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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Épîtres et élégies, 1819· Élégies

ÉLÉGIE I. Le bannissement

Charles Loyson· strophe unique, octosyllabes, 73 vers

Dans cette libre solitudeOù je trouvais mon univers,Je ne vivais que pour l'étude,Les arts et l'amour des beaux vers.Jeune, j'étais sans défiance.Oh ! quelle triste expérience !Il est donc des mortels pervers ?Tandis qu'en pleine confiance,Sur la foi de sa conscience,L'innocence sommeille en paix,La ténébreuse calomnieVeille en secret avec l'envie,Et trame ses affreux projets.Le moment vient, elle s'anime,Le fer dans l'ombre est suspendu ;Sa faible et tranquille victimeReçoit le coup inattendu,Tombe, et s'éveille dans l'abîme.O mon père ! O mon bienfaiteur !Par quelle trahison infâmeA pu me noircir dans ton ameUn obscur et lâche imposteur.Quand de ta maison paternelleTu me bannis avec rigueur,De cette sentence cruelleJe puis supporter la douleur ;Mais tu m'as bannis de ton cœur ;Voilà ma blessure mortelle,Et mon courage, qui chancelle,Est sans force pour ce malheur.Adieu donc, je vais, dans ce monde,Où tu me jettes malgré moi,Porter mon invincible effroiEt mon ignorance profonde.Hélas ! à mes pas incertains,Lorsque mon protecteur m'exile,Qui voudra donner un asile ?Mais je me livre à mes destins.Je le sens trop, mon ame neuve,De l'injustice des humainsDoit faire encor plus d'une épreuve.Oh ! puissent leurs tristes leçonsÊtre pour moi long-tems perdues !Puissent leurs noires trahisonsM'arriver toujours imprévues !Adieu, peut-être quelque jour,Instruit d'un indigne artifice,Tu connaîtras ton injusticeEt tu pleureras à ton tour.Que dis-je ! O puissance céleste,Épaissis le voile funesteDont ses yeux, hélas ! sont chargés.Qu'il vive toujours sans alarmes :Mes malheurs seraient trop vengésS'ils devaient lui coûter des larmes.Adieu, beaux arbres, bois touffus,Où j'ai passé de douces heures ;Adieu, vous ne me verrez plusErrer dans ces belles demeures.Ah ! que toujours, sous ces berceaux,Celui que j'ai nommé mon père,Respire en paix de vos rameauxL'ombre et la fraîcheur solitaire,Et qu'aucune pensée amèreN'y vienne troubler son repos !Mais lorsque sous vos vertes cimesLes cruels auteurs de mes mauxViendront méditer quelques crimes,Ourdir quelques malheurs nouveaux,Que la sève qui vous arroseSe transforme en poisons affreux,Et que la fleur à peine écloseExpire et tombe devant eux.

Versification

Forme
Strophe unique
Rimes
1[ababccb] 2[aa] 5[abba] 2[ababa] 5[abab] 1[abbacac] 1[ababb]
Mètre
Octosyllabes
Mots à la rime
a solitude / l'étude féminine, classiqueb univers / vers / pervers masculine, classiquec défiance / expérience féminine, classiqued confiance / conscience féminine, classiquee paix / projets masculine, classiquef calomnie / l'envie féminine, classiqueg s'anime / victime / l'abîme féminine, classiqueh suspendu / inattendu masculine, classiquei bienfaiteur / imposteur masculine, classiquej infâme / ame féminine, classiquek paternelle / cruelle féminine, classiquel rigueur / douleur masculine, classiquem cœur / malheur masculine, classiquen mortelle / chancelle féminine, classiqueo monde / profonde féminine, classiquep moi / effroi masculine, classiqueq incertains / destins / humains masculine, classiquer m'exile / asile féminine, classiques neuve / épreuve féminine, classiquet leçons / trahisons masculine, classiqueu perdues / imprévues féminine, classiquev jour / tour masculine, classiquew artifice / injustice féminine, classiquex céleste / funeste féminine, classiquey chargés / vengés masculine, classiquez alarmes / larmes féminine, classiquea touffus / plus masculine, classiqueb heures / demeures féminine, classiquec berceaux / rameaux masculine, classiqued père / solitaire / amère féminine, classiquee repos / maux / nouveaux masculine, classiquef cimes / crimes féminine, classiqueg arrose / éclose féminine, classiqueh affreux / eux masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 0.7· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

73 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Épîtres et élégies, Paris, CHEZ P.F. DELSTRE, LIBRAIRE, 1819· numérisation books.google.fr· Sources