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un seul est le mot juste.

Parfums, chants et couleurs, 1878· Parfums chants et couleurs

En californie

Gustave Mathieu· 78 vers

Brun de cheveux, d’yeux et de peau,Gai compagnon, franc d’encolure,Le rire en barbe, le front beau,Et tout le reste à l’aventure :Voilà celui qu’il faut pleurer ;Un trois-mâts l’a pris dans ses voiles,Me l’emportant pour le leurrerSous d’autres cieux, d’autres étoiles.

Il est en mer, il est parti,Mon ami,Emportant ma pensée ;Souffle pour lui, brise alizée !Pousse-le doucement au port,Et rentrez dans vos trous, vents du Sud et du Nord !

Las d’être tout, de n’être rien,Et se croyant trop inutile,Il est parti, le bohémien,Plantant là les sots et la ville…Prompt de langue et hardi railleur,Toujours le premier sur la brèche,Sa réplique, droit au menteur,Allait trembler comme une flèche.

Il est en mer, il est parti,Mon ami.

Il enchantait tout le paysQuand les perles de sa paroleS’éparpillaient en fins lazzis,Au souffle de sa gaîté folle.Comme il brillait par-dessus tous,Comme on se chauffait à sa flamme !Mais, c’est fini, les flots jalouxOnt emporté toute son âme !

Il est en mer, il est parti,Mon ami.

Il a filé comme un oiseau,Préférant le plancher mobileEt cinq beaux mois de ciel et d’eauAux hivers de la grande ville ;Pour aller au pays de l’orIl va passer Ligne et Tropique,Pour après les passer encor,Remontant du pole antarctique.

Il est en mer, il est parti,Mon ami.

Hélas ! le vent occidentalSoufflait sur lui de telle sorteQue, pressentant l’instant fatalOù la faim briserait sa porte,Il est parti laissant en pleursBien plus d’une qui le regrette,Des fous pour boire à ses malheurs,Et pour les pleurer son poète.

Il est en mer, il est parti,Mon ami,

C’est un ami, traitez-le bien,Français de la Californie ;Sous son manteau de bohémien,C’est la raison sous la folie ;Il sait bien que l’or, aujourd’hui,N’a qu’une stérile puissance,Que le sol est plus fort que luiPar le travail et la science.

Il est en mer, il est parti,Mon ami.

D’espérance et de cieux meilleurs,Si, comme lui, votre âme est pleine,Partez pour l’or, vrais travailleurs,Travaillez, prenez de la peine !Emportez du fer et du grain,Et, sur ces bords où l’on se rue,Vous trouverez l’or et le painDe par vos bras et la charrue.

Allez chercher des cieux meilleurs,Travailleurs,Emportant ma pensée !Souffle pour eux, brise alizée,Mène-les doucement au port,Et rentrez dans vos trous, vents du Sud et du Nord !

78 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Parfums, chants et couleurs, Paris, G. CHARPENTIER, ÉDITEUR, 1878· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources