Œuvres poétiques de malherbe, 1630
LXIX. Sonnet (1615)
Celle qu’avoit Hymen à mon cœur attachée,Et qui fut ici-bas ce que j’aimai le mieux,Allant changer la terre à de plus dignes lieux,Au marbre que tu vois sa dépouille a cachée.
Comme tombe une fleur que la bise a séchée,Ainsi fut abattu ce chef-d’œuvre des cieux ;Et depuis le trépas qui lui ferma les yeux,L’eau que versent les miens n’est jamais étanchée.
Ni prières, ni vœux ne m’y purent servir ;La rigueur de la mort se voulut assouvir,Et mon affection n’en put avoir dispense.
Toi dont la piété vient sa tombe honorer,Pleure mon infortune, et pour ta récompenseJamais autre douleur ne te fasse pleurer.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres poétiques de malherbe, Paris, LIBRAIRIE DE L. HACHETTE ET Cie, 1863· numérisation gallica.bnf.fr· Sources