Œuvres poétiques de malherbe, 1630
LXIII. Paraphrase du psaume Cxxviii
(1615.)
Les funestes complots des âmes forcenées,Qui pensoient triompher de mes jeunes années,Ont d’un commun assaut mon repos offensé.Leur rage a mis au jour ce qu’elle avoit de pire,Certes, je le puis dire ;Mais je puis dire aussi qu’ils n’ont rien avancé.
J’étois dans leurs filets ; c’étoit fait de ma vie ;Leur funeste rigueur qui l’avoit poursuivie,Méprisoit le conseil de revenir à soi ;Et le coutre aiguisé s’imprime sur la terreMoins avant, que leur guerreN’espéroit imprimer ses outrages sur moi.
Dieu, qui de ceux qu’il aime est la garde éternelle,Me témoignant contre eux sa bonté paternelle,A selon mes souhaits terminé mes douleurs.Il a rompu leur piége, et de quelque artificeQu’ait usé leur malice,Ses mains qui peuvent tout m’ont dégagé des leurs.
La gloire des méchants est pareille à cette herbeQui, sans porter jamais ni javelle ni gerbe,Croît sur le toit pourri d’une vieille maison ;On la voit sèche et morte aussitôt qu’elle est née,Et vivre une journéeEst réputé pour elle une longue saison.
Bien est-il malaisé que l’injuste licenceQu’ils prennent chaque jour d’affliger l’innocenceEn quelqu’un de leurs vœux ne puisse prospérer ;Mais tout incontinent leur bonheur se retire,Et leur honte fait rireCeux que leur insolence avoit fait soupirer.
30 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres poétiques de malherbe, Paris, LIBRAIRIE DE L. HACHETTE ET Cie, 1863· numérisation gallica.bnf.fr· Sources