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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Parfums, chants et couleurs, 1878· Parfums chants et couleurs

Le chant du vote

MAI 1870

Gustave Mathieu· 64 vers

I

La Liberté, de piège en piège,N’a jamais pu faire un seul pasSans rencontrer l’état de siège,Les mitrailleurs et les Judas.L’heure a sonné ; courons aux votes ;Unissons-nous, le ciel est bleu,Et, vote au poing, sus aux despotes !Allons-y comme on marche au feu !

Chœur

Non, la Liberté n’est pas morte !La chaîne au cou, dans les scrutins,Ils la tiennent ! Forçons la porte !Forçons la porte à coups de bulletins !

II

Allons-y tous ; qu’on en finisse !Éventrons la ruse et la peur,Que l’oppresseur tremble et palisseDevant le vote, son vainqueur !Petits et grands, donnons l’exemple,La France a soif de vérité ;Toute l’Europe vous contemple.Le monde attend la Liberté !

III

Plus de fusils, de plomb, de poudrePour le triomphe du bon droit ;Le vote est plus fort que la foudre.Avant tout il faut viser droit !Le bulletin, c’est la cartoucheQu’on déchirait à belles dents,Et le nom, c’est le plomb qui touche ;Tout notre avenir est dedans.

IV

Nommons des gens de forte race,Fermes, plantés pour tenir bon,Pouvant regarder face à faceLa mort, l’exil et la prison…Ceux-là qui, sur la barricade,Savaient montrer avec fiertéLeur poitrine à la fusillade,Et te défendre, ô Liberté !

V

Pour s’entr’égorger au partageAvec des ducs et des marquis,Ne divisons plus le suffrageEn admettant les vieux partis,Sus à ces laquais d’antichambre,Qui n’ont pas su garder vos droits,Nobles vaincus du Deux-Décembre,Parisiens, mangeurs de rois !

VI

Suivez le mouvement des villes,Hommes des champs, manouvriers,Ne vous laissez plus, troupes viles,Pousser au scrutin par milliers ;N’écoutez ni curé, ni maire,Méfiez-vous de l’officiel,Qui va vous prendre à sa manièreComme des mouches dans le miel.

VIII

Ne faisons plus pleurer la FranceOu pour le rouge ou pour le blanc.Tout cela ne vaut pas, je pense,Une goutte de notre sang.Gardons-le pour la sainte guerreDont nous menacent les vieux rois,Et pour ensemencer la terreDe nos libertés aux abois.

Chœur

Non, la Liberté n’est pas morte !La chaîne au cou, dans les scrutins,Ils la tiennent ! Forçons la porte !Forçons la porte à coups de bulletins !

64 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Parfums, chants et couleurs, Paris, G. CHARPENTIER, ÉDITEUR, 1878· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources