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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Vers de circonstance, 1881‑1898· Théâtre de Valvins 1881-1882

Monologue de Pathelin

A UNE REPRÉSENTATION DE " LA FARCE DE MAÎTRE PATHELIN " Monologue de Pathelin se substituant au Juge en l’absence de l’acteur qui devait jouer ce rôle.

Stéphane Mallarmé· 70 vers

Qu’entends-je ? un bruit dans la CitéCircule, jasé, récitéPar la dent unique des vieillesComme par la bouche vermeilleDes fillettes au rire fin :Que pour avoir mangé sans faimTout un plat chaud de pets-de-nonne,Le bon vieillard qui nous ânonneIci le livre de la loiExpire en cet instant chez soi.Que l’enfer prête son refugeA messire notre doux juge.Or je dis cela soucieuxQu’il n’aille rencontrer aux cieux— Où la vérité pure éclate —Lui tirant leur langue écarlateAinsi qu’aux potences jadisSaints maintenant du paradisEt vêtus de blanches tuniques —Tous ceux que sa sentence iniqueIci-bas, en tant que bandit,Vaurien, faux-monnayeur, penditSans nul autre méchef ou fauteQue de n’avoir en chambre hauteGraissé la patte du grimaud. —Mais agissons et pas un motDe plus. Car il me faut sur l’heureTirer de ce plat la meilleureAubaine ! Holà si je prenaisAux yeux naïfs de mes benêtsLa place encore toute chaudeDu vieil artisan de maraudeOui ! Si déjà je me haussaisPour mener à bien mon procèsSur la chaise par lui vidée !Bonne Dame ! c’est une idéeL’habit convient — et n’ai-je iciDans cette robe au fil roussiMais tortueuse, antique et sombreLa noirceur requise par l’ombreDe mon pourvoyeur de gibet !Quomodo ! cur ! et quid libet !Voilà qu’à souhait je dégoiseSans chercher à nul vivant noiseMon savoir entier de latin !Le beau mal que pour un matinJe sois, cela vaut mieux que pestePlaideur, magistrat et le reste !(Par le reste j’entends filou !)Dites-moi dans quelle ville, oùSur la terre heureuse se montrePlus jaloux du pour et du contreAussi d’accord et point vénalUn plus sublime tribunalQue celui qu’à moi je composeExpliquant, écoutant la causeEt n’admettant point de trompeurDonc mes bonnes gens, n’ayez peurQu’insidieusement je n’ailleSot unique et double canailleGlisser en tant que l’avocatDe la main gauche un beau ducatDans ma droite déjuge intègreNi l’accepter d’un sourire aigreSachez, ô mes petits enfantsQue vertueux je me défendsDe rien prendre ni boustifailleExquise, ni sac d’or qu’il failleQue je me donne auparavant.Ça, j’ouïs d’où souffle le vent.

70 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Vers de circonstance, ÉDITIONS DE LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE, 1920· Sources