Œuvres de Malfilatre, 1825· Odes et poésies diverses
Le soleil fixe au milieu des planètes
ODE COURONNÉE A CAEN EN 1578, ET LA MÊME ANNÉE A ROUEN
L’HOMME a dit : les cieux m’environnent,Les cieux ne roulent que pour moi ;De ces astres qui me couronnent,La Nature me fit le roi ;Pour moi seul le Soleil se lève,Pour moi seul le Soleil achèveSon cercle éclatant dans les airs ;Et je vois, souverain tranquille,Sur son poids la terre immobileAu centre de cet univers.
Fier mortel, bannis ces fantômes,Sur toi-même jette un coup-d’œil.Que sommes-nous faibles atomes,Pour porter si loin notre orgueil ?Insensés ! nous parlons en maîtres,Nous qui, dans l’océan des êtres,Nageons tristement confondus ;Nous, dont l’existence légère,Pareille à l’ombre passagère,Commence, paraît, et n’est plus.
Mais quelles routes immortellesUranie entr’ouvre à mes yeux !Déesse, est-ce toi qui m’appellesAux voûtes brillantes des cieux ?Je te suis… Mon âme a grandie,S’élançant d’une aile hardie,Dé la terre a quitté les bords :De ton flambeau la clarté pureMe guide au temple où la NatureCache ses augustes trésors.
Grand Dieu ! quel sublime spectacleConfond mes sens, glace ma voix ?Où suis-je ? Quel nouveau miracleDe l’Olympe a changé les lois ?Au loin, dans l’étendue immense,Je contemple seul en silenceLa marche du grand univers ;Et dans l’enceinte qu’il embrasse,Mon œil surpris voit sur leur traceRetourner les orbes divers.
Portés du couchant à l’aurorePar un mouvement éternel,Sur leur axe ils tournent encoreDans les vastes plaines du ciel.Quelle intelligence secrèteRègle en son cours chaque planètePar d’imperceptibles ressorts ?Le Soleil est-il le génieQui fait avec tant d’harmonieCirculer les célestes corps ?
Au milieu d’un vaste fluide ;Que la main du Dieu créateurVersa dans l’abîme du vide,Cet astre unique est leur moteur.Sur lui-même agité sans cesse,Il emporte, il balance, il presseL’éther et les orbes errans ;Sans cesse une force contraire,De cette ondoyante matièreVers lui repousse les torrens.
Ainsi se forment les orbitesQue tracent ces globes connus :Ainsi, dans les bornes prescrites,Volent et Mercure et Vénus.La Terre suit ; Mars, moins rapide,D’un air sombre s’avance et guideLes pas tardifs de Jupiter ;Et son père, le vieux Saturne,Roule à peine son char nocturneSur les bords glacés de l’éther.
Oui, notre sphère, épaisse masse,Demande au Soleil ses présens.A travers sa dure surfaceIl darde ses feux bienfaisans.Le jour voit les heures légèresPrésenter les deux hémisphèresTour à tour à ses doux rayons ;Et sur les signes inclinée,La Terre, promenant l’année,Produit des fleurs et des moissons
Je te salue, âme du monde,Sacré Soleil, astre de feu,De tous les biens source féconde,Soleil, image de mon Dieu !Aux globes qui, dans leur carrière,Rendent hommage à ta lumière,Annonce Dieu par ta splendeur :Règne à jamais sur ses ouvrages,Triomphe, entretiens tous les âgesDe son éternelle grandeur.
Du ciel auguste souveraine,C’est toi que je peins sous ces traits.Le tourbillon qui nous entraîne,Vierge, ne t’ébranla jamais.Enveloppés de vapeurs sombres,Toujours errant parmi les ombres,Du jour nous cherchons la clarté.Ton front seul, aurore nouvelle,Ton front, sans nuage, étincelleDes feux de la divinité.
100 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après PARIS, Jehenne, 1825· numérisation Gallica· Sources