n'étant point revenu,Ce que le noir vaisseau‖ de l'homme est devenu.— Ce fut là, dit le Moine,‖ une action mauvaise.— Seigneur, dit le Corbeau,‖ c'est que, ne vous déplaise,Aimant à voyager‖ dans ma jeune saison,Je respirais bien mieux‖ au grand air qu'en prison.

Je vis bientôt, Rabbi,‖ poindre des cimes vertesQui fumaient au soleil,‖ d'algue épaisse couvertes ;Et je m'y vins percher‖ sur un grand cèdre noir,D'où je pouvais planer‖ dans l'espace et mieux voir.Et j'attendis trois jours‖ avec trois nuits entières.Et le soleil encore‖ épandit ses lumières,Et je vis que la mer,‖ reprenant son niveau,Avait laissé renaître‖ un univers nouveau,Mais vide, tout souillé‖ des écumes marines,Et comme hérissé‖ d'effroyables ruines.Au bas de la montagne‖ où j'étais arrêté,Dormait dans la vapeur‖ une énorme citéAux murs de terre rouge‖ étagés en terrassesEt bâtis par le bras‖ puissant des vieilles races.Écroulés sous le faix‖ des flots démesurés,Ces murs avaient heurté‖ ces palais effondrésOù les varechs visqueux,‖ emplis de coquillages,Pendant le long des toits‖ comme de noirs feuillages,Au travers des plafonds‖ tombaient par blocs confus,Enlacés en spirale‖ épaisse autour des fûts,Et faisant des manteaux‖ de limons et de fangesAux cadavres géants‖ des Rois, enfants des Anges.Et j'en vis deux, seigneur‖ Abbé, debout encorSur un trône, et liés‖ avec des chaînes d'or :Un homme au front superbe,‖ à la haute stature,Qui, de ses bras nerveux,‖ comme d'une ceinture,Pressait contre son sein‖ une femme aux grands yeuxQui semblait contempler‖ son amant glorieux ;Et je lus sur sa bouche‖ entr'ouverte et glacéeLe bonheur de mourir‖ par ces bras enlacée.Lui, le cou ferme et droit,‖ dompté, mais non vaincu,Et sans peur dans la mort‖ comme il avait vécu,Avait tout préservé‖ de ce commun naufrage,Sa beauté, son orgueil,‖ sa force et son courage.Autour de la cité‖ muette un lac gisaitOù le soleil sinistre‖ avec horreur luisait,Gouffre de vase, plein‖ de colossales bêtesInertes et montrant‖ leurs ventres ou leurs têtes.Ours, énormes lézards,‖ immenses éléphants,A demi submergés‖ par ces flots étouffants,Grands aigles fatigués‖ de planer dans les nuesEt de ne plus trouver‖ les montagnes connues,Taureaux ouvrant encor‖ leurs convulsifs naseaux,Léviathans surpris‖ par la fuite des eaux,Tous les vieux habitants‖ de la terre fécondeAvec l'homme gonflaient‖ au loin la boue immonde ;Et de chaudes vapeurs‖ s'épandaient dans les vents.Or, sachant que les morts‖ sont pâture aux vivants,Je vécus là, seigneur‖ Abbé, beaucoup d'années,Très joyeux, bénissant‖ les bonnes destinéesEt l'abondant travail‖ de la mer ; car enfin,Homme ou corbeau, manger‖ est doux quand on a faim.

