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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Œuvres poétiques de malherbe, 1630

CIII. Pour le roi, allant chatier la rébellion des Rochelois, et chasser les Anglois, qui en leur faveur Étoient descendus en l’ile de ré

François de Malherbe· ODE (1628).· 160 vers

Donc un nouveau labeur à tes armes s’apprête ;Prends ta foudre, Louis, et va comme un lionDonner le dernier coup à la dernière têteDe la rébellion.

Fais choir en sacrifice au Démon de la FranceLes fronts trop élevés de ces âmes d’enfer ;Et n’épargne contre eux pour notre délivranceNi le feu ni le fer.

Assez de leurs complots l’infidèle maliceA nourri le désordre et la sédition.Quitte le nom de Juste, ou fais voir ta justiceEn leur punition.

Le centième décembre a les plaines ternies,Et le centième avril les a peintes de fleurs,Depuis que parmi nous leurs brutales maniesNe causent que des pleurs.

Dans toutes les fureurs des siècles de tes pères,Les monstres les plus noirs firent-ils jamais rien,Que l’inhumanité de ces cœurs de vipèresNe renouvelle au tien ?

Par qui sont aujourd’hui tant de villes désertes ?Tant de grands bâtiments en masures changés ?Et de tant de chardons les campagnes couvertes,Que par ces enragés ?

Les sceptres devant eux n’ont point de privilèges ;Les Immortels eux-même en sont persécutés ;Et c’est aux plus saints lieux que leurs mains sacrilègesFont plus d’impiétés.

Marche, va les détruire ; éteins-en la semence ;Et suis jusqu’à leur fin ton courroux généreux,Sans jamais écouter ni pitié ni clémenceQui te parle pour eux.

Ils ont beau vers le ciel leurs murailles accroître,Beau d’un soin assidu travailler à leurs forts,Et creuser leurs fossés jusqu’à faire paroîtreLe jour entre les morts.

Laisse-les espérer, laisse-les entreprendre ;Il suffit que ta cause est la cause de Dieu ;Et qu’avecque ton bras elle a pour la défendreLes soins de Richelieu.

Richelieu, ce prélat de qui toute l’envieEst de voir ta grandeur aux Indes se borner,Et qui visiblement ne fait cas de sa vieQue pour te la donner.

Rien que ton intérêt n’occupe sa pensée ;Nuls divertissements ne l’appellent ailleurs,Et de quelques bons yeux qu’on ait vanté Lyncée,Il en a de meilleurs.

Son âme toute grande est une âme hardie,Qui pratique si bien l’art de nous secourir,Que pourvu qu’il soit cru, nous n’avons maladieQu’il ne sache guérir.

Le ciel, qui doit le bien selon qu’on le mérite,Si de ce grand oracle il ne t’eût assisté,Par un autre présent n’eût jamais été quitteEnvers ta piété.

Va, ne diffère plus tes bonnes destinées ;Mon Apollon t’assure, et t’engage sa foi,Qu’employant ce Tiphys, Syrtes et CyanéesSeront havres pour toi.

Certes, ou je me trompe, ou déjà la victoire,Qui son plus grand honneur de tes palmes attend,Est aux bords de Charente en son habit de gloire,Pour te rendre content.

Je la vois qui t’appelle, et qui semble te dire :« Roi, le plus grand des rois, et qui m’es le plus cher,Si tu veux que je t’aide à sauver ton empire,Il est temps de marcher. »

Que sa façon est brave, et sa mine assurée !Qu’elle a fait richement son armure étoffer !Et qu’il se connoît bien, à la voir si parée,Que tu vas triompher !

Telle en ce grand assaut, où des fils de la terreLa rage ambitieuse à leur, honte parut,Elle sauva le ciel, et rua le tonnerre,Dont Briare mourut.

Déjà de tous côtés s’avançoient les approches ;Ici couroit Minas ; là Typhon se battoit ;Et là suoit Euryte à détacher les rochesQu’Encelade jetoit.

