Réglages

Mémorisé dans ce navigateur.

Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Vers de vase, 1906· Poésies et monologues

Maraude nocturne

Louis Lemercier de Neuville· 56 vers

Ainsi qu’un vaste champ de bléParsemé de fleurs éclatantes,Le firmament est constelléDe mille étoiles scintillantes,Et, de l’horizon émergeantLa lune jette sa lumièreSur le milieu de la rivièreQui semble un long ruban d’argent !

Il fait trop clair pour la maraude ;Pourtant, évitant tous les bruits.Dans son bateau le pêcheur rôdeAinsi qu’il fait toutes les nuits.Il suit les contours de la rive,A l’ombre des arbres penchésOù les oiseaux de nuit cachésFont entendre leur voix plaintive.

Les gardes les connaissent bien,Ces coutumiers de maraudailles,Pourtant ils ne leur disent rien,Car ils ont peur des représailles.Aussi, vainement, les pêcheursAdressent-ils plainte sur plainte,Les maraudeurs jettent sans craintePartout leurs filets destructeurs.

Chaque nuit, lorsque le silencePar nul bruit fâcheux n’est troublé,Sous le buisson noir qui s’avanceIl semble qu’on jette du blé.Ce bruit, c’est l’échiquier voraceQui lancé très habilementVient ramasser rapidementTout le poisson de votre place.

Et, toute la nuit, l’on entendCe bruit, sur l’une ou l’autre rive.C’est vainement que l’on défendCette pêche trop productive,Les gardes tiennent à leur peau ;Il savent que ces misérables,S’ils s’approchaient, seraient capablesDe les jeter très bien à l’eau.

Cependant la nuit se consumeDans ce travail dévastateur ;Le matin, à travers la brume,Le soleil montre sa lueur ;Le maraudeur vite s’éloigneEt porte ce qu’il a pêchéFrauduleusement au marché……Si le garde avait de la poigne ?

L’après-midi, tranquillement,Le maraudeur, changeant d’allure,Vous parle de repeuplement,Vous dit que la pèche est bien dure !Si vous êtes compatissantVous soulagez son indigence,Mais l’autre nuit il recommenceEt le garde est toujours absent !

56 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Vers de vase, Paris, BORNEMANN, ÉDITEUR, 1906· numérisation gallica.bnf.fr· Sources