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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Parfums, chants et couleurs, 1878· Parfums chants et couleurs

Le bohémien

Gustave Mathieu· 50 vers

I

Non loin du pays de Gascogne,Mon père avait un vieux château,Fièrement se doublant dans l’eau,Dans l’eau verte de la Dordogne…Un soir d’été, j’ai pris mon vol,Et j’ai fui la sombre tourelle ;Mon aïeul était rossignol,Ma grand mère était hirondelle,

Un pied levé sur l’escabeau,Guitare en main, plume au chapeau,Faisant courir mes doigts agiles,Je chante par les hautes villes,D’aplomb campé sous mon manteau.

II

Je vogue et vais à l’aventure,Par les villes et les faubourgs,Buvant très-bien, chantant toujours,Et cherchant le plaisir qui dure ! !Je sais trouver le pain de DieuDans les chansons les plus nouvelles,Mon front bronzé, mon vil de feuEnsorcelant les plus rebelles…

III

Quand j’aperçois une marquise,Voile baissé, missel en main,Se pressant au bruit de l’airain,Moi, je la suis jusqu’à l’église.En vrai fils de grande maison,Je lui présente l’eau bénite,Et pivotant sur mon talonJe la laisse tout interdite.

IV

A l’ombre d’une verte allée,Quand je passe sous mon manteau,Si quelqu’un rit de mon chapeauOu de sa plume désolée…Je lui fais mettre épée à nu,Près d’un bois, ou d’une rivière,Là je traverse l’inconnu ;Cela dérouille ma rapière…

V

J’ai su d’une vieille sorcière,Dont l’œil interrogeait ma main,Qu’un jour à l’angle d’un cheminJe mourrais entre ciel et terre !Mais ce jour-là, prenant mon vol,Je regagnerai ma tourelle ;Mon aïeul était rossignol,Ma grand’mère était hirondelle.

Un pied levé sur l’escabeau,Guitare en main, plume au chapeau,Faisant courir mes doigts agiles,Je chante par les hautes villes,D’aplomb campé sous mon manteau.

50 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Parfums, chants et couleurs, Paris, G. CHARPENTIER, ÉDITEUR, 1878· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources