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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Œuvres poétiques de malherbe, 1630

V. Pour monsieur de Montpensier, a madame devant son mariage

François de Malherbe· STANCES (1603).· 36 vers

Beau ciel par qui mes jours sont troubles ou sont calmes,Seule terre où je prends mes cyprès et mes palmes,Catherine, dont l’œil ne luit que pour les Dieux,Punissez vos beautés plutôt que mon courage,Si trop haut s’élevant il adore un visageAdorable par force à quiconque a des yeux.

Je ne suis pas ensemble aveugle et téméraire,Je connois bien l’erreur que l’amour m’a fait faire,Cela seul ici-bas surpassoit mon effort ;Mais mon âme qu à vous ne peut être asservie,Les destins n’ayant point établi pour ma vieHors de cet Océan de naufrage ou de port.

Beauté, par qui les Dieux las de notre dommageOnt voulu réparer les défauts de notre âge,Je mourrai dans vos feux, éteignez-les ou non,Comme le fils d’Alcmène en me brûlant moi-même ;Il suffit qu’en mourant dans cette flamme extrême,Une gloire éternelle accompagne mon nom.

On ne doit point sans sceptre aspirer où j’aspire :C’est pourquoi, sans quitter les lois de votre empire,Je veux de mon esprit tout espoir rejeter.Qui cessé d’espérer, il cesse aussi de craindre,Et sans atteindre au but où l’on ne peut atteindre,Ce m’est assez d’honneur que j’y voulois monter.

Je maudis le bonheur où le ciel m’a fait naître,Qui m’a fait désirer ce qu’il m’a fait connoître ;Il faut ou vous aimer, ou ne vous faut point voir.L’astre qui luit aux grands en vain à ma naissanceÉpandit dessus moi tant d’heur et de puissance,Si pour ce que je veux j’ai trop peu de pouvoir.

Mais il le faut vouloir, et vaut mieux se résoudreEn aspirant au ciel être frappé de foudre,Qu’aux desseins de la terre assuré se ranger.J’ai moins de repentir, plus je pense à ma faute,Et la beauté des fruits d’une palme si hauteMe fait par le désir oublier le danger.

36 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres poétiques de malherbe, Paris, LIBRAIRIE DE L. HACHETTE ET Cie, 1863· numérisation gallica.bnf.fr· Sources