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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Œuvres poétiques de malherbe, 1630

XLVII. Stances (1611)

François de Malherbe· 66 vers

Donc cette merveille des cieux,Pour ce qu’elle est chère à mes yeux,En sera toujours éloignée ;Et mon impatiente amour,Par tant de larmes témoignée,N’obtiendra jamais son retour ?

Mes vœux donc ne servent de rien ;Les Dieux, ennemis de mon bien,Ne veulent plus que je la voie ;Et semble que les rechercherDe me permettre cette joie,Les invite à me l’empêcher.

O beauté, reine des beautés,Seule de qui les volontésPrésident a ma destinée,Pourquoi n’est comme la toisonVotre conquête abandonnéeA l’effort de quelque Jason ?

Quels feux, quels dragons, quels taureaux,Quelle horreur de monstres nouveaux,Et quelle puissance de charmes,Garderait que jusqu’aux enfersJe n’allasse avecque les armesRompre vos chaînes et vos fers ?

N’ai-je pas le cœur aussi haut,Et pour oser tout ce qu’il fautUn aussi grand désir de gloire,Que j’avois lorsque je couvriD’exploits d’éternelle mémoireLes plaines d’Arqués et d’Ivri ?

Mais quoi ? ces lois dont la rigueurTiennent mes souhaits en langueurRègnent avec un tel empire,Que si le ciel ne les dissout,Pour pouvoir ce que je désireCe n’est rien que de pouvoir tout.

Je ne veux point en me flattantCroire que le sort inconstantDe ces tempêtes me délivre ;Quelque espoir qui se puisse offrir,Il faut que je cesse de vivreSi je veux cesser de souffrir.

Arrière donc ces vains discours,Qu’après les nuits viennent les jours,Et le repos après l’orage ;Autre sorte de réconfortNe me satisfait le courage,Que de me résoudre à la mort.

C’est là que de tout mon tourmentSe bornera le sentiment ;Ma foi seule, aussi pure et belleComme le sujet en est beau,Sera ma compagne éternelle,Et me suivra dans le tombeau.

Ainsi d’une mourante voixAlcandre au silence des boisTémoignoit ses vives atteintes ;Et son visage sans couleurFaisoit connoître que ses plaintesÉtoient moindres que sa douleur.

Oranthe qui par les zéphyrsReçut les funestes soupirsD’une passion si fidèle,Le cœur outré de même ennui,Jura que s’il mouroit pour elle,Elle mouroit avecque lui.

66 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres poétiques de malherbe, Paris, LIBRAIRIE DE L. HACHETTE ET Cie, 1863· numérisation gallica.bnf.fr· Sources