A peine cette Vierge eut l’affaire embrassée,Qu’aussitôt Jupiter en sou trône remis,Vit selon son désir la tempête cessée,Et n’eut plus d’ennemis.

Ces colosses d’orgueil furent tous mis en poudre,Et tous couverts des monts qu’ils avoient arrachés ;Phlégre qui les reçut, pût encore la foudreDont ils furent touchés.

L’exemple de leur race à jamais abolie,Devoit sous ta merci tes rebelles ployer ;Mais seroit-ce raison qu’une même folieN’eût pas même loyer ?

Déjà l’étonnement leur fait la couleur blême ;Et ce lâche voisin qu’ils sont allés quérir,Misérable qu’il est, se condamne lui-mêmeA fuir ou mourir.

Sa faute le remord ; Mégère le regarde,Et lui porte l’esprit à ce vrai sentiment,Que d’une injuste offense il aura, quoiqu’il tarde,Le juste châtiment.

Bien semble être la mer une barre assez forte,Pour nous ôter l’espoir qu’il puisse être battu ;Mais est-il rien de clos dont ne t’ouvre la porteTon heur et ta vertu ?

Neptune importuné de ses voiles infâmes,Comme tu paroîtras au passage des flots,Voudra que ses Tritons mettent la main aux rames,Et soient tes matelots.

Là rendront tes guerriers tant de sortes de preuves,Et d’une telle ardeur pousseront leurs efforts,Que le sang étranger fera monter nos fleuvesAu-dessus de leurs bords.

Par cet exploit fatal en tous lieux va renaîtreLa bonne opinion des courages françois ;Et le monde croira, s’il doit avoir un maître,Qu’il faut que tu le sois.

O que pour avoir part en si belle aventureJe me souhaiterois la fortune d’Éson,Qui, vieil comme je suis, revint contre natureEn sa jeune saison !

De quel péril extrême est la guerre suivie,Où je ne fisse voir que tout l’or du LevantN’a rien que je compare aux honneurs d’une viePerdue en te servant ?

Toutes les autres morts n’ont mérite ni marque ;Celle-ci porte seule un éclat radieux,Qui fait revivre l’homme et le met de la barqueA la table des Dieux.

Mais quoi ? tous les pensers dont les âmes bien néesExcitent leur valeur, et flattent leur devoir,Que sont-ce que regrets quand le nombre d’annéesLeur ôte le pouvoir ?

Ceux à qui la chaleur ne bout plus dans les veinesEn vain dans les combats ont des soins diligents ;Mars est comme l’Amour : ses travaux et ses peinesVeulent de jeunes gens.

Je suis vaincu du temps ; je cède a ses outrages ;Mon esprit seulement exempt de sa rigueurA de quoi témoigner en ses derniers ouvragesSa première vigueur.

Les puissantes faveurs dont Parnasse m’honore,Non loin de mon berceau commencèrent leur cours ;Je les possédai jeune, et les possède encoreA la fin de mes jours.

Ce que j’en ai reçu, je veux te le produire ;Tu verras mon adresse ; et ton front cette foisSera ceint de rayons qu’on ne vit jamais luireSur la tête des rois.

Soit que de tes lauriers ma lyre s’entretienne,Soit que de tes bontés je la fasse parler,Quel rival assez vain prétendra, que la sienneAit de quoi m’égaler ?

Le fameux Amphion, dont la voix nonpareilleBâtissant une ville étonna l’univers,Quelque brait qu’il ait eu, n’a point fait de merveilleQue ne fassent mes vers.

Par eux de tes beaux faits la terre sera pleine ;Et les peuples du Nil qui les auront ouïs,Donneront de l’encens, comme ceux de la Seine,Aux autels de Louis.

160 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres poétiques de malherbe, Paris, LIBRAIRIE DE L. HACHETTE ET Cie, 1863· numérisation gallica.bnf.fr· Sources