Depuis bien des soleils,‖ dans cette solitude.Je coulais des jours pleins‖ de molle quiétude,Quand un soir, du sommet‖ de l'arbre accoutumé,Je vis, vers l'Orient‖ brusquement enflammé,Au sein d'un tourbillon‖ de splendeurs inconnues,Un fantôme puissant‖ qui venait par les nues.Ses ailes battaient l'air‖ immense autour de lui ;Ses cheveux flamboyaient‖ dans le ciel ébloui ;Et, les bras étendus,‖ d'une haleine profondeIl chassait les vapeurs‖ qui pesaient sur le monde.Aux limpides clartés‖ de ses regards d'azur,L'eau vive étincelait‖ dans le marais impurOmbragé de roseaux,‖ rougi de fleurs soudaines ;Les monts brûlaient, bûchers‖ des dépouilles humaines ;Et, jaillissant des rocs où leur germe était clos,Les fleuves nourriciers‖ multipliaient leurs flots,Épanchant leur fraîcheur‖ aux arides valléesToutes chaudes encor‖ des écumes salées.Et l'espace tourna‖ dans mes yeux, saint Abbé !Et, comme un mort, au pied‖ du cèdre je tombai.

Qui sait combien dura‖ ce long sommeil sans trêve ?Mais qu'est-ce que le temps,‖ sinon l'ombre d'un rêve ?Quand je me réveillai,‖ quelques siècles après,Ce fut sous l'ombre noire‖ et sans fin des forêts.Tout avait disparu :‖ la ville aux blocs superbesS'était disséminée‖ en poudre sous les herbes ;Et comme je planais‖ sur les feuillages verts.Je vis que l'homme avait‖ reconquis l'univers.J'entendis des clameurs‖ féroces et sauvagesDe tous les horizons‖ rouler par les nuages ;Et, du nord au midi,‖ de l'est à l'occident,Ivres de leur fureur,‖ œil pour œil, dent pour dent,Avec l'âpre sanglot‖ des étreintes mortelles,Jours et nuits, se heurtaient‖ les nations nouvelles.Les traits sifflaient au loin,‖ les masses aux nœuds dursBrisaient les fronts guerriers‖ ainsi que des fruits mûrs ;Les femmes, les vieillards‖ sanglants dans la poussière,Et les petits enfants‖ écrasés sur la pierreAttestaient que les flots‖ du Déluge récentAvaient purifié‖ le monde renaissant !Ah ! ah ! les blêmes chairs‖ des races égorgées,De corbeaux, de vautours‖ et d'aigles assiégées,Exhalaient leurs parfums‖ dans le ciel radieuxComme un grand holocauste‖ offert aux nouveaux. Dieux !— Ne t'en réjouis pas,‖ rebut de la géhenne !Dit le Moine. Aveuglé‖ par l'envie et la haine,Tu n'as pu voir, maudit,‖ dans l'univers ancien,Que les œuvres du mal‖ et non celles du bien,Et tu ne regardais,‖ ô bête inexorable,La pauvre humanité‖ que par les yeux du Diable !— Hélas ! je crois, Seigneur,‖ en y réfléchissant,Que l'homme a toujours eu‖ soif de son propre sang,Comme moi le désir‖ de sa chair vive ou morte.C'est un goût naturel‖ qui tous deux nous emporteVers l'accomplissement‖ de notre double vœu.Le Diable n'y peut rien,‖ Maître, non plus que Dieu ;Et j'estime aussi peu,‖ sans haine et sans envie,Les choses de la mort‖ que celles de la vie.Dans sa sincérité,‖ voilà mon sentiment,Et si j'ai ri, c'était,‖ Seigneur, innocemment.— Roi des Anges, Seigneur‖ Jésus, mon divin Maître !Dit le Moine, liez‖ la langue de ce traître !Aussi bien il blasphème‖ et raille sans merci.— Pieux Abbé, ne vous‖ irritez point ainsi :Songez que n'étant rien‖ qu'un peu de chair sans âme.Je ne puis mériter‖ ni louange, ni blâme ;Et que, si je me tais,‖ vous conduirez demainCent mille moines, casque‖ en tête et pique en main,Ce seront de fort beaux‖ guerriers dans la bataille,Qui verseront un sang‖ bénit à chaque entaille,Et, morts, s'envoleront‖ sans tarder droit au ciel ;Car, selon vous, Rabbi,‖ c'est là l'essentiel.— Va ! dit Sérapion,‖ Dieu sans doute commande,Pour expier mes lourds‖ péchés, que je t'entende.Parle donc, et poursuis‖ sans plus argumenter,Car le temps du salut‖ se perd à t'écouter.

