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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Œuvres de Malfilatre, 1825· Extraits du génie de Virgile.

Fragmens de l’Énéide

Jacques-Charles-Louis Clinchamps de Malfilâtre· 181 vers

CHANT Ier

Je chante ce héros qui, des bords du Scamandre,Aux champs Laviniens le premier vint descendre ;Qui, long-temps fugitif de cités en déserts,Par Junon poursuivi sur la terre et les mers,Eut à souffrir encor une guerre cruelle,Quand il voulut fonder une ville nouvelle ;Quand il voulut enfin, par l’ordre des destins,Fixer ses dieux errans chez les peuples latins,Dans ces lieux où l’on vit les fils de ce grand hommeBâLir Albe, et les murs de la superbe Rome.

Muse ! raconte-moi ces grands événemens ;Dis quel crime attira ces affreux châtimens ;Dis pourquoi de Junon les fureurs inflexibles,Par des travaux si longs, des courses si pénibles,Exercèrent jadis un héros vertueux.Muse ! tant de courroux est-il fait pour les dieux ?

Il (Éole) enferme les vents dans des antres profonds,Les vents tumultueux, dont les mugissemensÉbranlent leur prison jusqu’en ses fondemens.Éole, armé d’un sceptre, assis sur leurs montagnes,S’oppose à leurs efforts et calme leur furie.Sans lui, les vents fougueux dans l’espace des airsEntraîneraient le ciel, et la terre et les mers.Mais le père des dieux, sous des rochers énormes,Les plongea pour jamais dans des cavernes sombres,Établit un tyran qui, borné dans ses droits,Reçoit des lois lui-même, en leur donnant des lois,Et qui, toujours soumis à ses lois souveraines,Les arrête, et sur eux laisse flotter les rênes.

« On me brave, dit-elle, et les poupes troyennesCouvrent de pavillons les mers tyrrhéniennes ;Un peuple que je hais, un peuple audacieuxPorté dans l’Italie et Pergame et ses dieux.Toi qui, maître des vents sur les humides plaines,A ton gré les retiens, à ton gré les déchaînes,Poursuis mes ennemis, écarte leurs vaisseaux,Ou les ensevelis dans l’abîme des eaux. »

Mais Neptune, étonné de ce désordre affreux,Lève au-dessus des flots un front majestueux :Il voit de toutes parts, sur l’onde courroucée,Du héros d’Ilion la flotte dispersée,Les Troyens accablés par l’orage en fureur :Il le voit, il frémit et reconnaît sa sœur…Il chasse la tempête, il apaise les mers ;Le soleil reparaît sur le trône des airs ;Triton, Cymothoé, d’une main secourable,Délivrent les vaisseaux de leurs prisons de sable,Leur ouvrent une route, et le dieu cependantLes soulève, à son tour, du fer de son trident,Et dans son char, volant sur les plaines profondes,Parcourt légèrement la surface des ondes.

Cependant Jupiter, du plus haut de l’Olympe,De la terre et des mers mesurant l’étendue,Sur les bords africains arrêta ses regards.Vénus, en ce moment, s’approche de son trône,Lève, en tremblant, vers lui ses beaux yeux pleins de larmes :« O père des humains ! ô roi des immortels !Dont la foudre, dit-elle, ébranle l’univers,Quel crime ont pu commettre Énée et les Troyens ?Pourquoi leur fermez-vous, après tant de malheurs,Les chemins d’Italie et ceux du monde entier !Vous nous aviez promis que du sang de TeucerNaîtrait dans l’Ausonie un peuple de héros,Qui sur les nations étendrait son empire :Vous nous l’aviez promis, et vous avez changé !Hélas ! ce doux espoir me consolait du moinsDe la chute de Troie et des maux de mon fils.Ces maux ne cessent point ; quel en sera le terme ?A la fureur des Grecs Anténor échappéA pu franchir les mers qui baignent l’Illyrie,Les bords liburniens, les sources du Timare,De qui les flots naissans, par neuf canaux divers,A grand bruit élancés du sein d’une montagne,Tels qu’une vaste mer, inondent la campagne ;Il a fondé Padoue en ces heureux climats ;Dans un autre Ilion, par ses soins élevée,Ses mains ont suspendu les armes des Troyens ;A ses nouveaux sujets il a donné son nom ;Il règne en paix sur eux, et jouit du repos :Et nous, nous vos enfans, à qui vous destinezLes honneurs immortels et le nectar divin,Jouets infortunés d’une seule Déesse,Sans appui, sans secours, et presque sans vaisseaux,Vous nous voyez poussés par sa rage implacable,Sur des bords inconnus et loin de l’Italie !Nous rendez-vous ainsi notre chère patrie ?Est-ce donc là le prix de notre piété ?…

