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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Œuvres poétiques de malherbe, 1630

LXXI. Chanson (1615)

François de Malherbe· 40 vers

Sus debout la merveille des belles,Allons voir sur les herbes nouvellesLuire un émail, dont la vive peintureDéfend à l’art d’imiter la nature.

L’air est plein d’une haleine de roses,Tous les vents tiennent leurs bouches closes,Et le soleil semble sortir de l’ondePour quelque amour, plus que pour luire au monde.

On diroit, à lui voir sur la têteSes rayons comme un chapeau de fête,Qu’il s’en va suivre en si belle journéeEncore un coup la fille de Pénée.

Toute chose aux délices conspire,Mettez-vous en votre humeur de rire ;Les soins profonds d’où les rides nous viennent,A d’autres ans qu’aux vôtres appartiennent.

Il fait chaud, mais un feuillage sombreLoin du bruit nous fournira quelque ombre,Où nous ferons parmi les violettesMépris de l’ambre et de ses cassolettes.

Près de nous sur les branches voisinesDes genêts, des houx et des épines,Le rossignol déployant ses merveilles,Jusqu’aux rochers donnera des oreilles.

Et peut-être à travers des fougèresVerrons-nous de bergers à bergèresSein contre sein, et bouche contre bouche,Naître et finir quelque douce escarmouche.

C’est chez eux qu’Amour est à son aise,Il y saute, il y danse, il y baise,Et foule aux pieds les contraintes servilesDe tant de lois qui le gênent aux villes.

O qu’un jour mon âme aurait de gloireD’obtenir cette heureuse victoire,Si la pitié de mes peines passéesVous disposoit à semblables pensées !

Votre honneur, le plus vain des idoles,Vous remplit de mensonges frivoles.Mais quel esprit que la raison conseille,S’il est aimé, ne rend point de pareille ?

40 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres poétiques de malherbe, Paris, LIBRAIRIE DE L. HACHETTE ET Cie, 1863· numérisation gallica.bnf.fr· Sources