— Maître, les jours passaient ;‖ et j'avançais en âge,Ivre du sang versé‖ sur les champs de carnage,Toujours robuste et fort‖ comme au siècle lointainOu sur les sombres eaux‖ resplendit le matin.Et les hommes croissaient,‖ vivaient, mouraient, semblablesA des rêves, amas‖ de choses périssablesQue le vent éternel‖ des impassibles cieuxBalayait dans l'oubli‖ morne et silencieux ;Et les forêts germaient,‖ et rentraient dans la boueLeurs troncs écartelés‖ où la foudre se joue,Ne laissant que le sable‖ aride et le rocherOù je vis la rosée‖ et l'ombre s'épancher.Les cités, de porphyre‖ et de ciment bâties,S'écroulaient sous mes yeux,‖ pour jamais englouties ;Les tempêtes vannaient‖ leur poussière, et la nuitDu néant étouffait‖ le vain nom qui les suit,Avec le souvenir‖ de leurs langues antiquesEt le sens disparu‖ des pages granitiques.Enfin, seigneur Abbé,‖ germe mystérieuxDe siècle en siècle éclos,‖ j'ai vu naître des Dieux,Et j'en ai vu mourir !‖ Les mers, les monts, les plainesEn versaient par milliers‖ aux visions humaines ;Ils se multipliaient‖ dans la flamme et dans l'air,Les uns armés du glaive‖ et d'autres de l'éclair,Jeunes et vieux, cruels,‖ indulgents, beaux, horribles,Faits de marbre ou d'ivoire,‖ et tantôt invisibles,Adorés et haïs,‖ et sûrs d'être immortels !Et voici que le temps‖ ébranlait leurs autels,Que la haine grondait‖ au milieu de leurs fêtes,Que le monde en révolte‖ égorgeait leurs prophètes,Que le rire insulteur,‖ plus amer que la mort,Vers l'abîme commun‖ précipitait leur sort ;Et qu'ils tombaient, honnis,‖ survivant à leur gloire,Dieux déchus, dans la fosse‖ irrévocable et noire ;Et d'autres renaissaient‖ de leur cendre, et toujoursHommes et Dieux roulaient‖ dans le torrent des jours.

Moi, je vivais, voyant‖ ce tourbillon d'imagesSe dissiper au vent‖ de mes ailes sauvages.Calme, heureux, sans regrets,‖ et ne reconnaissantCes spectres qu'a l'odeur‖ de la chair et du sang.Je vivais ! tout mourait‖ par les cieux et les mondes ;Je vivais, promenant‖ mes courses vagabondesDes cimes du Caucase‖ aux cèdres du Carmel,De l'univers mobile‖ habitant éternel,Et du banquet immense‖ immuable convive,Me disant : Si tout meurt,‖ c'est afin que je vive !Et je vivais ! Ah ! ah !‖ seigneur Sérapion,En ces beaux siècles, sauf‖ votre permission,Si pleins d'écroulements‖ et de clameurs de guerre,Dans ma félicité‖ je ne prévoyais guèreQu'il viendrait un jour sombre‖ où le mauvais destinMe frapperait au seuil‖ de mon meilleur festin,Et que je traînerais,‖ plus de trois cents années,Au sentier de la faim‖ mes ailes décharnées.Maudit soit ce jour-là‖ parmi les jours passésEt futurs, où m'ont pris‖ ces désirs insensés !Maudit soit-il, de l'aube‖ au soir, dans sa lumièreEt son ombre, dans sa‖ chaleur et sa poussière.Et dans tous les vivants‖ qui virent son éveilEt le lugubre éclat‖ de son morne soleilEt sa fin ! Oui, maudit‖ soit-il, et qu'il n'en resteQu'un souvenir plus sombre‖ encore et plus funeste,Qui soit, ainsi que lui,‖ septante fois maudit ! —

