Le chemin du rire, 1881
Au lecteur
Les baisers les jeunes baisers,Qui sonnaient,fiers connue des fifres,Sous la porte étroite des chiffres,Bientôt passent désabusés.
Étranglés par de fausses tressesIls meurent. Requiescant inPace ; n’engendrons pas le spleenSur le tombeau de nos tendresses.
Certes, les choses ont des lois,Passablement naturalistes,Comme disent les journalistes ;Les cieux ! qu’ils sont vides et froids !
La science a soufflé brutaleLes vieux flambeaux. Vale Stella !Tâchons de bien vivre,ayons laRésignation joviale.
Si tu fais un bout de cheminAvec moi, lecteur, sur la route,Camarade narquois, le DouteNous prendra bientôt par la main.
Le Doute est bon, il met à l’aise.Pour les espoirs ou les douleursIl a des gestes persifleurs,Dans son costume à la Française.
C’est un médecin élégant ;Il m’a guéri de mes croyances ;Il vous opère sans souffrances…Pourtant, si tu voyais son gant
Se déchirer, lecteur, pardonne ;La route offre des carrefoursOù l’ironie a des retoursEt mord la lèvre qui chansonne.
Sur les poteaux indicateursJe me disais : Que vais-je écrire ?J’ai mis ces mots : Chemin du RIRE.Nous verrons bien s’ils sont menteurs.
36 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le chemin du rire, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1881· numérisation gallica.bnf.fr· Sources