Épîtres et élégies, 1819· Élégies
ÉLÉGIE II. La maladie de langueur
Muse, qui d'un regard‖ honoras mon berceau,Que je veux invoquer‖ jusqu'au bord du tombeau,Viens, ah ! viens, de tes sœurs‖ emprunte tous les charmes.Vous ayez, je le sais,‖ essuyé bien des larmes ;Vous avez soutenu‖ des grands dans leurs revers,Des sages dans l'exil‖ et des rois dans les fers !Pour des maux plus cruels‖ aurez-vous un remède ?Voyez ce malheureux‖ que votre amour possède ;Jeune encore, et déjà‖ de langueur accablé,Loin de vos bois chéris‖ ses maux l'ont exilé.Souvent son sang s'allume,‖ et son œil étincelle ;Il prend encor son luth ;‖ mais sa force infidèleDe son enthousiasme‖ a trahi les élans.Ainsi le voyageur,‖ dans des déserts brûlans,Couché près d'une source‖ où sa soif peut s'éteindre,Dans d'impuissans efforts‖ meurt sans pouvoir l'atteindre.Adieu, plaisirs divins !‖ adieu, charmans accords !Qui de son ame ardente‖ enflammiez les transports !Adieu, chères erreurs !‖ adieu, douce fumée,Songes de l'avenir,‖ gloire, éclat, renommée,Noble orgueil du talent‖ qui croit sentir son prix !Et vous, Ô ses travaux,‖ vainement entrepris !On arrache sa lyre‖ à sa main affaiblie,Et pour sauver ses jours‖ on veut qu'il vous oublie.Eh ! que lui font sans vous‖ des jours infortunés,Dans l'éternelle nuit‖ en silence entraînés ?Lâches avis ! Non, non,‖ qu'il brille et se consume !C'est pour périr bientôt‖ que le flambeau s'allume ;Mais il brûle un moment‖ sur les autels des dieux.Voyez, quand le trépas‖ va lui fermer les yeux,Ce fils de qui l'on veut‖ écarter une mère,Contre son sein mourant‖ il la tient, il la serre,Il lui sourit encore,‖ et tranquille en ses bras,De la mort qui s'avance‖ il n'entend plus les pas :Tel l'enfant d'Apollon,‖ près de la rive sombre,Embrasse encor la gloire,‖ et s'attache à son ombre.Fuyez, soucis cruels ;‖ fuyez, noires terreurs ;Laissant à l'harmonie‖ endormir ses douleurs,Il veut, les yeux fixés‖ sur les fleurs de la rive,Livrer au fier torrent‖ sa barque fugitive,Et dans l'abîme affreux‖ mollement descendu,Y disparaître enfin‖ sans l'avoir aperçu.Sous ses doigts défaillans,‖ à l'instant qu'il expire,Un son mélodieux‖ anime encor sa lyre :Et, bercé par la Muse‖ à son dernier moment,Dans des rêves de gloire‖ il s'endort doucement.Ainsi, près des autels,‖ de festons couronnée,La tranquille victime‖ aux Muses destinéeRegardant sans effroi‖ les sacrificateurs,Tombe au milieu des chants,‖ de l'encens et des fleurs.Tel l'immortel oiseau‖ de l'heureuse Arabie,Lorsque pour la reprendre‖ il va quitter la vie,Se compose à lui-même‖ un bûcher parfumé,Où des feux du soleil‖ sans douleur consumé,Il renaît tout-à-coup‖ de ses cendres fumantes,Et dans des tourbillons‖ de flammes odorantes,Rajeuni par la mort,‖ brillant et glorieux,Il fuit loin de la terre,‖ et se perd dans les cieux.
Versification
- Forme
- 1 distiques (distiques)
- Rimes
- 29((aa))
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Strophes
- 1 distiques
- Mots à la rime
- a berceau / tombeau masculine, classiqueb charmes / larmes féminine, classiquec revers / fers masculine, classiqued remède / possède féminine, classiquee accablé / exilé masculine, classiquef étincelle / infidèle féminine, classiqueg élans / brûlans masculine, classiqueh s'éteindre / l'atteindre féminine, classiquei accords / transports masculine, classiquej fumée / renommée féminine, classiquek prix / entrepris masculine, classiquel affaiblie / oublie féminine, classiquem infortunés / entraînés masculine, classiquen consume / s'allume féminine, classiqueo dieux / yeux masculine, classiquep mère / serre féminine, classiqueq bras / pas masculine, classiquer sombre / ombre féminine, classiques terreurs / douleurs masculine, classiquet rive / fugitive féminine, classiqueu descendu / aperçu masculine, classiquev expire / lyre féminine, classiquew moment / doucement masculine, classiquex couronnée / destinée féminine, classiquey sacrificateurs / fleurs masculine, classiquez Arabie / vie féminine, classiquea parfumé / consumé masculine, classiqueb fumantes / odorantes féminine, classiquec glorieux / cieux masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.8· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
58 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Épîtres et élégies, Paris, CHEZ P.F. DELSTRE, LIBRAIRE, 1819· numérisation books.google.fr· Sources