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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Œuvres poétiques de malherbe, 1630

XV. Paraphrase du psaume Viii

(1615.)

François de Malherbe· 42 vers

O Sagesse éternelle, à qui cet universDoit le nombre infini des miracles diversQu’on voit également sur la terre et sur l’onde ;Mon Dieu, mon créateur,Que ta magnificence étonne tout le monde,Et que le ciel est bas au prix de ta hauteur !

Quelques blasphémateurs, oppresseurs d’innocents,A qui l’excès d’orgueil a fait perdre le sens,De profanes discours ta puissance rabaissent ;Mais la naïvetéDont mêmes au berceau les enfants te confessent,Clôt-elle pas la bouche à leur impiété ?

De moi, toutes les fois que j’arrête les yeuxA voir les ornements dont tu pares les cieux,Tu me sembles si grand, et nous si peu de chose,Que mon entendementNe peut s’imaginer quelle amour te disposeA nous favoriser d’un regard seulement.

Il n’est foiblesse égale à nos infirmités ;Nos plus sages discours ne sont que vanités ;Et nos sens corrompus n’ont goût qu’à des ordures ;Toutefois, ô bon Dieu,Nous te sommes si chers, qu’entre tes créatures,Si l’ange est le premier, l’homme a le second lieu.

Quelles marques d’honneur se peuvent ajouterA ce comble de gloire où tu l’as fait monter ?Et pour obtenir mieux quel souhait peut-il faire ?Lui que jusqu’au ponant,Depuis où le soleil vient dessus l’hémisphère,Ton absolu pouvoir a fait son lieutenant ?

Sitôt que le besoin excite son désir,Qu’est-ce qu’en ta largesse il ne trouve à choisir ?Et par ton règlement l’air, la mer et la terreN’entretiennent-ils pasUne secrète loi de se faire la guerreA qui de plus de mets fournira ses repas ?

Certes je ne puis faire en ce ravissement,Que rappeler mou âme, et dire bassement :O Sagesse éternelle, en merveilles féconde,Mon Dieu, mon créateur,Que ta magnificence étonne tout le monde,Et que le ciel est bas au prix de ta hauteur !

42 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres poétiques de malherbe, Paris, LIBRAIRIE DE L. HACHETTE ET Cie, 1863· numérisation gallica.bnf.fr· Sources