Le Corbeau, hérissant‖ ses plumes, ayant ditCet anathème avec‖ beaucoup de violence,Garda quelques instants‖ un sinistre silence,Comme accablé d'un lourd‖ désespoir et d'effroi.— Donc, le bras du Très-Haut‖ s'est abattu sur toi,Dit le Moine, et vengeant‖ d'innombrables victimes,Corbeau hideux, il t'a‖ flagellé de tes crimes ?— Rabbi, dit le Corbeau,‖ n'est-il point d'équitéDe ne punir jamais‖ qu'un dessein médité,L'intention mauvaise,‖ et non le fait unique ?Certes, mon châtiment‖ fut une chose inique,Car je ne savais point,‖ Maître, et j'obéissaisA ma nature, sans‖ colère et sans excès.— Qu'as-tu fait ? dit le Moine.‖ Achève ? la nuit passeEt les astres déjà‖ s'inclinent dans l'espace.— Seigneur, dit l'Oiseau noir‖ agité de terreur,Ceci m'advint du temps‖ de Tibère, empereur.Un jour que je cherchais‖ ma proie accoutuméeEn planant au-dessus‖ des villes d'Idumée,Un grand vent m'emporta.‖ C'était un vendredi,Autant qu'il m'en souvienne,‖ et dans l'après-midi.Et je vis trois gibets‖ sur la colline haute,Et trois suppliciés‖ qui pendaient côte à côte.— Miséricorde ! dit‖ le Moine tout en pleurs,C'était le Roi Jésus‖ entre les deux voleurs !— Cette colline, dit‖ l'Oiseau, très âpre et nue,Silencieusement‖ se dressait dans la nue.Un nuage rougi‖ par le soleil couchant,Immobile dans l'air‖ poudreux et desséchant,Pesait de tout son poids‖ sur ce morne ossuaire,Comme sur un sépulcre‖ un granit mortuaire.Et la hauteur était‖ déserte autour des croixOù deux des condamnés‖ hurlaient à pleines voixPar un râle plus sourd‖ souvent interrompues,Et se tordaient, ayant‖ les deux cuisses rompues.Mais le troisième, Maître,‖ une ouverture au flanc,Attaché par trois clous‖ à son gibet sanglant,Ceint de ronces, meurtri‖ par les coups de lanières,Reposait au sortir‖ des angoisses dernières,Allongeant ses bras morts‖ et ployant les genoux.Il était jeune et beau,‖ sa tête aux cheveux rouxDormait paisiblement‖ sur l'épaule inclinée ;Et, d'un mystérieux‖ sourire illuminée,Sans regrets, sans orgueil,‖ sans trouble et sans effort,Semblait se réjouir‖ dans l'opprobre et la mort.Certes, de quelque nom‖ que la terre le nomme,Celui-là n'était point‖ uniquement un homme,Car de sa chevelure‖ et de toute sa chairRayonnait un feu doux,‖ disséminé dans l'air,Et qui baignait parfois‖ des lueurs de l'opaleCe cadavre si beau,‖ si muet et si pâle.Et je le contemplais,‖ n'ayant rien vu de telParmi les Rois au trône‖ et les Dieux sur l'autel.— O Jésus ! dit l'Abbé,‖ levant ses mains unies,O source et réservoir‖ des grâces infinies,Verbe de Dieu, vrai Dieu,‖ vrai Soleil du vrai ciel,Vrai Rédempteur, qui bus‖ l'hysope avec le fiel,Et qui voulus, du sang‖ de tes chères blessures,De l'antique péché‖ laver les flétrissures,O Christ, c'était toi ! Christ !‖ c'était ton corps sacré,Pain des Anges, par qui‖ tout sera réparé,Ton corps, Seigneur, substance‖ et nourriture vraies,Avec l'intarissable‖ eau vive de tes plaies !C'était ta chair, ô roi‖ Jésus ! qui pendait là,Sur ce bois devant qui‖ l'univers chancela,Sur cet arbre que Dieu‖ de sa rosée inonde,Et dont le fruit vivant‖ est le salut du monde !Mon Seigneur ! par ce prix‖ que nous t'avons coûté,Gloire au plus haut des cieux‖ et dans l'éternitéDes temps, où pour jamais‖ ta grâce nous convie,Gloire à toi, Christ-Jésus,‖ force, lumière et vie !

