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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Parfums, chants et couleurs, 1878· Parfums chants et couleurs

Sauvons la république

FÉVRIER 1877

Gustave Mathieu· 88 vers

Aux urnes, citoyens, votons !Et de la rage monarchique,A coups de bulletins sauvons,Sauvons, sauvons la République.

I

Ce n’est plus celle d’autrefois,Dont l’œil fixe et la longue piqueÉpouvantaient nobles et rois…C’est la paisible RépubliqueQui toujours suit le droit cheminSous l’azur, en pleine lumière,Épis au front, l’urne à la main,Éclairant les cieux et la terre…

Aux urnes, citoyens, votons !Et de la rage monarchique,A coups de bulletins sauvons,Sauvons, sauvons la République.

II

Par la voix de tous les grands cœurs,Écoutons la France qui crie :Non, plus de rois, plus d’empereurs,Plus d’avilisseurs de patrieQui, par la déroute échaudés,En fuyant nous lancent leurs princesPrêts à jouer sur un coup de désL’honneur, nos milliards, nos provinces.

Aux urnes, citoyens, votons !Et de la rage monarchique,A coups de bulletins sauvons,Sauvons, sauvons la République.

III

Nous verrons, sachant nous unir,Sous le vouloir du roi Suffrage,Les rêves bleus de l’avenirSe réaliser d’âge en âge.Avant tout, n’oublions jamaisQue le bon vieux temps… c’est la guerre,Et la République la paixPour la France et l’Europe entière.

Aux urnes, citoyens, votons !Et de la rage monarchique,A coups de bulletins sauvons,Sauvons, sauvons la République.

IV

Repoussons tous ces policiersPendus au tocsin des alarmes,Méfions-nous des justiciers,Des prélats, des vieux hommes d’armes,De ces barons, de ces marquis,De ces ducs à crever de rire,S’accrochant aux sanglants débrisDes écroulements de l’Empire.

Aux urnes, citoyens, votons !Et de la rage monarchique,A coups de bulletins sauvons,Sauvons, sauvons la République.

V

Déjà les sauveurs de pays,De leurs longues dents qu’ils aiguisent,Flairant les bêlantes brebis,Partout en bergers se déguisent…Allons, déchaînons les mâtins,Et comme on fait à coups de trique,Sus, à grands coups de bulletins,Sur cette engeance famélique !

Aux urnes, citoyens, votons !Et de la rage monarchique,A coups de bulletins sauvons,Sauvons, sauvons la République.

VI

Ils se disent… Si nous osions !Tous ces monseigneurs du carnage,L’œil de côté, sur les lionsVeillant au salut du suffrage,Fiers combattants, bien convaincusQu’aux jours de l’adverse fortuneL’unique chance des vaincusEst de ne compter sur aucune.Aux urnes, citoyens, votons !Et de la rage monarchique,A coups de bulletins sauvons,Sauvons, sauvons la République.

VII

Allumeurs des luttes sans fin,Humant le sang, mâchant la haine,Halte-là ! gens de droit divin,Ne touchez plus à notre Reine,Car ses vengeurs par régiments,Pour sa sanglante apothéose,Surgiraient des blancs ossementsDes martyrs de la sainte cause.Aux urnes, citoyens, votons !Et de la rage monarchique,A coups de bulletins sauvons,Sauvons, sauvons la République.

88 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Parfums, chants et couleurs, Paris, G. CHARPENTIER, ÉDITEUR, 1878· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources