Œuvres poétiques de malherbe, 1630· Pièces dont la date est incertaine.
CXIV. Chanson (1630)
C’est faussement qu’on estimeQu’il ne soit point de beautésOù ne se trouve le crimeDe se plaire aux nouveautés.
Si ma dame avoit envieD’aimer des objets divers,Seroit-elle pas suivieDes yeux de tout l’univers ?
Est-il courage si brave,Qui pût avecque raisonFuir d’être son esclave,Et de vivre en sa, prison ?
Toutefois cette belle âme,A qui l’honneur sert de loi,Ne hait rien tant que le blâmeD’aimer un autre que moi.
Tous ces charmes de langageDont on s’offre à la servir,Me l’assurent davantage,Au lieu de me la ravir.
Aussi ma gloire est si grandeD’un trésor si précieux,Que je ne sais quelle offrandeM’en peut acquitter aux cieux.
Tout le soin qui me demeure,N’est que d’obtenir du sort,Que ce qu’elle est à cette heure,Elle soit jusqu’à la mort.
De moi, c’est chose sans doute,Que l’astre qui fait les joursLuira dans une autre voûte,Quand j’aurai d’autres amours.
32 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres poétiques de malherbe, Paris, LIBRAIRIE DE L. HACHETTE ET Cie, 1863· numérisation gallica.bnf.fr· Sources