— Amen ! dit le Corbeau.‖ Rabbi, vous parlez bien ;Mais de ceci, pour mon‖ malheur, ne sachant rien,Je pris très follement‖ mon vol pour satisfaireMa faim, comme j'avais‖ coutume de le faire.— Maudit ! cria l'Abbé,‖ les cheveux hérissésD'épouvante, d'horreur‖ et de colère ; assez !Saints Anges ! as-tu donc,‖ ô bête sacrilège,Osé toucher la chair‖ trois fois sainte ? Puissé-jeExpier, par mes pleurs‖ et par mon sang, ce faitD'avoir ouï parler,‖ Jésus, d'un tel forfait !Ce vil mangeur des morts,‖ sur la Croix éternellePoser sa griffe immonde‖ et refermer son aile !O profanation‖ horrible ! Seigneur Dieu !L'inextinguible Enfer‖ a-t-il assez de feuPour brûler ce corbeau‖ monstrueux et vorace ?

— Maître, dit l'Oiseau noir,‖ apaisez-vous, de grâce !Et daignez m'écouter,‖ s'il vous plaît, jusqu'au bout.Je volai vers la croix ;‖ mais, hélas ! ce fut tout.Un spectre éblouissant,‖ pareil à ce grand AngeQui du monde jadis‖ purifiait la fange,Et dont l'éclat me fit‖ tomber inanimé,Abrita le Dieu mort‖ de son bras enflammé ;Et comme je gisais‖ sur la pierre brûlante,Je l'entendis parler‖ d'une voix grave et lente.Et cette voix toujours‖ m'enveloppe, ô Rabbi :— Puisque l'Agneau divin‖ désormais a subi,Plus amers que le fiel‖ et la mort elle-même,Et l'ineffable outrage‖ et l'opprobre suprêmeD'exciter ton désir‖ en horreur au tombeau ;Puisque tout est fini‖ par ton œuvre, Corbeau !Tu ne mangeras plus,‖ ô bête inassouvie,Qu'après trois cent soixante‖ et dix-sept ans de vie. —Et son souffle me prit,‖ comme un grand tourbillonFait d'une feuille morte‖ au revers du sillon,Et me jeta, le corps‖ sanglant, l'aile meurtrie,Du morne Golgotha‖ par delà Samarie.— Cet Ange, dit le Moine,‖ était assurément,En ceci, beaucoup moins‖ sévère que clément.

— C'est un supplice étrange‖ et sans nom que de vivreDe ce qui fait mourir !‖ quand la faim vous enivreEt vous mord, furieuse,‖ au ventre, que de voirQuelque festin royal‖ où l'on ne peut s'asseoir,Et d'errer sans repos‖ entre mille pâtures,Pour y multiplier‖ sans trêve ses tortures !Depuis ce jour fatal,‖ mon Maître, j'ai jeûné ;J'ai vainement mordu‖ de mon bec acharnéL'homme sur la poussière‖ et le fruit mûr sur l'arbre ;L'un devenait de roc‖ et l'autre était de marbre ;Et, toujours consumé‖ d'angoisse et de désir,Convoitant une proie‖ impossible à saisir,Portant de ciel en ciel‖ ma faim inexorable,J'ai vécu, maigre, vieux,‖ haletant, misérable !Ce fut là mon supplice,‖ et, certe, immérité.— Le châtiment fut bon,‖ dit le Moine irrité.Repens-toi, sans nier‖ ton infaillible Juge.Quoi ! n'as-tu point, depuis‖ l'universel Déluge,Dans ta faim effroyable‖ à tant d'hommes gisants,Assez mangé, Corbeau,‖ pour jeûner trois cents ans ?— On ne se défait point‖ d'une vieille habitudeSans que l'épreuve, dit‖ le Corbeau, ne soit rude,Et si vous ne mangiez‖ de sept jours seulementVous verriez ce que vaut‖ votre raisonnement,Eussiez-vous, subissant‖ vos brèves destinées,Dévoré le festin‖ de mes trois mille années !Or voici, grâce à vous,‖ seigneur Sérapion,Que j'ai fini le temps‖ de l'expiation.Votre pain était dur,‖ vos figues étaient sèches,Mais, hier, le Danube‖ était plein de chairs fraîches,Et portait à la mer,‖ en un lit de roseaux,Les Romains égorgés‖ qui rougissaient les eaux.Vivez, Rabbi, dans la‖ prière et le silence :Un roi goth a cloué‖ l'Édit d'un coup de lanceDroit au cœur de Valens,‖ et César est fait Dieu.Absolvez-moi, Seigneur,‖ que je vous dise adieu !J'ai hâte de revoir‖ le vieux fleuve et ses hôtes.Vous m'avez écouté,‖ vous connaissez mes fautes ;Absolvez-moi, mon Maître,‖ afin que sans retardDe ce festin guerrier‖ je réclame ma part,Et m'abreuve du sang‖ des braves, et renaisseAussi robuste et fier‖ qu'aux jours de ma jeunesse !— Seigneur Dieu, qui régnez‖ dans les hauteurs du ciel,Donnez-lui, dit l'Abbé,‖ le repos éternel ! —

