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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Poèmes incongrus, 1891

Marche des scolaires

Maurice Mac-Nab· huitains, heptasyllabes et trisyllabes, 98 vers

Air : Il était une fois quatr’ hommes.

Il était un’ fois quat’ miochesConduits par un caporal.C’était l’bataillon sans r’prochesDes scolaires d'Bougival.L’un mangeait du pain d’épice,Le deuxièm’du chocolat,L’troisièm' suçait du réglisseEt l'quatrièm’ son p’tit doigt.

Et moi, les mains dans mes poches,Je m’disais en voyant ça :Oh ! la ! la !Qu’est-c’qui mouch’ra tous ces mioches !Oh ! la ! la !Qu’est-c’qui mouch’ra ces mioch’-là !

Soudain la troupe héroïqueVoit un bout d'cigare éteintQui gisait, mélancolique,Abandonné du destin.Tous quatre avec frénésieTomb’ dessus comm’ des vautours.L’premier dit : « Pas d'jalousie,On l’fum’ra chacun son tour. »

Et moi, les mains dans mes poches,Je m’disais en voyant ça :Oh ! la ! la !Qu’est-c’qui mouch’ra tous ces mioches !Oh ! la ! la !Qu’est-c’qui mouch’ra ces mioch’-là !

Tout en faisant d’la fumée.Ils entrent chez l’mastroquet,L’deuxièm’ dit : « C’est ma tournée,Moi j’m’enfile un perroquet ! »« Patron, servez-nous du raide, »Fait l’troisième, un p’tit pâlot ;L'quatrièm’ dit : « J’intercèdePour un verr’ de picolo ! »

Et moi, les mains dans mes poches,Je m’disais en voyant ça :Oh ! la ! la !Qu’est-c’qui mouch’ra tous ces mioches !Oh ! la ! la !Qu’est-c’qui mouch’ra ces mioch’-là !

Les voilà près d’la boutiqueAu grand épicier du coin,Qui faisait d’la politiqueÀ cent pas d’son magasin.Tout à coup l’premier s’écrie,En montrant un grand baquet :« C’est d’la mélass’, je l’parie,Mince c’qu’on va s’en flanquer ! »

Et moi, les mains dans mes poches,Je m’disais en voyant ça :Oh ! la ! la !Qu’est-c’qui mouch’ra tous ces mioches !Oh ! la ! la !Qu’est-c’qui mouch’ra ces mioch’-là !

Saisissant l’moment propice,Ils font semblant d’se cognerPour fair’ sauver la policeQui commence à les lorgner.Le plus grand, l’ivress’ dans l’âme,Plong’ son sabre dans l’tonneau,Y en a deux qui suc’ la lameEt deux qui suc’ le fourreau.

Et moi, les mains dans mes poches,Je m’disais en voyant ça :Oh ! la ! la !Qu’est-c’qui mouch’ra tous ces mioches !Oh ! la ! la !Qu’est-c’qui mouch’ra ces mioch’-là !

« Sapristi, j’ai la colique,Fait l'quatrièm’ tout d’un coup ;Faut qu’on s’soit trompé d’barrique,C’était pas sucré du tout ! »« Et moi j’ai l’feu dans la tête,J’crois qu’c’était du savon noir ;Faut-il qu'l’épicier soit bête,Nous allons mourir ce soir ! »

Et moi, les mains dans mes poches,Je m’disais en voyant ça :Oh ! la ! la !Qu’est-c’qui mouch’ra tous ces mioches !Oh ! la ! la !Qu’est-c’qui mouch’ra ces mioch’-là !

Vint à passer Déroulède,Il aperçut les gaminsQui criaient tous quatre : « À l’aide ! »En s’tordant l’ventre à plein’ mains.D’un geste patriotiqueLes réchauffant sur son cœur,Il dit : « Viv’ la République,J’ai sauvé quatr’ z’électeurs ! »

Et moi, les mains dans mes poches,Je m’disais en voyant ça :Oh ! la ! la !Qu’est-c’qui mouch’ra tous ces mioches !Oh ! la ! la !Qu’est-c’qui mouch’ra ces mioch’-là !

Versification

Forme
Huitains
Rimes
7{1(ababcdcd) 1(abbabb)}
Mètre
Heptasyllabes et trisyllabes (84 de 7, 14 de 3)
Strophes
7 huitains, 7 sizains
Mots à la rime
a mioches / r’proches féminine, classiqueb caporal / d'Bougival masculine, classiquec d’épice / réglisse féminine, classiqued chocolat / doigt masculine, classiquea poches / mioches féminine, classiqueb ça / la masculine, classiquec la / mioch’-là masculine, classiquea héroïque / mélancolique féminine, classiqueb éteint / destin masculine, non classiquec frénésie / d'jalousie féminine, classiqued vautours / tour masculine, non classiquea fumée / tournée féminine, classiqueb l’mastroquet / perroquet masculine, classiquec raide / J’intercède féminine, classiqued pâlot / picolo masculine, non classiquea boutique / politique féminine, classiqueb coin / magasin masculine, classiquec s’écrie / l’parie féminine, classiqued baquet / flanquer masculine, classiquea propice / police féminine, classiqueb cogner / lorgner masculine, classiquec l’âme / lame féminine, classiqued l’tonneau / fourreau masculine, classiquea colique / d’barrique féminine, classiqueb coup / tout masculine, classiquec tête / bête féminine, non classiqued noir / soir masculine, classiquea Déroulède / l’aide féminine, classiqueb gamins / mains masculine, classiquec patriotique / République féminine, classiqued cœur / z’électeurs masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 0.8· écart moyen à la rime classique 0.6

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

98 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poèmes incongrus, Paris, Léon Vanier, Bibliopole, 1891· numérisation wikisource.org· Sources