Œuvres poétiques de malherbe, 1630
XCV. Fragment
(1627.)
Et maintenant encore en cet âge penchant,Où mon peu de lumière est si près du couchant,Quand je verrais Hélène au monde revenue,En l’état glorieux où Pâris l’a connue,Faire à toute la terre adorer ses appas,N’en étant point aimé, je ne l’aimerois pas.Cette belle bergère à qui les destinéesSembloient avoir gardé mes dernières années,Eut en perfection tous les rares trésorsQui parent un esprit, et font aimer un corps.Ce ne furent qu’attraits, ce ne furent que charmes ;Sitôt que je la vis, je lui rendis les armes,Un objet si puissant ébranla ma raison,Je voulus être sien, j’entrai dans sa prison,Et de tout mon pouvoir essayai de lui plaire,Tant que ma servitude espéra du salaire.Mais comme j’aperçus l’infaillible dangerOù, si je poursuivois, je m’allois engager,Le soin de mon salut m’ôta cette pensée,J’eus honte de brûler pour une âme glacée ;Et sans me travailler à lui faire pitié,Restreignis mon amour aux termes d’amitié.
22 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres poétiques de malherbe, Paris, LIBRAIRIE DE L. HACHETTE ET Cie, 1863· numérisation gallica.bnf.fr· Sources