Le Corbeau battit l'air‖ de ses ailes étiques,Et tomba mort le long‖ des dalles monastiques.

Versification

Mètre
Alexandrins· profil 6−6
Mots à la rime
a monastères / austères féminine, classiqueb d'Orient / priant masculine, classiquec cloître / croître féminine, classiqued déserts / airs masculine, classiquee solitudes / rudes féminine, classiquef complet / déroulait masculine, classiquea dalles / sandales féminine, classiqueb lequel / ciel masculine, classiquec subites / cénobites féminine, classiqued épars / parts masculine, classiquee jeunes / jeûnes féminine, classiquef l'Empereur / terreur masculine, équivalenteg cilices / supplices féminine, classiqueh esprit / proscrit masculine, classiquei m'assiste / triste féminine, classiquej entendit / dit masculine, classiquek pitoyable / Diable féminine, classiquel d'ailleurs / meilleurs masculine, classiquem dure / j'endure féminine, classiquen étonné / né masculine, classiquea créature / imposture féminine, classiqueb ainsi / voici masculine, classiquec forme / énorme féminine, classiqued demi / endormi masculine, classiquee espèce / épaisse féminine, classiquef déplumé / consumé masculine, classiqueg robuste / juste féminine, classiqueh vision / occasion masculine, classiquei ténèbres / funèbres féminine, classiquea Satan / Va-t'en masculine, classiqueb âmes / flammes féminine, classiquec croix / crois masculine, classiqued rire / maudire féminine, classiquee voilà / cela masculine, classiquef grâce / grasse féminine, classiqueg comment / tourment masculine, classiqueh règles / aigles féminine, classiquei chair / l'Enfer masculine, classiquej fatigues / figues féminine, classiquek friand / mendiant masculine, classiquel brûle / cellule féminine, classiquem l'invitation / Sérapion masculine, classiquea sèches / flèches féminine, classiqueb yeux / soucieux masculine, classiquec grossière / carnassière féminine, classiqued Seigneur / honneur masculine, classiquee ordinaire / centenaire féminine, classiquef singulier / bouclier masculine, classiqueg sorte / forte féminine, classiqueh pensé / passé masculine, classiquei faites / prophètes féminine, classiquej blasphémer / consumer masculine, classiquek pourriture / nature féminine, classiquel vent / vivant masculine, classiquem poussière / lumière féminine, classiquen chien / rien masculine, classiquea homme / somme féminine, classiqueb entiers / volontiers masculine, classiquec heure / demeure féminine, classiqued beaucoup / coup masculine, classiquee insensible / invisible féminine, classiquef pourvu / vu masculine, classiqueg colombes / tombes féminine, classiqueh Corbeau / flambeau masculine, classiquei notoire / histoire féminine, classiquej confession / absolution masculine, classiquek s'humilie / délie féminine, classiquel cieux / vieux masculine, classiquea solitaire / terre féminine, classiqueb monts / limons masculine, classiquec empires / pires féminine, classiqued torts / morts masculine, classiquee Juge / Déluge féminine, classiquef Suborneur / Seigneur masculine, classiqueg affaire / faire féminine, classiqueh débarrassé / trépassé masculine, classiquei aurores / sonores féminine, classiquej lourdement / l'engloutissement masculine, classiquek nombre / l'ombre féminine, classiquel réservoir / pleuvoir masculine, classiquem l'arche / Patriarche féminine, classiquen