Œuvres poétiques de malherbe, 1630· Pièces dont la date est incertaine.
CXII. Chanson (1630)
Est-ce à jamais, folle espérance,Que tes infidèles appasM’empêcheront la délivranceQue me propose le trépas ?
La raison veut, et la nature,Qu’après le mal vienne le bien ;Mais en ma funeste aventure,Leurs règles ne servent de rien.
C’est fait de moi, quoi que je fasse ;J’ai beau plaindre et beau soupirer,Le seul remède en ma disgrâce,C’est qu’il n’en faut point espérer.
Une résistance mortelleNe m’empêche point son retour ;Quelque Dieu qui brûle pour elleFait cette injure à mon amour.
Ainsi trompé de mon attente,Je me consume vainement,Et les remèdes que je tente,Demeurent sans événement.
Toute nuit enfin se termine ;La mienne seule a ce destin,Que d’autant plus qu’elle chemine,Moins elle approche du matin.
Adieu donc, importune peste,A qui j’ai trop donné de foi ;Le meilleur avis qui me reste,C’est de me séparer de toi.
Sors de mon âme, et t’en va suivreCeux qui désirent de guérir ;Plus tu me conseilles de vivre,Plus je me résous de mourir.
32 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres poétiques de malherbe, Paris, LIBRAIRIE DE L. HACHETTE ET Cie, 1863· numérisation gallica.bnf.fr· Sources