Œuvres poétiques de malherbe, 1630
XIII. Prosopopée d’Ostende
Trois ans déjà passés, théâtre de la guerre,J’exerce de deux chefs les funestes combats,Et fais émerveiller tous les yeux de la terre,De voir que le malheur ne m’ose mettre à bas.
A la merci du ciel en ces rives je reste,Où je souffre l’hiver froid à l’extrémité ;Lorsque l’été revient, il m’apporte la peste,Et le glaive est le moins de ma calamité.
Tout ce dont la Fortune afflige cette viePêle-mêle assemblé me presse tellement,Que c’est parmi les miens être digne d’envie,Que de pouvoir mourir d’une mort seulement.
Que tardez-vous, Destins ? ceci n’est pas matièreQu’avecque tant de doute il faille décider ;Toute la question n’est que d’un cimetière,Prononcez librement qui le doit posséder.
16 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres poétiques de malherbe, Paris, LIBRAIRIE DE L. HACHETTE ET Cie, 1863· numérisation gallica.bnf.fr· Sources