mers / l'univers masculine, classiqueo tire-d'ailes / universelles féminine, classiquep revenu / devenu masculine, classiqueq mauvaise / déplaise féminine, classiquer saison / prison masculine, classiquea vertes / couvertes féminine, classiqueb noir / voir masculine, classiquec entières / lumières féminine, classiqued niveau / nouveau masculine, classiquee marines / ruines féminine, classiquef arrêté / cité masculine, classiqueg terrasses / races féminine, classiqueh démesurés / effondrés masculine, classiquei coquillages / feuillages féminine, classiquej confus / fûts masculine, classiquek fanges / Anges féminine, classiquel encor / d'or masculine, classiquem stature / ceinture féminine, classiquen yeux / glorieux masculine, classiqueo glacée / enlacée féminine, classiquep vaincu / vécu masculine, classiqueq naufrage / courage féminine, classiquer gisait / luisait / Abbé masculine, classiques bêtes / têtes féminine, classiquet éléphants / étouffants masculine, classiqueu nues / connues féminine, classiquev naseaux / eaux masculine, classiquew féconde / immonde féminine, classiquex vents / vivants masculine, classiquey d'années / destinées féminine, classiquez enfin / faim masculine, classiquea solitude / quiétude féminine, classiqueb accoutumé / enflammé masculine, classiquec inconnues / nues féminine, classiqued lui / ébloui masculine, classiquee profonde / monde féminine, classiquef d'azur / impur masculine, classiqueg soudaines / humaines féminine, classiqueh clos / flots masculine, classiquei vallées / salées féminine, classiquek tombai / après / forêts masculine, classiquea trêve / rêve féminine, équivalentec superbes / herbes féminine, non classiqued verts / l'univers masculine, classiquee sauvages / nuages féminine, classiquef l'occident / dent masculine, classiqueg mortelles / nouvelles féminine, classiqueh durs / mûrs masculine, classiquei poussière / pierre féminine, classiquej récent / renaissant masculine, classiquek égorgées / assiégées féminine, classiquel radieux / Dieux masculine, classiquem géhenne / haine féminine, classiquen ancien / bien masculine, classiqueo inexorable / Diable féminine, classiquep réfléchissant / sang masculine, classiqueq morte / emporte féminine, classiquer vœu / Dieu masculine, classiques envie / vie féminine, non classiquet sentiment / innocemment masculine, classiqueu Maître / traître féminine, classiquev merci / ainsi masculine, classiquew âme / blâme féminine, classiquex demain / main masculine, classiquey bataille / entaille féminine, classiquez ciel / l'essentiel masculine, classiquea commande / t'entende féminine, classiqueb argumenter / t'écouter masculine, classiquea âge / carnage féminine, classiqueb lointain / matin masculine, classiquec semblables / périssables féminine, classiqued cieux / silencieux masculine, classiquee boue / joue féminine, classiquef rocher / s'épancher masculine, classiqueg bâties / englouties féminine, classiqueh nuit / suit masculine, classiquei antiques / granitiques féminine, classiquej mystérieux / Dieux masculine, classiquek plaines / humaines féminine, classiquel l'air / l'éclair masculine, classiquem horribles / invisibles féminine, classiquen immortels / autels masculine, classiqueo fêtes / prophètes féminine, classiquep mort / sort masculine, classiqueq gloire / noire féminine, classiquer toujours / jours masculine, classiquea d'images / sauvages féminine, classiqueb reconnaissant / sang masculine, classiquec mondes / vagabondes féminine, classiqued Carmel / éternel masculine, classiquee convive / vive féminine, non