Poésies, 1887
Aumône
Prends ce sac, Mendiant ! tu ne le cajolasSénile nourrisson d’une tétine avareAfin de pièce à pièce en égoutter ton glas.
Tire du métal cher quelque péché bizarreEt vaste comme nous, les poings pleins, le baisonsSouffles-y qu’il se torde ! une ardente fanfare.
Église avec l’encens que toutes ces maisonsSur les murs quand berceur d’une bleue éclaircieLe tabac sans parler roule les oraisons,
Et l’opium puissant brise la pharmacie !Robes et peau, veux-tu lacérer le satinEt boire en la salive heureuse l’inertie,
Par les cafés princiers attendre le matin ?Les plafonds enrichis de nymphes et de voiles,On jette, au mendiant de la vitre, un festin.
Et quand tu sors, vieux dieu, grelottant sous tes toilesD’emballage, l’aurore est un lac de vin d’orEt tu jures avoir au gosier les étoiles !
Faute de supputer l’éclat de ton trésor,Tu peux du moins t’orner d’une plume, à compliesServir un cierge au saint en qui tu crois encor.
Ne t’imagine pas que je dis des folies.La terre s’ouvre vieille à qui crève la faim.Je hais une autre aumône et veux que tu m’oublies
Versification
- Forme
- Distiques
- Rimes
- 7((aa))
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Mots à la rime
- a cajolas / avare féminine, classiqueb glas / bizarre masculine, classiqueb baisons / fanfare féminine, classiquea maisons / éclaircie masculine, classiqueb oraisons / pharmacie féminine, classiqueb satin / l’inertie masculine, classiquea matin / voiles féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 3.4· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
25 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies, NOUVELLE REVUE FRANÇAISE, 1914· numérisation wikisource.org· Sources