Le bonheur de l’étude :, 1817· Imitations et traductions
Serment d’Annibal
Ex Silio Italico Annibal se Æternum Romanis Hostem fore jurat.
URBE fuit mediâ sacrum genitricis Elisa, Moenibus et patriâ Tyriis formidine cultum, Quod taxi circum, et piceae squalentibus umbris Abdiderant, cælique arcebant lumine templum. Hoc sese (ut perhibent) curis mortalibus olim Exuerat regina loco. Stant marmore mæste Effigies, Belusque parens, omnisque nepotum A Belo series : stat gloria gentis Agenor, Et qui longa dedit terris cognomina Phoenix :
Au milieu des remparts‖ de la fière CarthageS'élève un temple antique‖ à Didon consacré.Des ifs et des sapins‖ l'impénétrable ombrageChasse les traits du jour‖ de ce lieu retiré.Là, de Siché, dit-on,‖ l'épouse infortunée,Par un ingrat abandonnée,Avait fini ses jours.‖ Ses touchantes douleurs ;Sur le marbre vivent encore ;Elle paraît encor,‖ les yeux mouillés de pleurs,Rappeler, mais en vain,‖ l'inconstant qu'elle adore.Il a fui, l'infidèle,‖ et déjà dans sa mainElle tient un poignard‖ tourné contre son sein.
Ipsa sedet tandem æternum conjuncta Sichæo : Ante pedes ensis Phrygius jacet. Ordine centum Stant ara coelique Deis, Hereboque potenti. Hic crine effuso, atque Ennææ numina divæ, Atque acheronta vocat Stygià cum veste sacerdos. Immugit tellus, rumpitque horrenda per umbras Sibila, inaccensi flagrant altaribus ignes. Tum magico volitant cantu per inania manes Ecciti, vultusque in marmore sudat Elisæ. Annibal læc patrio jussu ad penetralia fertur, Ingressique habitus, atque ora explorat Amilcar. Non ille eyantis massilæ pallait iras, Non diros templi ritus, aspersaque tabo Limina, et audito surgentes carmine flammas.
C'est là qu'une prêtresse,‖ aux ondes infernalesMêlant des flots de sang humain,De ces libations fatalesArrose cent autels d’airain.Là, les cheveux épars‖ et la bouche écumante,Elle évoque à grands cris‖ les spectres des enfers ;Ses accens font trembler‖ la terre mugissante ;Un feu magique brille‖ et vole dans les airs.Dociles à sa voix,‖ mille spectres funèbresQuittent les horribles ténèbresDu silencieux Achéron ;Un peuple vain de noirs fantômes,Guidé par la sombre Alecton,Erre sous ces lugubres dômes ;Le marbre s'épouvante,‖ et les yeux de DidonOnt laissé tomber quelques larmes.Jeune encore, introduit‖ dans ce séjour d'alarmes,Tandis qu'autour de lui‖ tout est rempli d'horreur,Annibal seul voit sans terreur,Mille fantômes prophétiques,
Olli permulcens genitor caput oscula libat, Attollitque animos hortando, et talibus implet : Gens recidiya Phrygum Cadmææ stirpis alumnos Fæderibus non æqua premit : si fata negârint Dedecus id patriæ nostrâ depellere dextrâ, Hæc tua sit laus nate velis : age, concipe bella Latura exitium Laurentibus : Horreat ortus Jam pubes Tyrrhena tuos, partusque recusent Te surgente, puer, Latiæ producere matres. His acuit stimulis, subicitque haud mollia dicta : Romanos terra, atque undis, ubi competet ætas, Ferro, ignique sequar, Rhoetæaque fata revolvam. Non superi mihi, non martem cohibentia pacta, Non celsæ abstulerint Alpes, Tarpejaque saxa
Sous ces lambris silencieux,Se traîner dans le sang‖ qui rougit les portiquesEt souille les autels des dieux.
Cependant le regard d'un pèreObservait du héros‖ les moindres mouvemens,Et cherchait dans ses yeux‖ son âme toute entière.Quel transport pénètre ses sens,Lorsqu'il le voit‖ du terrible mystèreBraver les noirs enchantemens,Et, sans crainte, approcher‖ de l'affreux sanctuaire !« C'en est assez, dit-il,‖ Annibal, ô mon fils !Je vais donc, sans regret,‖ descendre dans la tombe !Que ton courage plaît‖ à mes sens attendris !Si je ne puis plus rien‖ pour Carthage qui tombe,Tes mains relèveront‖ quelque jour ses débris.Mon fils, déjà des mers‖ tu franchis les abîmes,Les Alpes sous tes pas‖ ont abaissé leurs cimes ;Le plus hardi Romain‖ tremble en pensant à toi ;Et, dans ces fiers remparts‖ qui menacent le monde,
Hanc mentem. Juro nostri per numina martis, Per manes regina tuos. Tum nigra triformi Hostia mactatur divæ, raptimque recludit Spirantés artus poscens responsa sacerdos, Ac fugientem animam properatis consulit extis.
Au seul nom d'Annibal,‖ le cour saisi d'effroi,Chaque épouse pâlit‖ et craint d'être féconde.Romains, c'en est assez,‖ tous mes vœux sont contens ;Vous saurez en mourant‖ que mon sang est fidèleA nos justes ressentimens.Jure leur donc, mon fils,‖ une haine éternelle,Jure, nos dieux vaincus‖ attendent tes sermens. »Il a dit : deux Romains,‖ pris au sein des batailles,Tombent sous le couteau sacré ;La prêtresse ouvre leurs entrailles,Et la main dans leur sang‖ Annibal a juré.
Versification
- Forme
- Strophes variées
- Rimes
- 7[abab] 6[aa] 3[ababa] 1[ababcbc]
- Mètre
- Alexandrins et octosyllabes (40 de 12, 21 de 8, 1 de 10)· profil 8, 4+6, 6+6
- Mots à la rime
- a Carthage / ombrage féminine, classiqueb consacré / retiré masculine, classiquec infortunée / abandonnée féminine, classiqued douleurs / pleurs masculine, classiquee encore / adore féminine, classiquef main / sein masculine, classiquea infernales / fatales féminine, classiqueb humain / d’airain masculine, classiquec écumante / mugissante féminine, classiqued enfers / airs masculine, classiquee funèbres / ténèbres féminine, classiquef Achéron / Alecton / Didon masculine, classiqueg fantômes / dômes féminine, classiqueh larmes / d'alarmes féminine, classiquei d'horreur / terreur masculine, classiquej prophétiques / portiques féminine, classiquea silencieux / dieux masculine, classiquea père / entière féminine, classiqueb mouvemens / sens / enchantemens masculine, classiquec mystère / sanctuaire féminine, classiqued fils / attendris / débris masculine, classiquee tombe féminine, classiquef abîmes / cimes féminine, classiqueg toi / d'effroi masculine, classiqueh monde / féconde féminine, classiquec contens / ressentimens / sermens masculine, classiqued fidèle / éternelle féminine, classiquee batailles / entrailles féminine, classiquef sacré / juré masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.4· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
62 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le bonheur de l’étude : discours en vers et autres poésies, Paris, Guillaume et Cie, 1817· numérisation books.google.fr· Sources