classiquef Sérapion / permission masculine, classiqueg guerre / guère féminine, classiqueh destin / festin masculine, classiquei années / décharnées féminine, classiquej passés / insensés masculine, classiquek lumière / poussière féminine, classiquel éveil / soleil masculine, classiquem reste / funeste féminine, classiquen maudit / dit masculine, classiqueb violence / silence féminine, classiquec d'effroi / toi masculine, classiqued victimes / crimes féminine, classiquee d'équité / médité masculine, classiquef unique / inique féminine, classiqueg j'obéissais / excès masculine, classiqueh passe / l'espace féminine, classiquei terreur / empereur masculine, classiquej accoutumée / d'Idumée féminine, classiquek vendredi / l'après-midi masculine, classiquel haute / côte féminine, classiquem pleurs / voleurs masculine, classiquen nue féminine, classiqueo couchant / desséchant masculine, classiquep ossuaire / mortuaire féminine, classiqueq croix / voix masculine, classiquer interrompues / rompues féminine, classiques flanc / sanglant masculine, classiquet lanières / dernières féminine, classiqueu genoux / roux masculine, classiquev inclinée / illuminée féminine, classiquew effort / mort masculine, classiquex nomme / homme féminine, classiquey chair / l'air masculine, classiquez l'opale / pâle féminine, classiquea tel / l'autel masculine, classiqueb unies / infinies féminine, classiquec ciel / fiel masculine, classiqued blessures / flétrissures féminine, classiquee sacré / réparé masculine, classiquef vraies / plaies féminine, classiqueg là / chancela masculine, classiqueh inonde / monde féminine, classiquei coûté / l'éternité masculine, classiquej convie / vie féminine, classiquea bien / rien masculine, classiqueb satisfaire / faire féminine, classiquec hérissés / assez masculine, classiqued sacrilège / Puissé-je féminine, classiquee fait / forfait masculine, classiquef éternelle / aile féminine, classiqueg Dieu / feu masculine, classiqueh vorace / grâce féminine, équivalenteb bout / tout masculine, classiquec Ange / fange féminine, classiqued inanimé / enflammé masculine, classiquee brûlante / lente féminine, classiquef Rabbi / subi masculine, classiqueg elle-même / suprême féminine, classiqueh tombeau / Corbeau masculine, classiquei inassouvie / vie féminine, classiquej tourbillon / sillon masculine, classiquek meurtrie / Samarie féminine, classiquel assurément / clément masculine, classiquea vivre / enivre féminine, classiqueb voir / s'asseoir masculine, classiquec pâtures / tortures féminine, classiqued jeûné / acharné masculine, classiquee l'arbre / marbre féminine, classiquef désir / saisir masculine, classiqueg inexorable / misérable féminine, classiqueh immérité / irrité masculine, classiquej gisants / ans masculine, classiquek habitude / rude féminine, classiquel seulement / raisonnement masculine, classiquem destinées / années féminine, classiquen Sérapion / l'expiation masculine, classiqueo sèches / fraîches féminine, classiquep roseaux / eaux masculine, classiqueq silence / lance féminine, classiquer Dieu / adieu masculine, classiques hôtes / fautes féminine, classiquet retard / part masculine, classiqueu renaisse / jeunesse féminine, classiquev ciel / éternel masculine, classiquea étiques / monastiques féminine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.5· écart moyen à la rime classique 0.1

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

518 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poèmes barbares, Librairie Alphonse Lemerre, Paris, 1889· numérisation gallica.bnf.fr· Sources