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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Œuvres poétiques de malherbe, 1630

VI. Au roi Henri le grand, sur la prise de Marseille

François de Malherbe· ODE.· 60 vers

Enfin après tant d’années,Voici l’heureuse saisonOù nos misères bornéesVont avoir leur guérison.Les Dieux longs à se résoudreOnt fait un coup de leur foudre,Qui montre aux ambitieux,Que les fureurs de la terreNe sont que paille et que verreA la colère des cieux.

Peuples, à qui la tempête,A fait faire tant de vœux,Quelles fleurs à cette fête.Couronneront vos cheveux ?Quelle victime assez grandeDonnerez-vous pour offrande ?Et quel Indique séjourUne perle fera naîtreD’assez de lustre, pour êtreLa marque d’un si beau jour ?

Cet effroyable colosse,Casaux, l’appui des mutins,A mis le pied dans la fosseQue lui cavoient les destins.Il est bas, le parricide ;Un Alcide fils d’Alcide,A qui la France a prêtéSon invincible génie,A coupé sa tyrannieD’un glaive de liberté.

Les aventures du mondeVont d’un ordre mutuel,Comme on voit au bord de l’ondeUn reflux perpétuel.L’aise et l’ennui de la vieOnt leur course entre-suivieAussi naturellementQue le chaud et la froidure,Et rien, afin que tout dure,Ne dure éternellement.

Cinq ans Marseille voléeA son juste possesseur,Avoit langui désoléeAux mains de cet oppresseur.Enfin le temps l’a remise,En sa première franchise ;Et les maux qu’elle enduroitOnt eu ce bien pour échange,Qu’elle a vu parmi la fangeFouler ce qu’elle adoroit.

Déjà tout le peuple MoreA ce miracle entendu ;A l’un et l’autre bosphoreLe bruit en est répandu ;Toutes les plaines le saventQue l’Inde et l’Euphrale lavent ;Et déjà pâle d’effroiMemphis se pense captive,Voyant si près de sa riveUn neveu de Godefroi.

60 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres poétiques de malherbe, Paris, LIBRAIRIE DE L. HACHETTE ET Cie, 1863· numérisation gallica.bnf.fr· Sources