Œuvres poétiques de malherbe, 1630· Pièces dont la date est incertaine.
CXI. Pour une mascarade
Ceux-ci de qui vos yeux admirent la venue,Pour un fameux honneur qu’ils brûlent d’acquérir,Partis des bords lointains d’une terre inconnue,S’en vont au gré d’amour tout le monde courir.Ce grand Démon qui se déplaîtD’être profane comme il est,Par eux veut repurger son temple ;Et croit qu’ils auront ce pouvoir,Que ce qu’on ne fait par devoir,On le fera par leur exemple.
Ce ne sont point esprits qu’une vague licencePorte inconsidérés à leurs contentements ;L’or de cet âge vieil où régnoit l’innocence,N’est pas moins en leurs mœurs qu’en leurs accoutrements ;La foi, l’honneur, et la raisonGardent la clef de leur prison ;Penser au change leur est crime ;Leurs paroles n’ont point de fard ;Et faire les choses sans art,Est l’art d’ont ils font plus d’estime.
Composez-vous sur eux, âmes belles et hautes ;Retirez votre humeur de l’infidélité ;Lassez-vous d’abuser les jeunesses peu cautes,Et de vous prévaloir de leur crédulité ;N’ayez jamais impressionQue d’une seule passion,A quoi que l’espoir vous convie ;Bien aimer soit votre vrai bien ;Et, bien aimés, n’estimez rienSi doux qu’une si douce vie.
On tient que ce plaisir est fertile de peines,Et qu’un mauvais succès l’accompagne souvent ;Mais n’est-ce pas la loi des fortunes humaines,Qu’elles n’ont point de havre à l’abri de tout vent ?Puis cela n’advient qu’aux amours,Où les désirs, comme vautours,Se paissent de sales rapines ;Ce qui les forme les détruit ;Celles que la vertu produitSont roses qui n’ont point d’épines.
40 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres poétiques de malherbe, Paris, LIBRAIRIE DE L. HACHETTE ET Cie, 1863· numérisation gallica.bnf.fr· Sources