Un carquois a chargé l’épaule de Vénus ;Ses longs cheveux épars sont le jouet des vents,Et sur l’ivoire nu de ses genoux brillans,Un nœud retient les plis de sa robe flottante....... « Voyez ces douze cygnes :Tantôt, avec fureur, l’oiseau de JupiterD’un vol précipité les poursuivait dans l’air ;Mais leur troupe timide, à la fin raffermie,Se rassemble et se rit de la griffe ennemie.Tous ont touché la terre, ou, prêts à la toucher,De ses bords en jouant on les voit s’approcher,Voler, battre de l’aile autour de ces rivages,Et de leur voix brillante enchanter les bocages.Ainsi vos compagnons sur leurs douze vaisseaux,Échappés aux fureurs et des vents et des eaux,Ont sauvé dans le port ce qui reste de Troie,Ou vers le port du moins s’avancent avec joie. »

Ainsi, dans les beaux jours de l’été renaissant,On voit à leurs travaux s’exercer les abeilles :Les unes de leurs toits font sortir leur jeunesseAux rayons du soleil, et dans les champs fleuris,Épaississent le miel, ou, dans leurs alvéoles,De ce nectar si doux amassent les trésors ;D’autres, en bourdonnant, vont veiller à la porte,Prêtes à recevoir le butin qu’on apporte.En bataillons volans quelquefois rassemblées,Aux frelons importuns elles livrent la guerre ;Tout agit, tout s’empresse et la ruche embauméeRépand au loin l’odeur dont elle est parfumée.

Il reconnut Rhésus et ses blancs pavillons.Diomède, au milieu des ombres de la nuit,Égorgeait dans son camp ce prince infortuné,Massacrait ses soldats trahis par le sommeil ;Enlevait, d’une main de carnage fumante,Ces superbes coursiers, ces monstres pleins d’ardeur,Lorsqu’ils n’avaient encor ni bu des eaux du Xanthe,Ni des champs phrygiens goûté les pâturages.Plus loin paraît le jeune et malheureux Troïle,Dont l’audace imprudente osa combattre AchillePar ce fier ennemi mortellement blessé,De son char, en fuyant, Troïle est renversé ;Il tombe, et par ses pieds, que les guides retiennent,Ses chevaux effrayés rapidement l’entraînent ;Son front, ses beaux cheveux, ses cheveux teints du sangQu’on voit à gros bouillons s’échapper de son flanc,Et du fils de Thétis la pique meurtrière,A la suite du char sillonnent la poussière…Achille revenait de traîner avec joieLe vainqueur de Patrocle autour des murs de Troie ;Et, dans sa tente assis, il vendait à prix d’orLe corps défiguré du déplorable Hector :Énée, en soupirant, et les yeux pleins de larmes,Voit d’un ami si cher la dépouille et les larmes,Et ses membres sanglans, et Priam à genoux,Levant ses faibles mains vers Achille en courroux…

« O puissant Jupiter ! grande divinité,Qui présides, dit-elle (Didon), à l’hospitalité,Favorise mes vœux, et rends cette journéePour les Troyens, pour nous, à jamais fortunée !Dans les deux nations aux siècles à venir,Daignez en conserver l’éternel souvenir !Venez, Junon ; venez, Bacchus, dieu de la joie !Et vous aux étrangers que le ciel nous envoie,Faites, ô Tyriens ! agréer ce séjour,Et, d’accord avec moi, célébrez ce grand jour.

Sur une lyre d’or, le savant IopasRépétait les leçons de l’immortel Atlas :Il chantait du soleil les éclipses profondes,Et des globes errans les clartés vagabondes :Il chantait les saisons, l’astre changeant des mois,L’origine de l’homme et des hôtes des bois,La cause des frimats, la source du tonnerre ;Pourquoi, dans les hivers, le flambeau de la terreVa si tôt se plonger dans l’humide élément :Pourquoi les nuits d’été viennent si lentement…

Chant Ii

Je redoute les Grecs et même leurs présens…

Chant Iii

Les bords du Simoïs et les champs où fut Troie…

Chant IV

Aux bords de l’orient, l’aurore de retourDissipait l’ombre humide et rallumait le jour…

Chant v

Un orage soudain rassemblé sur leur tête ,Apporte dans ses flancs la nuit et la tempête…

Mais le signal se donne. On part ; il fendent l’air,Plus légers que les vents et plus prompts que l’éclair ;Et Nisus, de l’arène effleurant la surface,A peine de ses pas laisse une faible trace…...... cette troupe agileSe replie et s’étend, se mêle, s’entrelace,Et dans mille détours se joue et s’embarasse…...... JunonEnvoya vers le port sa prompte messagère ;Iris vole et descend d’une course légère…

Chant Vii

« Pour moi, qui, grâce au ciel, touche déjà le port,Je vais trouver la paix dans le sein de la mort ;J’espérais seulement une mort plus tranquille. »

181 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après PARIS, Jehenne, 1825· numérisation Gallica· Sources